L'escale

Le ciel est bleu, la mer est verte

Laisse un peu la f'nêtre ouverte

Le flot qui roule à l'horizon

Me fait penser à un garçon

Qui ne croyait ni Dieu ni Diable

Je l'ai rencontré vers le nord

Un soir d'escale sur un port

Dans un bastringue abominable

L'air sentait la sueur et l'alcool

Il ne portait pas de faux-col

Mais un douteux foulard de soie

En entrant, je n'ai vu que lui

Et mon coeur en fut ébloui de joie

Le ciel est bleu, la mer est verte

Laisse un peu la f'nêtre ouverte

Il me prit la main sans un mot

Il m'entraîna hors du bistrot

Tout simplement d'un geste tendre

Ce n'était pas un compliqué

Il demeurait le long du quai

Je n'ai pas cherché à comprendre

Sa chambre donnait sur le port

Des marins soûls chantaient dehors

Un bec de gaz, un halo blême

Eclairait le triste réduit

Qu'il m'écrasait tout contre lui!

Je t'aime

Le ciel est bleu, la mer est verte

Oh laisse un peu la f'nêtre ouverte!

Son baiser me brûle toujours

Est-ce là ce qu'on dit l'amour

Son bateau mouillait dans la rade

Chassant les ombres de la nuit

Au jour naissant il s'est enfui

Pour rejoindre ses camarades

Je l'ai vu monter sur le pont

Et si je ne sais pas son nom

Je connais celui du navire

Un navire qui s'est perdu

Quant au marin

Nul n'en peut plus rien dire

Le ciel est bas, la mer est grise

Ferme la f'nêtre à la brise

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