Hystérie, bipolarité, schizophrénie, les médecins l’avaient accablée de tout leur savant vocable pour désigner les fous à lier. Et ils l’avaient liée à un bâtiment déprimant, et ils l’avaient liée chimiquement avec des tonnes de médicaments, et ils l’avaient liée pour sa démence sur une simple ordonnance, tamponnée d’un caducée. Ils l’avaient liée loin de nous pour la rapprocher des fous. Ce que j’avais tant redouté était arrivé, ce à quoi je n’avais jamais vraiment voulu croire nous était tombé dessus, accompagné de flammes et d’une fumée noire, qu’elle avait volontairement propagées dans notre appartement pour brûler son désespoir. Ce compte à rebours, qu’au fil des jours heureux, j’avais oublié de surveiller, venait de se mettre à sonner comme un réveil malheureux et détraqué, comme une alarme qui fait saigner les tympans avec son incessant vacarme, un bruit barbare qui nous dit qu’il faut fuir maintenant, que la fête vient de se finir brutalement.
Pourtant, à la naissance de notre fils, lors de l’accouchement, avec ses hurlements, Constance semblait avoir évacué certains aspects de son comportement tempétueux et déluré. Je l’avais observée chuchoter des vœux à l’oreille de notre bébé fraîchement emmailloté, des vœux de bienvenue assez naturels dans une bouche maternelle et j’avais trouvé cette banalité réconfortante et belle, cette normalité m’avait rassuré. Tant que notre enfant fut bébé, son extravagance sembla contenue, elle n’avait pas totalement disparu, elle était toujours capable de raisonnements et d’actes farfelus, mais ils étaient sans fracas, sans véritable conséquence. Puis le bébé devint un petit garçon qui chancelle et balbutie des sons, pour très rapidement transformer ses expérimentations en marche et en paroles, un petit être qui apprend et qui répète. Elle lui avait appris à vouvoyer tout le monde car elle considérait le tutoiement comme le meilleur moyen d’être à la merci des gens, elle lui avait dit que le Vous était la première barrière de sécurité dans la vie, ainsi qu’une marque de respect qu’on devait à l’humanité tout entière. Ainsi notre enfant vouvoyait tout le monde, les commerçants, nos amis, les invités, notre demoiselle de Numidie, le soleil, les nuages, les objets et tous les éléments. Elle lui avait également appris à faire la révérence aux dames en les couvrant de compliments. Pour les petites filles de son âge, elle lui avait suggéré de leur présenter ses hommages par des baisemains, ce qui rendait nos promenades en ville, dans les rues et dans les parcs, charmantes et hors du temps. Il fallait le regarder quitter son bac à sable et trottiner pour aller s’emparer des mains des jeunes filles éberluées de voir ainsi leurs mains couvertes de baisers. Il fallait voir les yeux de la clientèle des grands magasins le suivre d’un regard bovin, oubliant totalement leurs listes de courses, et l’observer s’incliner avec déférence pour effectuer sa révérence. Certaines mères le regardaient faire, puis tournaient la tête pour tomber nez à nez avec leur fils assis dans leur caddie, la bouche ouverte et couverte de miettes de biscuits et semblaient se demander ce qui avait bien pu se passer, si c’était leur enfant qui était raté ou le nôtre qui était taré.
Il vouait une admiration sans borne à sa mère et elle en était si fière qu’elle faisait parfois n’importe quoi pour l’épater. Ce que font les enfants pour frimer entre eux pendant la récré, les défis qu’ils se lancent ou les performances qu’ils effectuent pour se faire remarquer, c’était avec sa mère qu’il le faisait. Ils rivalisaient d’audace et d’originalité pour se faire rire et s’attirer l’admiration de l’autre, transformant notre salon en chantier de démolition, en salle de gymnastique, en atelier d’arts plastiques, ils sautaient, brûlaient, peignaient, hurlaient, salissaient tout et faisaient de leurs journées un condensé de ce qu’il y a de plus fou. Il se tenait devant elle l’air bravache, les mains sur les hanches et lui lançait :
— Je ne suis pas sûr que vous allez y arriver, Maman, c’est sacrément dangereux vous savez, il vaut mieux que vous abandonniez maintenant et comme ça, moi j’ai déjà gagné !
— Certainement pas, vous m’entendez ! Jamais je n’abandonnerai ! lui répondait-elle en sautant une dernière fois sur le canapé pour s’élancer au-dessus de la table du salon et atterrir dans l’un des fauteuils crapaud, sous ses applaudissements et ses bravos.
Il s’était aussi pris d’une touchante passion pour Mademoiselle Superfétatoire, pendant une période il ne l’avait pas lâchée d’une aile. Il la suivait partout, en marchant comme elle, il imitait ses mouvements de cou, essayant de dormir debout et de partager son régime alimentaire. Une nuit, nous les avions retrouvés dans la cuisine se partageant une boîte de sardines, les pieds et les pattes pataugeant dans l’huile. Il essayait aussi de l’associer à ses jeux.
— Papa, Mademoiselle ne comprend rien, mais vraiment rien aux règles, apprenez-moi à parler comme elle, comme ça je pourrai lui expliquer comment jouer ! m’avait-il demandé alors que l’oiseau était en train de piétiner le plateau d’un jeu de société.
— Parlez-lui avec les mains, les yeux et le cœur, c’est encore ce qu’il y a de meilleur pour communiquer ! avais-je répondu sans me douter qu’il passerait des semaines entières une main sur le cœur, à saisir de l’autre la tête du volatile, pour plonger ses yeux grands ouverts dans les siens sans cligner d’un cil.
Et moi dans ce cirque, j’avais accepté d’endosser le rôle de Monsieur Loyal, d’enfiler une redingote à breloques, de mettre en scène les envies, les concours, les orgies, les fantaisies et, avec ma baguette, tenter de diriger ces folles opérettes. Pas une journée sans son lot d’idées farfelues, pas une soirée sans dîners improvisés, sans fêtes impromptues. Je rentrais le soir du labeur et croisais mon vieux camarade le sénateur dans la cage d’escalier, en sueur et débraillé, portant des caisses de vins, des bouquets de fleurs ou les paquets du traiteur.
— Ça barde là-haut, avis de tempête ! Il va falloir mettre tes habits de pluie, mon ami, car ce soir ça va mouiller ! On va s’offrir une belle tranche ! lançait-il avec son air réjoui.
Et je retrouvais mon fils sur le palier, accueillant les invités, le visage barbouillé d’une fausse barbe, un bandeau sur un œil et l’autre brûlant d’orgueil, coiffé d’un chapeau de pirate, claudiquant joyeusement sur sa fausse patte en bois. Dans le salon, mon épouse dans un pantalon bouffant, une tête de mort tatouée sur son décolleté pigeonnant, pendue au téléphone, annonçait l’abordage imminent de la flotte du Roy à des renforts appelés à venir séance tenante, pour vider les cales d’un bateau déjà ivre.
— Je vous laisse, le capitaine du navire vient d’arriver, ne tardez pas à venir sinon le rhum va s’évaporer !
Pendant les fêtes, notre fils restait éveillé, il apprenait à danser, déboucher les bouteilles, préparer les cocktails, et avec l’Ordure déguisait et maquillait les invités endormis dans le canapé pour les photographier. Il riait comme un tordu quand celui-ci sortait nu de sa chambre en hurlant qu’il voulait se noyer dans une barrique de vodka. Ils avaient élaboré tous les deux un stratagème astucieux pour faire tomber dans l’escarcelle du sénateur les dames et les demoiselles qu’il voulait entraîner dans sa chambre. L’Ordure lui désignait discrètement sa favorite du moment et le chargeait de disposer des boissons tout autour d’elle, il venait avec son air innocent leur proposer de goûter toutes sortes de compositions alcoolisées et, pour lui faire plaisir, aucune d’elles ne prenait le risque de refuser. Lorsqu’elles étaient « al dente », l’Ordure venait s’asseoir à leurs côtés pour leur parler de son pouvoir, de ses rencontres avec le président et de tous les avantages qu’on pouvait tirer à connaître une telle personnalité. Puis il les emmenait dans sa chambre à coucher pour partager avec elles des morceaux de responsabilité et des miettes de célébrité. Une nuit, notre fils, considérant peut-être qu’il était temps de s’installer à son compte, avait lui aussi attiré une belle invitée dans sa chambrée. Il avait déboutonné sa chemise, retiré son petit pantalon, fait voler son mini-caleçon et s’était mis à sauter nu sur son lit devant la jeune femme totalement charmée, légèrement flattée et aussi un peu effarée.
Alors forcément, pour l’éducation de notre charmant rejeton, dans de pareilles conditions, rien ne s’était passé comme prévu. Comme il passait ses nuits en galante compagnie, participait à des conversations d’adultes, à des débats parfois de haute volée ou à des monologues enflammés d’ivrognes inspirés, ses journées à l’école lui semblaient bien ternes et teintées de banalité. Enfin, pas vraiment ses journées, plutôt ses après-midi, car après de telles soirées nous lui faisions rater presque toutes ses matinées. Lorsque Marine et moi arrivions la mine grise et les yeux masqués derrière nos lunettes fumées de lendemain de fête, inventant des bobards délirants pour justifier ses absences répétées, la maîtresse nous regardait d’un air consterné. Un jour elle nous avait dit en furie « qu’on n’entrait pas dans cette école comme dans un moulin ! » Ce à quoi ma charmante épouse, branchée sur dix mille volts, avait rétorqué d’un air désinvolte :
— C’est bien dommage car, voyez-vous, au moins, un moulin sert à quelque chose. Cette école ne lui sert à rien, on lui lit des Bibliothèque rose, il n’apprend pas grand-chose, alors qu’avec nous, la nuit, il entend de la belle prose, il disserte des nouveautés littéraires avec des libraires, il discute des choses du monde avec des diplomates, il est chasseur de « gallinette pompette » avec son ami le sénateur, il s’entretient de politique fiscale et de finance internationale avec des banquiers de classe mondiale, il fait la cour à des roturières et des marquises parfaitement conquises, et vous venez nous parler d’horaires à respecter ! Mais vous voulez quoi ? Qu’il devienne fonctionnaire ! Mon fils est un érudit oiseau de nuit qui a déjà lu trois fois le dictionnaire, et vous voulez le transformer en mouette couverte de cambouis se débattant dans une marée noire d’ennuis ! C’est pour éviter tout ça qu’il ne vient que l’après-midi !
Je l’avais observée amusé, le sourire figé et les lunettes baissées sur le nez, déverser son flot d’arguments décalés, tandis que notre fils tournait autour de sa maîtresse en brassant l’air de ses ailes imaginaires d’érudit oiseau de nuit. Après cette énième escarmouche, je savais bien que les jours de notre fils à l’école étaient comptés, que ce rythme scolaire, à la carte et forfaitaire, ne pourrait pas continuer pendant toute sa scolarité.
Il pensait que c’était un jeu, le plus souvent il regardait sa mère en riant, pensant qu’elle jouait encore volontairement un de ses rôles délirants. Il pensait que c’était un jeu, alors je faisais semblant de ne pas avoir l’air trop surpris et malheureux. Lorsqu’un soir, enlevant ses lunettes, après une journée calme consacrée à la lecture, Colette me lança d’une voix troublée et les yeux écarquillés par un sérieux concerné :
— Dites-moi, Georges, éclairez-moi de vos lumières… J’ai peur de ne pas comprendre… Joséphine Baker n’était pas à Paris pendant la guerre… Par conséquent, vous ne pouvez pas l’avoir rencontrée naguère ! Pourquoi m’avoir fait croire toutes ces balivernes ? Vous ne pouvez pas être mon grand-père. C’est écrit noir sur blanc dans cette biographie, il y a un problème de dates dans ce récit, ou alors c’est un tissu de menteries ! Tout ça est impossible, impossible ! C’est impossible, vous m’entendez, strictement impossible ! Je n’ai déjà pas de prénom, mais ce livre vient de m’enlever ma filiation. Qui me dit que vous êtes vraiment mon mari ? Quand vais-je lire un livre qui m’affirmera que vous n’avez jamais rencontré Dracula ?
J’entendais bien le désarroi dans sa voix, je savais bien que pour une fois sa plaidoirie ne recelait aucune fantaisie, elle était malheureusement sérieuse, ses yeux s’étaient voilés afin d’observer intérieurement son monde en train de s’écrouler, et moi, c’est sous mes pieds que je sentais le parquet se dérober. Alors que notre fils riait aux éclats en commençant à gribouiller sur du papier un arbre généalogique sans aucune logique, Colette me regardait comme on regarde un inconnu dans la rue, un inconnu que l’on croit avoir déjà vu. Le doigt tendu vers moi, la bouche ouverte et les sourcils froncés, prête à m’interpeller, elle était perdue. Colette dodelinait de la tête, en marmonnant des formules secrètes, et donnait l’impression de la secouer doucement pour remettre tout en place et retrouver la raison.
— Il faut que j’aille m’allonger un peu, je suis complètement au bout de la roulette, vous m’emberlificotez avec toutes vos sornettes ! avait-elle soufflé cependant qu’elle se dirigeait vers la chambre, la tête penchée pour observer sa main gauche triturer du pouce les lignes de sa main droite.
— Alors c’est qui Maman en fait ? C’est ma grand-mère ? Et Joséphine Baker c’est mon arrière-grand-mère ? Il va falloir m’expliquer pour mon croquis, parce que c’est un drôle d’arbre généalogique avec peu de branches et plusieurs têtes ! avait lancé notre garçon un crayon mâchonné entre ses dents.
— Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même avec sa filiation, mais dans l’arbre, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné, lui avais-je répondu par une métaphore confuse enroulée dans un enthousiasme forcé, tandis qu’il acceptait dubitativement sa mission sans la comprendre vraiment.
Après l’incendie, je ne pouvais plus jouer la comédie, le feu, la fumée, les pompiers, le plastique brûlé sur les épaules de ma bien-aimée, toute cette tristesse cachée derrière son euphorie ne pouvaient plus être le fruit d’une plaisanterie. J’avais observé mon fils la recouvrir de la couverture dorée, consciencieusement il l’avait remontée sur ses épaules pour cacher les magmas de plastique fondu et les pellicules de cendre, il l’avait remontée pour cacher, ne pas voir, ne plus voir, les stigmates, brûlés, de l’insouciance de son enfance qui partait en fumée. Il avait fait preuve de beaucoup de sang-froid, de beaucoup de courage dans l’épreuve, gardant un air sérieux et concentré pendant l’interrogatoire de sa mère par les policiers, et durant la batterie d’examens effectuée par les médecins. Pas une fois il n’avait flanché, pas une larme n’avait coulé sur son visage fier et sage. Le seul signe qui laissait transpirer sa peine, c’était ses bras tendus pour enfoncer ses petits poings serrés au fond de ses poches, son visage était resté sérieux et concentré pour commenter les événements.
— Quel bordel, on va bien trouver une solution, hein Papa ! On ne peut pas se passer d’elle comme ça ! Il faut mettre un coup de pied au cul de ces foutus tracas ! avait-il quand même déclaré en prenant son élan pour pourfendre l’air avec son pied, lorsqu’il avait appris que sa mère allait être internée.
En rentrant le soir, seul avec lui, sur le chemin de notre maison, je m’étais dit qu’il avait raison, au point où nous en étions, nous n’avions pas d’autres solutions que de botter le cul à la raison. Je lui avais dit, pour ne pas l’accabler, lui épargner l’horrible vérité, que sa mère un jour pourrait rentrer, mais les médecins m’avaient annoncé tout le contraire, pour eux, elle ne pourrait jamais sortir, son état allait devenir de pire en pire, ce bâtiment déprimant — comme elle l’avait désigné — était son seul avenir. Je ne lui avais pas dit que pour épargner la vie des autres elle devait y mourir. En marchant dans la rue, en cette belle soirée de printemps, la main de mon fils dans la mienne, je n’étais plus l’imbécile heureux que je m’étais toujours flatté d’être, j’avais laissé la deuxième partie de mon titre s’envoler loin et disparaître. Lorsque j’avais rencontré sa mère, j’avais tenté un pari, j’avais lu toutes les règles, j’avais signé le contrat, accepté les conditions générales et pris connaissance des contreparties. Je ne regrettais rien, je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d’honneur aux conventions, aux horloges, aux saisons, ces langues tirées aux qu’en-dira-t-on. Désormais, nous n’avions pas d’autre choix que de foutre un coup de pied au cul de la raison, et pour cela nous allions rajouter un avenant au contrat. Après des années de fêtes, de voyages, d’excentricités et d’extravagante gaîté, je me voyais mal expliquer à mon fils que tout était terminé, que désormais, nous irions tous les jours contempler sa mère délirer dans une chambre d’hôpital, que sa Maman était une malade mentale et qu’il fallait attendre sagement de la voir sombrer. Je lui avais menti pour pouvoir continuer la partie.
L’état de Louise était fluctuant, nous ne savions jamais vraiment comment nous allions la trouver, alors à chaque fois notre petit garçon était très angoissé avant d’arriver. Les médicaments lui apportaient une certaine sérénité, et lui faisaient retrouver partiellement son état d’avant, nous la retrouvions gentiment cinglée, comme si elle n’avait pas changé. Mais parfois, lorsque nous poussions la porte, nous la retrouvions en pleine conversation avec ses démons, elle dissertait avec des fantômes en joignant ses mains pour réciter des psaumes qu’elle composait selon ses propres axiomes. En un rien de temps, elle était parvenue à s’attirer l’affection des autres patients et la sympathie du personnel soignant qui lui passait tous ses caprices et la servait à pieds baisés, comme une marquise. Notre fils avait rapidement trouvé ses marques dans ce dédale de couloirs où dérivaient des âmes perdues soutenues par des corps marchant sans but. Il s’était créé un rituel de visites, une tournée des popotes complètement irréelle. Il commençait par aller tenir le crachoir à un schizophrène mélomane puis s’en allait au chevet d’une ancienne criminelle mise hors d’état de nuire par de puissants médicaments. Je profitais de ses absences pour mettre en place avec sa mère l’opération d’évasion que j’avais baptisée « Liberty Bojangles ». Louise s’était montrée très enthousiaste et m’avait justement fait remarquer que j’avais moi aussi toute ma place dans ce bâtiment de tarés.
— Georges chéri, je vous aurais bien proposé de partager mes pilules, mais voyez-vous, aujourd’hui, je les ai déjà toutes avalées ! Je vous assure que demain je vais vous en mettre de côté. Cette opération Liberty Bojangles ne peut être le fruit d’une personne saine d’esprit !
L’opération Liberty Bojangles était le coup de pied au cul de la raison que mon fils s’était proposé d’envoyer. Je ne pouvais pas me résigner à terminer le roman qu’était notre vie sans y ajouter un point final théâtral. Nous devions offrir à notre fils une conclusion à la hauteur de ce qu’avait été la narration, un brouillon fourmillant de surprises, joyeux et gonflé d’affection. Louise avait souhaité reprendre à son compte ce stratagème considérant qu’il serait un merveilleux couronnement, que cet enlèvement serait le diadème qu’elle allait déposer sur sa tête, pour devenir la reine des déments. Elle souhaitait épater son fils une dernière fois, tout simplement.