CHAPITRE III

Par chance, nous trouvons de la place à l'hôtel Troû Dû Thronc en arrivant à Saigon. C'est rare de pouvoir se loger à cet hôtel sans réservation, car il s'agit d'un Pâlace principalement fréquenté par les étrangers qui ne sont pas du pays. Beaucoup d'Américains, naturellement, mais aussi des Grecs, des Italiens, des Arméniens, un Russe naturalisé Mexicain, un Cubain naturalisé Russe, un Hindou, un Indien, un Indonésien, un Indochinois et un Industriel d'Indianapolis.

Nos chambres, non seulement sont climatisées, mais, de plus elles sont contiguës, ce qui n'est pas à la portée de n'importe quelle chambres. Pendant le voyage, j'ai longuement bavardé avec Laura. Cette fille n'a pas froid aux yeux. Elle est prête à tout, et même à n'importe quoi, pour essayer de sauver son mari. J'ai bien aimé son attitude lorsqu'elle m'a vu lâcher la ferme et les chevaux. Elle n'a pas eu ces démonstrations femelles qui sont si gênantes et même si horripilantes parfois. Elle est digne et simple, cette môme. Elle a seulement murmuré en essayant d'affermir sa voix : « O.K., Antoine, thank you ». Un point c'est tout. Et dans l'avion, tandis qu'on échafaudait des plans à la mords-moi-le-chose-dans-le-sens-de-la-longueur, elle ne s'est pas répandue en jérémiades stériles. Elle se contente d'un rôle de collaboratrice lucide et réfléchie, faisant des objections pertinentes, comme si tout cela ne la concernait pas directement.

Notre programme est le suivant : d'abord savoir où est détenu Curtis ; ensuite Laura essaiera d'obtenir une entrevue avec lui. Quant au reste, ma foi, nous improviserons en fonction des circonstances.

Dès que le boy a déposé nos bagages, Laura s'en va aux renseignements. A elle d'agir pour commencer ; sa qualité d'épouse lui permettant de défricher le terrain. Elle part pour l'Etat-Major des « Conseillers » amerloques (en l'occurrence, les conseillers sont aussi les payeurs) tandis que nous déballons notre matériel, Sa Majesté et moi.

Le Mastar louche sur une valise de cuir noir au format inusité qui se coltine à l'aide d'une bretelle rembourrée dans l'arrondi.

— A quoi ça sert, c't’ustensile ? demande mon compagnon d'un ton suspicieux, car, hormis ses poings et à l'extrême rigueur, son parabellum, il n'est guère porté sur les accessoires.

Je fais jouer le couvercle de la mallette et un appareil de prise de son, genre Nagra, parait.

— Tu fais des extras pour Europe 1, maintenant ? bougonne le Dodu, ou bien tu voudrais profiter de notre voyage au Viêt Nam pour enregistrer le cri du crapaud à moustaches ou le chant du bengali à ondes courtes ?

— Il ne s'agit pas d'un appareil d'enregistrement, Gros.

— Il s'agit de quoi t'est-ce, en ce cas ?

— Le moment venu, ce machin-là te surprendra.

Il hausse les épaules.

— Tu vas pas te mettre à chiquer les Jame Bonde, Mec ! Jusqu'à maintenant, notre devise était : « tout dans les pognes, rien dans les fouilles ». Mais, ajoute-t-il, bouddha boudeur, si Môssieur se lance dans le gajette bricoleur, je te vois devenir pâlichons du résultat avant la retraite ! Les mitrailleuses lourdes déguisées en épingles à cravate, les bagnoles avec un rayon de la mort embusqué dans l'allume-cigares et les sacs tyroliens qui se transforment en hélicoptères, ça va un moment, seulement dans notre labeur on n'usine pas en Gévacolor, San-A, c'est tout en jus de biceps naturel !

Il bâille, maussade comme une vieille dame au fond de sa Rolls, et extirpe de sa valise en carton véritable, entièrement réparée avec du fil de fer galvanisé, une trousse en authentique cuir imitation. L’objet est décoré avec une croix rouge qui lui confère un aspect clinique.

— Tu te prends pour un chef scout, Gros, plaisanté-je : la trousse à pharmacie, maintenant, c'est la grosse opération survie que tu entreprends là ?

Il devient radieux.

— La trousse que voilà, tu peux arpenter toutes les pharmacies de Paname, tu y trouveras pas les produits qu'elle contient.

— On peut visionner ? demandé-je, intrigué.

Il consent avec orgueil. J'avise, pieusement engagés dans leurs boucles élastiques, des tubes de différents formats et aux couleurs chatoyantes. Il me les désigne, comme un collectionneur annonce ses pièces rares exposées dans ses vitrines, ou comme un champion signale ses coupes les plus durement gagnées.

— Ici, mayonnaise, fait-il ; là, concentré de tomate ; voilà de la moutarde extra-forte signée Bornibus ; et puis du poivre moulu ; du condiment à l'extra-cor ; poudre d'ail ; échalote râpée ; feuilles de laurier ; thym et serpolet ; toute la panoplie, quoi ! Avec ça on sera jamais pris au dé pourvu. Tu comprends, dans ma street y'a un restau vietnamien dont au sujet duquel je connais le taulier. Un brave mec, avec les phares en code et le sourire façon bouddha. Chez lui, la tortore serait convenable si elle serait assaisonnée autrement qu'avec de la pourriture de poisse-caille. Le piment, je veux bien : ça parfume l'haleine et ça vous met des hormones dans les bijoux de famille, mais ça manque furieusement d'ail et d'oignon — leur bouffe, aux ânes à mites. Il range avec componction sa collection rudimenteuse.

— Pour t'en revenir, Jame Bonde, jamais il se prémunira de la sorte. Le Rasurel anti-balles et le poignard au mercure rare, c'est son blaud à ton Balzac zéro, zéro, sept. Mais je voudrais le voir à table, ce gus ! Comment qu'il doit bouffer dans le lamentable ! Ces z'héros de cinoche, tu remarqueras, jamais on les voit en train de jaffer. Ça serait trop piteux comme spectacle ! J'imagine le sandwich au jambon cartonneux ou le yaourt de convalescent. Même qu'on le représenterait en train de se cogner la cloche, tu pourrais courir pour les voir s'espliquer avec une entrecôte-Berry au un brie qui s'abandonne.

Tandis que mon apologiste du bien- bouffer commente, je vais à la fenêtre pour mater la rue Ma-Jong, populeuse en diable, et même en diable vauvert. La foule, pour user d'un cliché qui a fait ses épreuves, est grouillante. Beaucoup de militaires, car c'est jaune et ça ne cède pas. Des civils aussi, mais susceptibles de devenir militaires..

— Si on allait faire un tour ? proposé-je.

Il veut bien, Béru. Après tant d'heures d'avion, se dégourdir les cannes est une nécessité. Et puis, quand on arrive dans un pays pareil, on éprouve le besoin de le visiter un brin.

Nous voilà donc partis à l'aventure. Sa Majesté est intéressée par les Eurasiennes, encore qu'il déplore la minceur de leur taille.

— Des gonzesses de poche, déplore-t-il. Juste bonnes pour le piquenique.

Des camions de l'armée, marqués de l'étoile blanche et des lettres U.S. Army, déferlent dans des vrombissements féroces. On a juste le temps de se jeter sur les trottoirs ombragés d'eucalyptus, de crêpiers, de macaroni arborescents, de pins complets et de pins azymes. Des gars en culottes bouffantes nous abordent. Tous ont quelque chose à nous proposer ; des trucs qui se bouffent, des trucs qui se fument, des trucs qui ne servent à rien mais qui sont bien jolis à regarder. L'un d'eux nous tend des espèces de longs cigares en chuchotant d'une voix confidentielle « Fû Ma Gha », ce qui signifie, vous ne l'ignorez pas puisque vous avez lu les romans de Monsieur Claude Farrère « Fume, c'est du Belge ». Béru se fend de quelque monnaie afin d'empletter d'un cigare. Son côté churchillien ! Avec son barreau de chaise,entre les dents, il se prend pour un businessman.

— T'as du feu ? me demande-t-il.

— J'ai oublié mon briquet dans le tiroir de ma cravate des dimanches, m'excusé-je.

Lors, il s'approche d'un officier amerloque occupé à déambuler avec, accrochée à son bras, une savoureuse Amie.

— Avez-you du fire, mylorde, ? Pléaze ? l'aborde-t-il avec son plus gracieux sourire.

L'officier n'est pas un marrant. Il refoule Sa Majesté d'une bourrade, ce qui porte le Gros à l'incandescence.

— Non mais dis donc, le groume, s'égosille Béru, c'est pas parce que t'interprètes madame Butterfli avec c't'miss safran qu'y faut te croire tout permis. Si t'as envie que je te joue le dernier acte de Dien Bien Phu, dis-le, on sera deux sur la scène du théâtre des opérations !

L'officier se plante devant Bérurier après avoir lâché sa camarade de promenade.

Shut up ! lui lance-t-il.

— Qu'est-ce qu'il me cause ? m'interroge la Bedaine.

— Il te dit « la ferme », traduis-je, mais écrase un peu, Gros, on n'est pas venus ici pour faire des exhibitions de boxe française, mon pote !

— Tu te figures que je vais me laisser arpenter les nougats comme si mes pieds seraient un boulevard à grande circulation ! tonne le bi-tonne tonifiant. Tu vas me faire le plaisir de dire à ce malotru que s'il m'aboule pas une corbeille d'escuses immédiately, j'y fais brouter la visière de sa gapette avec les galons !

Soucieux d'éviter, à l'orée de notre délicate mission (de confiance), un incident diplomatique susceptible de rafraîchir encore les relations franco-américaines, je lâche à l'officier :

— Mon copain s'excuse, il vous demandait seulement du feu.

— Je n'aime pas que votre copain fasse le malin, répond l'officier.

J'ai jamais vu un teigneux pareil ! Peut-être qu'il veut en installer devant sa grenouille ? Y a des bonshommes comme ça, dès qu'ils ont une nana contre la hanche ils se croient obligés de jouer les terreurs, les intraitables.

— Qu'est-ce qu'il raconte ? s'inquiète Alexandre-Benoît.

Je risque une ultime manœuvre conciliatrice.

— Il dit qu'il n'avait pas pigé, Gros, allez viens maintenant on les met !

Mon ami s'apprête à me suivre, car toute colère, chez cet homme, généreux, n'est que feu de paille et lait renversé.

— Bon, jockey, admet-il, alors puisque maintenant il a pigé, qu'il me donne du feu, dis-y !

— Vous n'auriez pas un peu de feu ? insisté-je auprès du militaire.

Une qui se marre en loucedé, c’est la Viêt-namienne, vu qu'elle comprend à la fois le français et l'anglais et que notre numéro à trois lui paraît irrésistible.

Pour toute réponse, l'officier saisit délicatement le cigare de Béru entre le pouce et l'index et, d'une chiquenaude, l'envoie balader sur la chaussée.

Mort de mes os ! Béru rosit, ce qui est la façon de blêmir de ce sanguin.

Il existe deux fureurs béruréennes : la chaude et la froide. La chaude est spontanée ; violente et généreuse. La froide au contraire est méthodique, calculée, impitoyable. Posément, Béru retire son râtelier et le met dans sa poche, puis il arrache son feutre et me le tend.

A quoi bon user encore de ma force de dissuasion puisqu'elle s'avère inefficace.

— Dis-y qu'il me ramasse mon cigare avant que je lui pète la bouille, grommèle-t-il.

Je traduis à l'officier. Mais l’Américain est déjà en garde. Apparemment Béru veut estoquer. Mais sa garde demeure et ne se rend pas.

— Fais gaffe, dis-je au Gros, il sait boxer, on le comprend tout de suite.

La jeune indigène vient se placer à ma droite, très intéressée. Quelques personnes ferment le cercle.

— J'ai vu, zozotte le Mastar entre ses chicots, espère un peu, je vais l'entreprendre à la Béru.

Donc, nous inscrivons le grand jeu au programme. Un autre zig comme le Mastodonte, je crois pas qu'on puisse en dégauchir un sur la planète Terre ni dans ses départements limitrophes. L'art du gros lard, c'est l'esprit d'initiative joint à une souplesse qui contraste avec son embonpoint. Son crochet ayant été magnifiquement bloqué par l'adversaire, il feint de vouloir lui en porter un autre, mais n'achève pas le mouvement amorcé et, tandis que le Ricain lève sa garde, Bérurier lui plonge dans les pattes et le culbute. L'officier se met à genoux pour se relever. Furax, je vous l'annonce ! Le Gravos le calme d'un sérieux coup de pompe dans la mâchoire. Ça résonne comme la porte d'un gros coffre-fort fermée un peu trop violemment.

Pour le coup, le gars s'affale en avant, les bras en croix, dans l'attitude soumise d'une peau de tigre transformée en descente de lit. Un arbitre qui voudrait le compter serait obligé de louer une machine à calculer IBM.

Lors, Bérurier ressort son dentier de sa fouille, souffle dessus pour le débarrasser des miettes de pain et de tabac collées après ses tabourets de salle à manger, me reprend son bitos et va ramasser le cigare objet de l'incident.

— On y va ? me demande-t-il.

— Allons-y ! approuvé-je en enjambant sa victime.

Je virgule mon regard enchanteur numéro 69 bis (plusieurs lignes : groupées) sur la compagne de l'officier.

— Si le cœur vous en dit, Mademoiselle, je lui fais, venez vous promener avec nous, car votre chevalier servant ne sera pas en état de marche avant plusieurs heures. Les souliers de mon ami sont à clous et à triple semelle et il a été avant-centre dans l'équipe de football de Saint-Locdu-le-Vieux, ce qui lui a constitué des mollets de garde républicain.

Elle me gazouille un petit rire cristallin qui fait penser soit à une source menue sourdant d'une anfractuosité de roche, soit au jet d'un prostatique contre l'ardoise d'une pissotière.

— Votre ami, il est pas commode ! dit la chère petite citronnette en nous emboîtant le pas.

Béru, tout en marchant, accomplit quelques puissants exercices respiratoires afin de se détortiller la rogne et la grogne. Il mâchouille son cigare en crachotant des brins de tabac. C'est comme quand un orage vient de déguiser la campagne en Wlaminck. On voit des zébrures sur sa face, des convulsions, de nains moutonnements.

— Y a pas un burlingue de tabac dans ce patelin, que j'achetasse des alloufs ! bougonne-t-il. J'ai besoin de téter un peu d'herbe à Philippe Nicaud pour me calmer, biscotte c't'horrible m'a crispé les courroies de transmission.

Il se tait en avisant un grand brasier au milieu de la place N'gruyère Ra-Pé. Le voilà qui s'approche des flammes et qu’il leur présente son Churchill.

Mon sang ne fait qu'un tour !

— Béru, n… de D… ! m'exclamé-je en pointillonnant par politesse, t'as pas honte !

— De quoi ? s'étonne le cher brave homme.

— Ce brasier, c'est un bonze en flammes !

Il se redresse, rouge de chaleur et de confusion. Effectivement, les restes à peu près calcinés d'un homme alimentent encore le brasier. Je vous jure : y a que ma Grosse Pomme cuite pour allumer son cigare à un bonze !

Mais il ne se laisse pas démonter longtemps. Une âme saine, dans un oursin, tel est Béru.

— Son sacrifice aura du moins servi à quéque chose, épitaphe-t-il en exhalant une bouffée.

C'est à cet instant que débouche une jeep verdâtre de la military-police. A son bord j'avise deux M.P. plus la victime de mon concasseur. L'officier américain a noué sa cravate autour de sa tête afin de se confectionner une mentonnière d'urgence. L'auto freine pile à notre hauteur et les deux M.P. rébarbatifs sautent du véhicule en décrivant des moulinets avec leurs goumis.

Béru les ignore pour se gausser de l'officier.

— Alors tu t'es déguisé en œuf de Pâques, bébé rose ? fait-il à l'officier.

Un coup de matraque lui arrive sur la théière, vigoureux, mais amorti par son feutre. Il chancelle, s'ébroue.

— Fais gaffe à ta coquille, Gros ! m'écrié-je, Ces gars-là ont la technique.

Le second zig de la military m'entreprend aussi sec. J'esquive, en accomplissant une cabriole, le gentil coup de goupillon qu'il est en train de me voter. Non, mais vous parlez d'une brute ! Moi, vous me connaissez ? Faut pas m'asticoter ou alors je ne réponds plus de rien. Perdant toute prudence, comme l'ont écrit avant moi des romanciers plus faits cons mais moins doués, je saute d'un bond dans la jeep et je saisis l'officier à bras le corps. Deuxième matraquage de mon M.P. Vigoureux, brute à l'excès, mais pas sagace, il est. C'est la rotonde du blessé qui écope. Vlahomm ! Dormez je le veux ! Bonsoir chéri ! Cette fois il se réveillera sûrement pas avant Noël ! Il y a des jours où c'est pas votre jour. Cette fois, sa casquette valdingue. Il a la tête sur le côté, les yeux entrouverts, comme des phares de Lotus. Ses cheveux sont poivre-et-sel, ou alors il a beaucoup de pellicules ! Son M.P. en reste ébaubi (d'ailleurs il se nomme E. Bobby). J'en profite pour le dématraquer et lui filer son gourdin caoutchouté dans la poire. Une bath baguette de chef de requêtes ! Il ne pourra plus prononcer les consonnes labiales pendant un certain temps vu que ses lèvres ont éclaté comme deux tomates sur la scène de la Scala de Milan quand la basse noble fait une fausse noble !trop roturière. Et de deux ! On dira ce que, vous voudrez, mais les proverbes français reposent toujours sur quelque chose. Ainsi, tenez, celui qui prétend que « jamais 203 » comme disait M. Peugeot. Eh ben, il est exact jusqu'à la moelle, mes fils. Car l'Honorable vient bel et bien d'assaisonner son antagoniste. Toujours son coup de pompe foudroyant.

Pour la seconde fois il ramasse son cigare et le tète bruyamment pour le ranimer. Ça fait comme les pneus d'une bagnole dans la neige fondue.

On perçoit des coups de sifflet, des cris ! On fait recette, les gars ! La population nous prend sûrement pour des supporters d'Ho-chi-minh, soucieux de précipiter l'escalade !

Si on ne se rabat pas presto la viandasse dans les draps on risque d'afficher « Fatalitas » avant la fin de la journée.

Je mate autour de moi : la môme de l'officier ricain, nous estimant décidément trop ombrageux, a préféré s'éclipser. Nous sommes environnés de faces jaunes, plus hermétiques que le bleu de travail d'un scaphandrier.

— Allez, Béru ! Coudes au corps, mon gamin ! lâché-je.

Il est tacitement d'accord pour un quinze cents mètres. Il bondit par-dessus le bonze non-ignifugé, son cher cigare entre les ratiches. Je l'imite. Mais ça virgule du branle-bas de combat dans tous les azimuts. Un futé a dû prévenir les copains américains que deux quidams agressaient leurs touristes et on organise une chasse à l'homme dans le style « Ramenez-les vivants ».

Je me dis qu'on ferait mieux de crier pouce et de s'expliquer en haut-lieu. Vu notre qualité de poulagas on ne risque pas grand-chose après tout. Seulement, il suffirait que les explications s'éternisassent pour que nous ne puissions plus rien tenter pour Curt Curtis. L'image d'une Laura désespérée vient me harceler. Une question d'heures !

— Appuie, Gros ! Appuie !

Au lieu d'obtempérer, cet être au souffle inépuisable (sa cage thoracique a la capacité d'un ballon dirigeable) ralentit et chancelle. Tout de suite je me dis qu'il a peut-être fait un faux pas, qu'il s'est tordu le moyeu, ou quoi ou caisse ! Mais il est maintenant immobile, souriant et me regarde, planté au mitant du trottoir comme un bec de gaz !

— C'est crevant, me dit-il d'une voix changée, j'ai jamais vu de souris roses.

De telles paroles en un tel instant ne laissent pas de me surprendre, ainsi que me le disait naguère la vicomtesse du Bave de Lotupisse.

— Qu'est-ce que tu ramènes avec tes souris, hé, Crêpe Suzette ! Taillons-nous !

Mais Sa Majesté semble nager dans un état second.

Vise un peu cette nuée de souris roses ! me dit-il, béat.

Je l'examine d'un œil sagace. Pas d'erreur, il est en plein dans les vapes. S'agirait-il d'une crise de délirium ? A force d'écluser, ça n'aurait rien de surprenant. La picole, on a beau croire que ça ne tire pas à conséquence, quand on en abuse, le jour vient, irrémédiablement, où les chauves-souris font un meetinge dans votre chambre à coucher. Ce qui est surprenant, tout de même, c'est que ça se soit déclenché de cette façon brutale. Je remarque alors son cigare et je le lui tire du bec. Je le hume. Une odeur opiacée, bizarre, entêtante s'en dégage. Pas d'erreur : il s'agit d'un cigare aux stupéfiants. Ce qui l'est surtout, stupéfiant, c'est que ce genre de truc soit vendu dans la rue comme du coton à repriser ou de la réglisse de bois. Je veux bien que nous soyons en Extrême-Orient où les jardiniers cultivent l'opium comme nous autres cultivons la laitue, mais c'est surprenant, admettez ?

Comme le remue-ménage se rapproche, je pousse Béru sous un porche. On avait bien besoin de ça ! Quelle histoire ! Et pour rien : un officier grincheux, un Bérurier soupe-au-lait, et moi. Voilà le résultat. A peine arrivés, nous voici enrouscaillés par les Ricains. Est-ce un reflet de la Politique française ?

Le Gros continue de débloquer. Maintenant c'est des femmes nues qu'il vista-visionne en se pourléchant les badigoinces. Nous nous trouvons au fond d'un jardin fleuri et il me désigne une grande baie ouverte sur un vaste salon.

— Vise un peu, Mec, bavoche-t-il. Cette rêve, Madame ! Des blanches, des jaunes, des noires… Un vrai feu d'artifesses ! Le Paradis, quoi ! Il est pas posté sur les guides, cet Anthony Eden, hein ? J'ai aligoté le guide bleu dans l'avion, le guide vert, le guide Maupassant, mais j'ai pas lu de lubrique se rapportant à cette féerie.

— Oh, écrase ! m'emporté-je, bien trop préoccupé par la battue des M. P.

A travers des branches de constipiers en fleurs, je vois déferler quelques jeeps. Ça m'étonnerait que nos camarades « conseillers » fassent trop de zèle pour nous repêcher. Néanmoins, mieux vaut attendre un brin.

Le Gros continue de débloquer.

— Cette Tonkinoise, là-bas, avec une mèche blonde, quelle splendeur, San-A. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas mater puisqu'on peut se rincer la rétine à l'œil !

— Tu me cours, Gros. Si je te reprends à fumer des cigares drogués tu auras affaire à moi !

— Cigare drogué toi-même, riposte le Mastodonte. V'là Môssieur le Comimissouille de mess quarres qui se prend pour le père de Foucault depuis qu'on est au Miâm-miâm ! Vingt gonzesses carrossées par Chapron sont là qui se vautrent sur des tapis, et ce bon apôtre veut même pas lever une paupière dessus ! Ah ! je t'ai connu plus moteur, Gars ! Main preste haleine fraiche, t'étais.

Il me semble que tout danger est écarté. On pourrait essayer de se rabattre sur notre Pâlace, des fois que Laura s'y trouverait déjà !

— Viens, on regagne le P.C., enjoins-je à mon subordonné.

— Mince, me bouscule pas l'extase, San-A, réagit Béru. Tu vas finir par t'enflammer comme les bonzes à force d'avoir le feu au train.

Je rêve d'un grand seau plein d'eau fraiche que je pourrais vider sur la hure de mon stupéfié, histoire de lui enrayer sa petite caméra caberlote. Mais une voix plus basse qu'un coucher de soleil en Beauce retentit, qui fait trémousser le grand zygomatique :

— Ma parole, mais c'est le beau San-Antonio soi-même !

Je volte-face dans le sens du Gulf-Stream et qu'avisé-je, appuyé sur l'emplacement de la barre d'appui absente de la baie vitrée ? Mon vieux copain Lathuile de France-Flash. Il a le titre de grand reporter, mais en fait c'est un gros-reporter. Cent vingt kilos, un mètre soixante, des cheveux qui lui descendent aux sourcils, un gros pif couvert de pouls et de pustules, des yeux déposés au bord extrême de ses paupières comme des pêches sur des feuilles de vigne, tel est, tracé à grands traits, comme l'écrirait mon excellent camarade Balzac, le personnage qui fait à France-Flash la pluie et le Bottin.

Pour l'instant je m'abstiendrai de vous décrire son costume, étant donné qu'il n'en porte pas, non plus que de vous préciser la couleur de sa chemise puisqu'il en est dépourvu, et encore moins de vous indiquer la marque de son slip, vu qu'il l'a posé pour tout vous dire et ne rien vous cacher, Lathuile est beaucoup plus nu qu'au jour de sa naissance, puisqu'il l'est autant, mais sur une plus grande surface.

— Mince, béé-je, qu'est-ce que tu fiches ici ?

— Un grand reportage sur les sanglants combats qui inquiètent l'opinion mondiale, fait-il sans emphase.

— Et c'est un lance-flammes qui t'a déloqué pareillement ?

— Non, une de ces gentilles dames, fait Lathuile en dégageant la baie de son considérable volume. On m'avait parlé des Eurasiennes avec tant de chaleur que j'ai demandé à venir ici. Voilà trois jours que j'expérimente le cheptel de Maman Nlatron Che Pâ, et je m'apprête à décerner la palme d'or à sa rosière la plus méritante, si tu veux assister aux fêtes du couronnement, rapplique.

Je cède à l'invite et je m'aperçois que le mirage supposé de Béru n'en était pas. Il y a bel et bien (belles et bien) dans le salon une flopée de chouettes poupées toutes plus nues les unes que les autres.

Nous franchissons la baie, le Gravos et moi, et serrons la main de Lathuile avec conviction.

— Ça m'aurait étonné que tu n'aies l'adresse de Maman Nlatron Che Pâ, complimente le journaliste. C'est la plus belle taule d'abattage de tout l'Extrême-Orient ! Admire un peu ces petites crémières, San-Antonio !

J'admire. Un essaim de seins de saintes-nitouches nous assaille, nous cerne, nous braque. Faut se soumettre ou se démettre, se rendre ! La tuile joue les maitres de maison. Il guide notre choix, manage nos forces. Bref, on oublie pour un temps la mission privée que je nous suis confiée afin de plonger à corps éperdu dans des délices qui méritent vraiment d'être mises au pluriel et au féminin. Une heure de séance ! C'est beau, Saigon, croyez-moi ! Et les pensionnaires de Maman Nlatron Che Pâ ont dû avoir de sérieux entretiens privés avec leur maman avant de prendre du service dans cette turne. Vous direz pas, mais c’est formide le hasard qui nous amène dans cette très hospitalière maison ! Après qu’on a poussé sa goualante, on nous offre du thé au jasmin. Béru réclame du beaujolais vu que l'eau chaude, il ne s'en sert que pour faire courir des panaris, et on lui en donne.

Il a raison, Lathuile, c'est bien la crèche la plus sensationnelle d'Extrême-Orient. Les exercices corporels nous ayant quelque peu épuisés, nous nous mettons à deviser de conserve, vautrés sur un sofa profond comme un proverbe chinois.

— Et toi ? me questionne le reporter en s'épongeant le front entre les seins d'une jouvencelle.

— Quoi, moi ?

— C'est pas en touriste que tu es venu à Saigon, je suppose ?

— En effet, je suis mandaté par le service des poids et mesures pour mesurer le 17° parallèle.

— Toujours l'esprit de l'escalier, à ce que je constate ?

— De plus en plus, y a que ça qui parle, mon vieux Rouletabille ! Quand tu veux faire dans le spirituel, tu es seul à comprendre tes propres astuces. T'as dû t'en apercevoir depuis le temps que tu commets tes insanités ?

Il hausse les épaules.

— Dis, copain, on a toujours marché la main dans la main tous les deux, alors te dissimule pas derrière un nuage artificiel de couenneries. Aboule un peu les raisons de ta présence à Saigon !

— Si je te les disais, tu ne me croirais pas, assuré-je fort gravement.

— J'ouïs tout de même…

— Stupes ! Un réseau de trafiquants vient de jeter l'émoi à Paname et on m'a chargé d'en trouver la source.

— Ici qu'est-ce que tu peux fiche, t'es plus en France ?

— Pas besoin d'être en France pour repérer des malfrats, Lathuile ! Et pour toi, ça usine, oui ? A part les lupanars du patelin, tu vas te promener un peu sur les champs de bataille ou si tu écris tes papiers de chic, comme d'habitude ?

— Trop de moustiques dans les rizières soupire-t-il, j'ai beau me coller du Pipiol, dès que je vais plus loin que Cholon j'en ai pour deux jours à me gratter. C'est pas marrant, je te jure, je préfère prendre mes tuyaux à l'Etat-Major où je compte quelques sympathies.

Ça me fait dresser le lobe. Je bâille pour cacher ma joie et je demande :

— Ils ont l'air de se piquer au jeu, les Ricains, non ?

— Tu parles. Leur rêve, c'est de filer leur camelote atomique sur la Chine. Ici on n'est que dans l'antichambre de la vraie guerre, laquelle éclatera un peu plus tard et un peu plus loin.

— Tu estimes qu'ils le feront ?

— Ils dormiront pas tranquilles avant. N'oublie pas que, comme le fait remarquer mon excellente consœur Hélène Taurnaire, jusqu'ici il n'y a qu'eux qui aient employé la force nucléaire contre un peuple ; y a que la première bombe qui coûte !

— Oui, fais-je semblant de méditer, ils ne plaisantent pas. Et les troupe, ça suit ?

— A bloc. Faut dire qu'on les conditionne avant de les expédier ici.

— Pas de défections ? Le communisme, c'est comme la rougeole, ça s'attrape après tout.

— On leur file trop les jetons avec l'épouvantail rouge pour qu'ils lui tombent dans les bras, affirme Lathuile.

Je voudrais bien l'amener à parler de Curtis. Des fois qu'il aurait des tuyaux pour moi ?

Seulement, avec une fine mouche comme Lathuile (mouche à miel, certes, mais fine) il s'agit d'avancer avec précaution afin de ne pas lui mettre le prépuce à l’oreille, comme disait Jeanne d'Arc. C'est un zig qui aurait vite fait de me dépister les idées de derrière la tronche. Vous parlez : un gars capable de vous décrire minute par minute la mort de Jean XXIII sans quitter son appartement de La Varenne, ou de vous faire vivre la visite du Général à Pékin alors qu'ils n'y sont allés ni l'un ni l'autre, c'est un forcé de première dimension !

— Il n'y a pas de transfuges ? je questionne nonchalamment en titillant du bout de l'index la raie médiane d'une coquine Cambodgienne.

— Rare, rétorque-t-il. Et lorsque ça se produit d'aventure, les boys-scouts à Johnson ne leur font pas de cadeaux ! Tiens, après-demain, aux aurores, on flingue un capitaine qui s'entendait trop bien avec les archers d'Hô-Chi Minh.

— Oh, dis-donc, bâillé-je, ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère.

— Non plus qu'avec la crosse du flingue. L'officier en question va être passé par les armes dans la tour du cantonnement devant le front des troupes. Même que les correspondants de guerre étrangers, dont moi, sont invités à la cérémonie, de manière à pouvoir rendre compte aux autres nations de l'esprit rigide qui règne dans les forces ricaines.

— Décidément y a de la distraction ici, rigolé-je, en ignorant de toutes mes forces le vilain pincement qui me tord la pompe cardiaque.

— Et c'est varié, plaisante Lathuile. Note bien que je pense décliner l'invitation.

— T'as l'âme trop sensible, petite nature plaintive ?

— Non, mais faut se lever trop tôt. Six heures du matin, ça va quand on te condamne au bourreau, mais lorsqu'on interprète le rôle obscur de témoin, c'est déraisonnable.

Il faut que je m'offre plusieurs autres questions, seulement, pour la raison précisée à l'étage au-dessus, j'hésite.

Heureusement, Dieu a créé le monde en six jours ; il s'est reposé le septième et a réalisé Bérurier le huitième, après sa journée de repos, car c'était vraiment un gros boulot ! Faut admettre qu'Il l'a réussi ! Béru, a priori, c'est un butor, un analphabète, un xénophobe, un primaire, un primate, un raciste, un nationaliste, un boulimique, un cogneur, un véhément, un intraitable, un irritant, un fonceur, un tourmenteur, un briseur, un alcoolique, un sanguin, un consanguin, un adultérin, un irrévérencieux, un célinien. Il ne connaît pas le latin, ni l'anglais, ni aucune autre langue que le béruréen vivant. Il ne sait pas qui est Claudel ou Sartre, ou Verlaine. Il n'apprécie pas la peinture. Il n'aime, en matière de musique, que Sambre et Meuse et elle me fait pouët-pouët, un peu la Marseillaise aussi, pour dire, le 14 juillet, quand Paris crie Embrase-moi ! Mais malgré cette formidable absence de qualités et cette non moins formidable accumulation de défauts, Alexandre-Benoît est un homme précieux. Pas intelligent, mais madré ! Pas analytique, mais opportuniste ! Pas philosophe, mais intuitif.

Ses vertus commencent où les miennes s'enlisent. Béru, c'est le complément très naturel. Le finisseur. Il supplée quand il le faut. Il a la générosité des autodidactes, leur volonté farouche, leur soif de se dépasser et de dépasser le peloton.

Je le croyais enfoui dans l'arrière-train d'une forte Thaïlandaise délicieusement prénommée Tâlang Hou La Miennh, en fait et nonobstant cette position de repli, il écoutait tout, le Bougre. Il enregistrait la converse en sachant pertinemment où je voulais en venir. Mon silence est pour sa Pomme une invite. Aussi est-ce d'un tan magnifique d'innocence qu'il demande :

— Où que c'est-y qu'on le poteaute, vot’ bonhomme, M'sieur Lathuile ? Ça me déplairait pas de voir scrafer un officier, j’sus anti-militairiste.

Lathuile libère une quinte de toux et se dépêche de boire son thé, ce qui lui vaut de la part de maman Nlatron Che Pâ, la sous-maîtresse de séants la réplique fameuse qui devait immortaliser M. Armand Salacrou :

— Mon thé t'a-t-il ôté ta toux ?

Fière personne, cette maman Nlatron Che Pâ ! Pas du tout le genre sous-maitresse occidentale. C'est une dame mince et distinguée, vêtue à l'européenne. Elle parle couramment soixante-seize langues, dont la langue fourrée de l'Alsacienne et on l'a surnommé la reine de la pipe, tant est grande sa dextérité dans l'art délicat de préparer l'opium.

— Il est marrant, ton Sancho Pança, jubile Lathuile. Une nature dans son genre, je me trompe ?

— Tu l'as dis, une nature, et d'élite encore ! renchéris-je.

— Il est tellement authentique qu'il fait pas vrai, reprend ce fin observateur. Il te fait plus d'usages qu’un saint-Bernard ou quoi ?

— Il bouffe davantage, mais il casse toutes les grandes gueules qui le chambrent préviens-je. Alors le chahute pas trop, Lathuile, because tu risquerais de tomber du toit.

Le regard blanchâtre d'Alexandre-Benoit confirme le bien-fondé de cet avertissement, aussi. Pas Bayard pour une flèche, le noircisseur de personnes sort en vitesse son train d'atterrissage.

— Il est trop spirituel pour ne pas apprécier une amicale plaisanterie, assure-t-il ; vous me demandiez donc, beau jeune homme, où on allait fusiller l'officier amerloque en question ?

— Exactely ! dit sombrement le Gros pas du tout amadoué par l’acte de contrition du journaliste.

— Je vous l'ai dit : dans la cour du camp américain.

— Et où c'est qu'on le détient ?

A mon avis, voilà une question de trop. Lorsque nous aurons essayé quelque chose pour Curtis, Lathuile se souviendra de ce petit interrogatoire.

— Au camp, mon ami ! Voudriez-vous écrire un reportage sur cette brebis galeuse ?

Bérurier se fend d'un rire plus gras que les caractères d'une affiche annonçant la mobilisation générale.

— Je manie mieux la savate que le stylo, M'sieur Lathuile, affirme l'aimable compère.

Je remets mes fringues, en silence.

— T'as l'air morose ? remarque Lathuile, ne me dis pas que tu es déçu par cette accueillante demeure ?

— Au contraire, j'ai de la peine à m'en arracher, assuré-je ; si j'étais riche j'y passerais mes vacances ! J'espère qu'on se reverra. Tu repars quand ?

— D'ici une huitaine, je ne suis pas pressé.

— A propos, dans quel hôtel es-tu descendu ?

— Au Troû Dû Thronc, comme tous les gens de l’élite.

— E t tu y retournes maintenant ?

Yes, mon flic, et ce pour trois raisons, dont la première est qu'il est l'heure de la bouffe, la seconde que j'ai des forces à renouveler et la troisième que le Troû Dû Thronc est le seul endroit du Viêt Nam où l'on bouffe des grillades aussi succulentes qu'à Paris !

— Tu as une bagnole ?

— Une Cadillac 66 avec un chauffeur tellement galonné que les généraux le saluent au passage ! Dans la presse, c'est pas comme dans la poulaillerie, on ne mégote pas sur les notes de Frey.

Il baisse la voix et me demande d'une voix inquiète :

— Rassure-moi, San-Antonio : il n'a pas de puces, ton Saint-Bernard ?

— Non, fais-je, il n'a que des morpions ; vu l'endroit où nous venons de nous retrouver, tu ne tarderas pas à en avoir la preuve !

— Alors tu nous rentres au bercail ?

— Avec tous les honneurs dus à vos rangs.

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