A 13 heures, le sénateur Holden se leva pour traverser la pièce en direction de la porte. Michaël Mervin poussa un soupir de soulagement, et pensa que c’était terminé pour le moment, et qu’il allait pouvoir récupérer. Mais le vieil homme lui demanda ce qu’il désirait manger.
— Pas question de faire un repas gastronomique, fit-il en souriant, mais nous pouvons obtenir de bons sandwiches. Que boirez-vous ?
Pétrifié, Mervin avala difficilement sa salive. Il avait la bouche sèche, car les questions de Holden, aussi nombreuses que variées, l’avaient obligé à parler constamment.
— Vous voulez dire que nous ne sortirons pas de cette pièce ?
— Mon cher, lui dit Holden d’une voix calme, nous n’avons fait qu’effleurer différents problèmes. Maintenant, il est important que nous entrions un peu dans le détail. Alors ? De la bière ? De l’eau minérale ?
— Ce que vous voudrez, lança l’autre, de mauvaise humeur.
— Non, vous êtes mon hôte, et je voudrais que vous vous sentiez à l’aise.
Lorsque Marina se présenta, il lui donna quelques instructions. La jeune femme essaya de voir le visage de son hôte, mais Mervin tournait le dos à la porte, paraissait courbé légèrement en avant.
— Qu’on soigne ces sandwiches. Pas de vulgaire jambon ou pâté. Je vous fais confiance… Ah ! si le Commander téléphonait, branchez directement la ligne sur mon appareil, merci.
Lentement, les pouces dans les poches de son gilet, cigare au bec, il contourna Mervin, alla jeter un coup d’œil à la fenêtre, fit mine de s’asseoir, mais parut s’intéresser au spectacle de la rue. Pourtant, la question fusa, avec une précision de procureur :
— Quelles étaient vos relations avec Juan Palacio, principal artisan de la longue grève des transporteurs ?
Mervin sursauta, comme pris en défaut :
— Mais je vous l’ai dit. Relations professionnelles.
— Ça ne suffit pas. Précisez. Quand vous rencontriez-vous, où, dans quelles circonstances ? N’oubliez pas que vous témoignez sous la foi du serment, et que tous ces renseignements seront vérifiés, tous vos dires inspectés à la loupe.
— Mais je n’ai pas les dates en tête, murmura Mervin. Il me faudrait des notes.
— Où sont-elles ?
— Dans mon bureau.
— A quelle heure reviennent vos employées ?
— Quatorze heures.
— Vous direz à votre secrétaire d’apporter tout cela.
— Je n’ai plus de secrétaire. Elle s’est suicidée, fit Mervin avec nervosité. Vous avez dû le lire dans le journal, puisque vous l’aviez convoquée.
Le sénateur se retourna violemment, et pointa son cigare vers lui.
— Comment le savez-vous ? Le journal n’en parle pas.
— Je sais que les journaux n’en parlent pas, mais je me suis renseigné auprès de la police criminelle chargée de l’enquête. Ce sont eux qui m’ont dit qu’on a retrouvé ce papier près d’elle.
— Qui « on » ? soyez précis.
— Le commissaire Gaetano.
— Un ami ?
— Une relation.
— Etait-il en place avant le putsch ?
— Oui, il l’était.
Mervin comprenait la tactique du vieillard. Chaque fois qu’un détail obscur apparaissait, il sautait dessus avec voracité, et l’obligeait à s’expliquer durant un certain temps. Tous ces petits temps finissaient par faire des heures. Au début, il avait cru que le vieil homme ne tiendrait jamais le coup, mais il était frais, en parfaite condition, n’arrêtait pas de fumer ses gros cigares. Avec un début d’angoisse, Mervin se demanda s’il pourrait supporter de longues heures de ce régime.
— Vous entretenez des relations avec la police ?
— Bien sûr. C’est mon rôle, d’être en bons termes avec tous les corps constitués.
— Avez-vous invité ce Gaetano à déjeuner, par exemple ?
— Cela a dû m’arriver en effet.
— Et Palacio ?
— Plus souvent. Il acheminait une bonne partie du fret que je procurais à des commerçants et des sociétés de ce pays.
— Quelle banque utilisiez-vous ?
— Plusieurs. Banques américaines et chiliennes bien sûr.
— La Banque Allemande pour le Chili ?
Le regard de Mervin resta limpide :
— Bien entendu.
— Avez-vous eu l’occasion d’effectuer des paiements en liquide ?
Mervin hésitait.
— Oui ou non ?
— Oui. Pour certaines fraudes fiscales, du temps d’Allende. Les marges étaient tellement réduites.
— Quelle monnaie utilisiez-vous ?
— Des dollars principalement, mais aussi des livres sterling, des marks allemands.
— Que vous procurait la Banque Allemande pour le Chili ? Disons la B.A.P.C. ?
— Peut-être.
— Vous n’avez pas de livres de comptes ?
— Si, mais certaines transactions sont restées orales.
Il savait qu’il s’enferrait, mais avec ce diable d’homme, il n’y avait pas moyen de faire autrement. Refuser de répondre ? Le sénateur était capable de le faire embarquer pour les U.S.A. Il se demandait si la Junte lèverait seulement le petit doigt pour s’y opposer. Après tout, ils se moquaient bien qu’on prouve que la C.I.A. avait participé à la destitution d’Allende, et au coup de force illégal. La sueur coulait de son front, et il l’essuya avec un mouchoir déjà humide.
— Tenez, dit le sénateur. Il y a des Kleenex, et je ne m’en sers pas.
Il poussa la boîte vers le bord de son bureau. On frappa à la porte. Marina entra avec un plateau bien garni. Au passage, elle eut un regard en coin pour Mervin, mais le sénateur lui fit signe qu’elle pouvait disposer :
— Allez déjeuner.
— Mais je ne prends jamais rien à midi.
— Eh bien ! promenez-vous ! Je vous trouve pâlotte. Il n’y a aucune raison pour que vous restiez enfermée comme nous deux. Revenez dans un moment. A tout à l’heure.
La jeune femme referma la porte un peu vivement, et Holden sourit d’un air amusé :
— Forte personnalité, vous savez. Tenez, prenez un sandwich…
Mais Mervin se versa un grand verre d’eau, qu’il but d’un trait, puis un autre. Le sénateur se contenta d’un verre de vin rouge, qu’il dégusta tout en tirant toujours sur son cigare.
— Qui connaissez-vous à la B.A.P.C. ?
Michaël reposa son verre, soupira :
— Un peu tout le monde. Le P.D.G., son fondé de pouvoir, certains chefs de service…
— Quel est le montant de vos transactions chez eux ?
— Je ne sais pas… Enfin, pas exactement. Peut-être deux millions de dollars.
— Et pour les autres banques ?
— A peu près autant.
— Pour chacune ?
— Non, en tout. En fait, ce sont souvent des arrhes, des commissions. Les grosses sommes étaient réglées directement entre l’acheteur et le vendeur. Moi, je n’étais que l’intermédiaire.
— Donc, on peut dire, articula Holden, que la Banque Allemande pour le Chili était la plus importante pour vous ?
— Si vous voulez.
— Non, c’est une réalité. Pourquoi avantager une banque plus qu’une autre ?
— Les Chiliens ont confiance en celle-ci. A cause du mark très certainement.
— Avez-vous eu dans les mains de grosses sommes en marks ?
— Ça m’est arrivé.
— Pour quel montant ?
Mervin reversa de l’eau dans son verre, et en but la moitié.
— Je ne sais pas exactement. Dix mille marks, vingt mille.
— Jamais plus ?
— Non.
— J’ai un témoin qui prétend que vous ayez un jour opéré un versement de soixante mille marks.
Mervin haussa les épaules :
— Montrez-moi ce témoin.
— Plus tard, les confrontations, plus tard… Un autre dit que vous avez fait envoyer au Syndicat des transporteurs, la somme de trois cent mille marks.
Retirant ses lunettes, Mervin les essuya avec un Kleenex. Il les remit sur son nez :
— C’est un mensonge.
— Cette somme leur a été remise par Ciprelle Erwing, juste avant la grève des transporteurs. Dans quelque temps, j’aurai le jour et l’heure, et d’autres témoignages.
— Je ne suis pas responsable des actes de ma secrétaire.
— Elle travaillait pour vous cependant.
Le téléphone sonna, et le sénateur décrocha. C’était le Commander, qui lui apprit qu’il surveillait la propriété de Las Madrés, et que jusqu’à présent tout était calme dans le domaine.
— J’ai quelqu’un là-bas. La même dame pour laquelle on vous a tiré de votre lit cette nuit.
— Bien, continuez.
Il raccrocha, prit un sandwich, mordit dedans.
— Oh ! du blanc de faisan. Vous devriez essayer.
— Non, merci.
— Vous ne tiendrez jamais le coup. Nous sommes là jusqu’à une heure avancée, et peut-être demain, et après-demain.
Mervin eut un vertige, mais le domina très bien :
— Pourquoi moi, et moi seul ?
— Ne vous inquiétez pas. Demain, il y aura d’autres personnes. Vous verrez. Différentes informations vous signalent comme le responsable de certains troubles économiques enregistrés dans ce pays, peu avant le putsch. Je vous donne cette information pour ce qu’elle vaut, mais je suis forcé de vérifier différents points.
— Si vous voulez savoir si j’étais favorable au gouvernement Allende, je vous dis non. Le commerce n’était plus aussi actif, et l’économie en régression complète. Mais je suis resté en-dehors des luttes politiques.
— Il s’agit d’économie, je vous le répète, fit Holden avec fermeté, et c’est votre partie. Comment expliquez-vous la grève des transporteurs ?
— Mais il y a des causes, connues de tous.
— Je vous parle de sa dureté, et de sa longueur. Il fallait des fonds pour tenir le coup.
— Le syndicat passe pour être riche.
— Avez-vous connu un certain Heinrich ?
— Je l’ai rencontré. Il achetait des fourrures au Canada. Il dirigeait l’association des commerces de vêtements.
— Lui aussi est mort. Comme votre secrétaire.
— Pardon, il a été tué dans un attentat, alors que miss Erwing s’est suicidée.
— En êtes-vous certain ?
— Mais je n’ai aucune raison d’en douter, puisque la police a conclu son enquête.
— Parlez-moi de cet Heinrich.
Mervin soupira, prit un sandwich, et le fourra dans sa bouche presque entièrement. Il ne pouvait plus répondre aux questions. Holden apprécia la tactique, et but un peu de vin. Il se mit ensuite à écrire, comme si Mervin n’était pas là. Si bien que ce dernier finit par toussoter discrètement. Il avait compris que le sénateur prendrait le temps qu’il faudrait, le laisserait manger et boire, sans s’impatienter. Jamais il n’avait rencontré un homme aussi résistant. Jamais.
— Vous voulez reprendre ?
— Si ça doit nous faire terminer plus vite, oui, sinon, je mangerai encore un sandwich.
— Ne vous gênez pas. Il y a même du caviar dans ceux-là. Ils doivent être excellents. Un peu de vin avec ?
— Non, merci, fit Mervin décontenancé.
Il avala un petit canapé, puis but encore un verre d’eau. Le sénateur continuait d’écrire. Puis il consulta sa montre, et désigna le téléphone :
— Quatorze heures dix. Votre personnel est de retour. Demandez qu’on apporte ici les papiers dont vous pourriez avoir besoin.
— Est-ce légal ?
— Non, fit le sénateur souriant. C’est un désir de ma part, mais je n’ai aucun moyen de vous y forcer, ni celui de faire perquisitionner dans vos bureaux. Mais ce que je peux faire, c’est demander que le procureur général des U.S.A. vous inculpe pour non présentation de pièces et documents, ce qui vous vaudra un retour rapide vers Washington.
Mervin lui jeta un regard noir, et prit le combiné. Il composa son numéro, demanda à une certaine Maria de rassembler ses affaires en un paquet, et de l’apporter au San Cristobal.
— Très bien, dit Holden. Nous pourrons faire éplucher tout cela. Votre comptabilité pour l’année 1973 y sera également ?
— Un récapitulatif seulement.
— Nous verrons. Il est possible que dans les prochains jours, nous nous transportions dans vos bureaux. Y verriez-vous une opposition ?
— Dans les prochains jours, soupira Mervin… Mais combien cela va-t-il durer ?
— Autant qu’il le faudra. Mais ne nous égarons pas. Nous en étions à ce Palacio. Vous savez que dès le premier jour, il s’est présenté ici, pour justifier le mouvement de grève de son syndicat ?
— Je l’ignorais.
— J’ai trouvé cette démarche aussi inattendue que suspecte. Je crois que c’était une erreur. Il est Chilien, et je ne peux rien contre lui. Voulait-il vous sauver la mise ?
— Je ne lui ai rien demandé, et je n’ai rien à me reprocher.
— Vous êtes pourtant très liés. En était-il de même avec les autres membres du bureau ?
Mervin avait envie d’un autre verre d’eau, mais la bouteille était vide. Holden surprit son regard, et appela Marina par téléphone.
— Une autre bouteille d’eau, dit-il. Pour moi, une vodka orange, avec beaucoup de glaçons.
A 16 heures seulement, il interrogeait Mervin sur ses relations avec l’Union des commerçants en alimentation. Après un moment de dépression, Mervin avait repris du poil de la bête, et répondait avec précision, et un ton assuré.
— Des relations normales.
— Leur approvisionnement devenait difficile, ou bien dissimulaient-ils leurs stocks ?
— Les deux, sénateur, les deux.
— Les avez-vous encouragés à cacher la marchandise ?
— Absolument pas.
— On retrouve Ciprelle Erwing à nouveau. Un jour, elle a apporté une somme de soixante mille marks à l’un des responsables de l’Union régionale.
— Ça ne me regarde pas, mais le rôle de ma secrétaire me paraît assez curieux dans cette affaire. N’avez-vous pas l’impression qu’elle a opéré, par-dessus moi, de curieuses transactions ?
Holden faisait craquer un nouveau cigare contre son oreille, en humait le parfum :
— Je me les procure en Russie. Etonnant, non ? Mais mon fils est là-bas, comme attaché d’ambassade.
— Vous ne répondez pas à ma question, s’énerva Mervin.
— Oh ! mais je vous ai écouté. Seulement, les questions, c’est moi qui les pose, et j’ai asser d’indépendance d’esprit pour me faire une idée exacte sur le rôle de miss Erwing. Je sais que c’était une fille effacée, névrosée, et d’une sexualité rentrée mais exacerbée. D’après mes renseignements, elle était trop à votre dévotion pour avoir des initiatives personnelles.
Mervin allait répondre, mais Marina apporta un message après avoir frappé. Le sénateur le parcourut, et approuva :
— Merci. Cela vous concerne, dit Holden. Le pool des secrétaires a commencé de trier vos documents. D’après eux, vous possédez au moins trois domiciles connus. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ?
— C’est une intrusion intolérable dans ma vie privée.
A 20 heures, le repas fut servi sur une table roulante, par un maître d’hôtel silencieux et stylé. Mervin céda alors à un moment de rage mal contenue :
— C’est intolérable. Vous me tenez ici comme un criminel. Je n’ai même pas eu la possibilité d’aller aux toilettes, et…
— Que ne le disiez-vous plutôt, fit Holden flegmatique. Vous pouvez trouver ce qu’il vous faut à côté. Venez.
Il le conduisit jusqu’à une salle de bains, où rien ne manquait.
— Prenez votre temps. Nous dînerons ensuite.
— Quand me laisserez-vous partir ?
— Mon cher, vous allez être obligé de passer la nuit ici. Tout est prévu, d’ailleurs.
— C’est exclu. Je rentre chez moi.
— Réfléchissez, dit Holden avec gravité. Si vous quittez cet hôtel, je demande votre expulsion.
— C’est un abus de pouvoir, de la tyrannie. Vous n’avez pas le droit de faire cela. Je demande le secours d’un avocat.
Holden eut un sourire narquois :
— Il faudrait que vous soyez inculpé pour cela. Je crois que l’aide d’un ténor du barreau chilien ferait le plus mauvais effet.
— Faites-en venir un des U.S.A.
— Ce serait trop long. Mais si vous le voulez, nous pouvons en convoquer un, ce qui n’empêchera pas que je m’entretiendrai avec vous entre-temps.
— Vous appelez ça un entretien ? C’est de l’inquisition pure et simple.
Il claqua la porte de la salle de bains, tandis que Holden philosophe, soulevait les couvercles des plats, et remuait les lèvres d’un air gourmand. Marina était partie depuis une heure, il recevait directement les appels téléphoniques, et Kovask se manifesta à ce moment-là.
— Tout est calme. Je crois que nous avons eu une bonne idée.
— Ne me flattez pas, bougonna Holden, elle est de vous.
— Ce marathon ne vous épuise pas trop, sénateur ?
— Dites-donc, jeune homme, j’en ai connu d’autres au Sénat, qui duraient des jours et des nuits. Je ne suis pas près de flancher. Je le retournerai sur le gril autant qu’il le faudra. Bonne nuit.
Mervin prolongea son séjour dans la salle de bains. Il avait dû se doucher, car il parut plus calme, et même souriant.
— Ce sera la première fois que je dînerai en compagnie d’un sénateur.
— Eh bien ! alors, portons un toast ! Un whisky ?
— Léger.
Durant tout le repas, le sénateur s’abstint de questions précises. Il se permit même de raconter quelques anecdotes de sa vie, avec un entrain éblouissant, qui consterna Mervin. Malgré la douche et le repas, il se sentait très las.
— Nous allons boire du café, et vous pourrez en commander toute la soirée autant qu’il vous plaira, dit Holden.
— Si je m’endors dans mon fauteuil, considérerez-vous cela comme une offense à magistrat ?
— Pas du tout, fit Holden, mais cela retardera d’autant notre travail, qui devra se prolonger dans les jours suivants.
Résigné, Marvin avala deux tasses de café très fort, puis attendit la première question de Holden, qui revint sur les domiciles multiples de son vis-à-vis.
— Pour quelle raison cette précaution ? Vous sentiez-vous menacé ?
— Pas le moins du monde.
— Le gouvernement populaire ne vous a jamais cherché d’ennuis ?
— J’ai comparu plusieurs fois devant un commissaire de la police économique, comme bien des gens.
— Que vous reprochait-on ?
— Rien de précis. Comme vous aujourd’hui.
— Je vous en prie, dit Holden, ne mélangez pas tout. Quelle fut la dernière comparution ?
— Le 28 août. Devant le commissaire Lanera. J’étais soupçonné de trafic de devises. J’ai pu me disculper facilement.
— Quelles devises ?
— Des marks. Des passeurs clandestins à la frontière argentine avaient été trouvés porteurs d’argent allemand. L’un d’eux avait mon numéro de téléphone.
— Vous vous êtes disculpé ?
— Cet homme avait une petite amie qui travaillait alors chez moi.
— Quelle coïncidence, remarqua le sénateur sarcastique. Vous avez été relâché ?
— Aussitôt.
— On tripote beaucoup de marks autour de vous. C’est quand même surprenant, non ?
Mervin n’eut même pas la force de sourire :
— Qu’y puis-je ?
— Reprenons plus haut…
A minuit, Mervin n’en pouvait plus, et le sénateur le conduisit jusqu’à sa chambre, très satisfait d’avoir eu le dernier mot. Un secrétaire devait discrètement surveiller Mervin, toute la nuit.