Florence, Italie


Personne ne semble vouloir s'asseoir à côté de moi, alors je dépose mon gros sac de voyage sur le siège à ma gauche et je m'installe près de la vitre. Le brouhaha ambiant me donne mal à la tête... Dieu merci, je n'ai pas oublié mes écouteurs cette fois. Je plonge les mains dans mes poches pour attraper mes AirPods. Le quai se vide progressivement ; Le train ne devrait pas tarder à démarrer. Je lance ma musique et tourne la tête pour admirer le magnifique paysage italien qui s'offre à moi... Direction Florence !


Je suis Amara (Amy pour les intimes) et je suis prête à écrire une nouvelle page de ma vie.


Qu'est-ce que je vais faire là-bas, toute seule ? Des études? Retrouver la famille ? Taux! Je pars simplement en vacances, comme une bonne grosse touriste en solo avec son sac à dos. Rien de très original, désolée ! Je suis une fille tout ce qu'il ya de plus ordinaire, plutôt timide, et je ne fais pas vraiment peur quand on me voit... Je suis petite, assez pâle, j'ai les cheveux roux et, évidemment, les taches de rousseur qui vont avec. Sauf qu'elles ne sont que sur mon nez, allez savoir pourquoi elle ne sont présentes que là ??? Les yeux bleus... Bref.


Le train se met en route, le paysage défile... mais quelque chose cloche. Ce train n'était pas censé faire d'arrêt. Je croyais avoir pris un direct. Je vérifie mon billet et me rend compte que non! Quelle tête en l'air, j'ai réservé trop vite et voilà le résultat. J'espère ne pas avoir de problème...


C'est aussi ce que je me disais quelques heures plus tôt, juste avant de tourner la tête vers la fenêtre après avoir entendu un BOOM!! Le train déviant silencieux. Les passagers, intrigues, se pressent contre les vitres donnant sur l'arrêt Firenze Rovezzano... Merde, c'est là que je descends en plus.


Je serre mon sac contre moi, fixant un beau brun qui semble... avoir du sang sur son t-shirt blanc?! Je retiens un hoquet et m'affaisse dans mon siège, priant pour qu'il ne me voie pas. Personne d'autre ne semble le remarquer, à part moi.


Je plisse les yeux pour mieux comprendre ce qu'il fait et pourquoi il se cache derrière un train à l'arrêt... Il n'est pas seul: il a deux amis avec lui... Non, trois... Mon cœur manque de s'arrêter. Le troisième est livide et gît dans une mare de sang. Quel cauchemar ! Je rabats ma capuche pour me dissimuler au maximum...


Il a tourné la tête. Dans ma direction. Son regarde-moi traverser le corps comme une longue aiguille, et j'ai su à cet instant que je n'aurais jamais dû les regarder. Que je n'aurais pas dû être témoin de ça.


J'attrape mon sac et je descends du train aussi vite que possible, me mêlant à la foule, capuche sur la tête pour éviter toute représailles... Même si, je dois l'admettre, il était très séduisant. Oui, charmant, mais terriblement dangereux. À peine ma grande—


J'ai sauté dans un taxi pour rejoindre l'hôtel le plus proche. Douze minutes sans les bouchons italiens, probablement. Je prendrai un autre train demain pour me rendre à l'hôtel que j'avais réservé à l'origine, mais il se fait tard et j'ai peur.


Après avoir récupéré mes clés, je laisse tomber mes affaires sur le lit et m'assois pour reprendre mon souffle. La scène tourne en boucle dans ma tête... Ce grand brun mystérieux, vraiment très attirant si j'oubliais les taches de sang sur son t-shirt. De belles mains veineuses, oui... recouvertes de sang. Je sens mon estomac se retourner en repensant au corps qu'ils traînaient. Quelle horreur ! Je n'étais pas cense voir ça. Et maintenant, j'ai l'impression qu'on m'observe...


Bon, respire ! Ils doivent être loin d'ici...


J'ai voulu prendre l'air sur le balcon... puis j'ai renoncé, paniquée à l'idée d'être reconnue. Super, les vacances commencent bien ! J'ai toujours eu le talent de me fourrer dans des situations impossibles depuis que je suis née. Je vais finir par croire que c'est une malédiction sérieuse.


Deux heures plus tard, après... eh bien, après n'avoir strictement rien fait - on ne va pas se mentir - la faim commence sérieusement à me tirailler. Et évidemment, je n'ai même pas pensé à prendre un goûter dans mon sac. L'hôtel ne sert plus rien à cette heure-ci, génial...


va falloir sortir. Je remets mon sweat à capuche, attrape mon porte-monnaie et je me laisse porter par les ruelles colorées d'Italie. C'est tellement beau... On ressemble à un décor de dessin animé.


Mais mon ventre, lui, me rappelle à l'ordre ! J'ai une envie furieuse de pizza, alors j'entre dans un restaurant au hasard pour commander quelque chose.


Des clients discutent sur la terrasse, d'autres mangent à l'intérieur, certains sont affalés au bar - rien de très surprenant. Je m'arrête net.


Le beau brun... le criminel... il est là. Bonne cette fois. Sans taches de sang, je veux dire. Il boit tranquillement avec ses potes, comme si de rien n'était.


Ok Amy, arrête de divaguer, commande ta pizza et pars vite avant qu'il ne te reconnaisse. Ce serait vraiment une mauvaise idée que ça tourne mal... Ce n'est pas tous les jours qu'on surprend un mafieux italien en train de se débarrasser d'un corps avec le calme d'un mec qui trie ses poubelles.


Garder sa capuche à l'intérieur est impoli, mais là... c'est une question de survie. Je passe commande - pour découvrir qu'ils ne livrent pas. Super. Je dois attendre sur place.


Je m'assois discrètement au bar, silencieux, minuscule dans mon sweat trop grand. Et pourtant, je sens son regard glisser vers moi.


Un frisson me traverse de la tête aux pieds.


- Eh bien signorina, un sorriso pour moi ? (Hé mademoiselle, un sourire pour moi ?)


Super... il ne manquait plus que ça : l'un de ses copains est un gros beauf. Preuve.


Très bien, on va jouer la fille un peu perdue, la touriste un peu conne. Je fais semblant de ne rien comprendre, de ne pas avoir remarqué leurs regards insistants.


Je me tourne légèrement vers eux, l'air confus, presque ingénu.


— Euh... quoi ? Bonjour ?


Ma tremble voix un peu - pas trop, juste assez pour paraître innocente. Je force un petit sourire maladroit, celui des gens qui ne savent pas ce qu'ils font ici mais qui essayent d'être polis.


Le bar est bruyant, mais j'ai l'impression qu'un silence s'étire entre nous, suspendu. Le brun me fixe encore, posé, presque amusé... comme s'il me lisait à travers ma capuche.


Tu joues à la conne, Amy, mais lui... lui, il a l'air de jouer à un jeu bien plus dangereux.

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