CHAPITRE 5

On perçoit, au passage, un bruit de conversation derrière la porte 4. Des gens parlent à voix basse, mais véhémentement. Plutôt que de tendre l’oreille, je préfère descendre dans la vaste cour servant de parking. Hélène m’escorte, pensive. Nos ébats l’ont complètement chanstiquée. Ce fumant coup de bite lui cause un grave cas de conscience. C’est une personne à scrupules. Quelqu’un « de bien », quoi. « Les filles, jusqu’à ce qu’elles aient quinze ans, leurs parents ont peur qu’elles tombent en avant, et ensuite qu’elles tombent en arrière », déclarait avec un gros rire mon oncle Hugues qui en possédait cinq. M’est avis que Mlle l’inspecteur se fait, en tombant en arrière, des bosses à l’âme plus grosses que celles qu’elle se faisait à la tête en tombant en avant.

Avant de descendre les marches, je la saisis par le cou et l’attire à moi afin de lui rouler une galoche fougueuse.

— Je ne veux pas que tu te rendes malheureuse, petite chose, c’est joyeux, l’amour !

Elle rit mais ses yeux s’embuent.

— Tu m’en fais une drôle de femme-flic, chuchoté-je.

— Ça n’a rien à voir ! rebiffe-t-elle.

Mamie Cheveux-Bleus est en train de s’offrir un caoua derrière son rade. Les méchants dragons de son kimono crachent le feu pis que des lance-flammes.

Elle nous virgule un sourire radieux ; probable qu’elle a perçu notre gracieux tohu-bohu amoureux et qu’il l’a attendrie.

— Vous formez un beau couple, nous déclare-t-elle ; et vous commencez bien l’année.

Hélène rougit et reste coite. Je remercie la taulière d’un sourire complice irrésistible, du genre de ceux qui poussent les dames moins vioques aux sécrétions.

— C’est vraiment douillet, chez vous, lui dis-je. A quelle heure passe-t-on à table ?

— Ah ! oui, je voulais vous dire, aujourd’hui mon chef a congé. Mais j’ai du confit d’oie. Avec une bonne salade et une tarte aux pommes, pensez-vous que cela irait ?

— A merveille. Vos autres pensionnaires s’en satisferont également, je suppose ?

Elle hausse les épaules.

— Aujourd’hui, jour de fête, je n’ai que vous et de la famille.

On sort. Je gagne ma voiture, blottie derrière les fusains, et me grouille d’appeler la Grande Cabane. J’apprends qu’on a retrouvé Lurette dans la cabine publique de Vréneuse, près de la poste. Il a pris un coup de sacagne dans le bide et on l’a drivé à l’hosto où on est en train de l’opérer. Donc, pas mort.

— Il était inconscient ?

— Tout à fait : coma.

— De l’espoir ?

— Les toubibs n’ont rien dit, mais ils n’avaient pas l’air très joyces.

— Notez les numéros de chignoles que je vais vous communiquer et grouillez-vous pour en apprendre un maxi sur leurs propriétaires. L’une d’elles est italienne. C’est une Alfa rouge. La seconde est une Juva blanche fatiguée. La troisième une grosse tire américaine bleue avec deux obus noyés dans le pare-chocs. Ces deux dernières sont immatriculées dans les Yvelines.

Mon correspondant prend note et je raccroche.

On se dirige, enlacés, vers la berge, Hélène et ma pomme. Bien chiquer aux amants épris de belle nature après le coup de verge de l’arrivée. On se refait de la sève parmi les arbres dénudés, en matant l’eau claire et la vieille roue disloquée de l’ancien moulin, verte de mousse et d’algues.

— On est en plein dedans, n’est-ce pas ? murmure Hélène.

— Qu’entends-tu par là ?

— Cette auberge est tellement louche que je m’étonne qu’on nous y ait acceptés.

— Ils sont sur le qui-vive depuis qu’ils ont repéré et neutralisé ce pauvre Lurette. S’ils se mettaient à refouler la clientèle de passage, ils savent bien que ça paraîtrait suspect. La petite vieille est une excellente couverture.

— Vous avez une idée à propos des gens qui sont ici ?

— Oui, et une idée assez précise même.

Et tout à coup, ma décision se fait.

— Viens, grouillons !

— Quoi ?

J’arque à grandes enjambées pour contourner les ruines du moulin et rejoindre la petite route secondaire bordant les communs de l’auberge. Parvenu sur cette voie discrète, je me mets à raser les murs en marchant sur le petit contrefort herbeux qui les sépare du chemin. J’ai retapissé une petite porte au niveau des fusains. Dieu soit loué, elle n’est pas fermée à clé. Nous pénétrons sur le parking sans être vus de l’auberge. Je tire de ma fouille intérieure un petit objet qui a la forme d’un nœud de barbelé, mais en très gros, et vais le placer devant l’une des roues de la chignole ricaine. Dès qu’elle démarrera, les pointes acérées de l’objet s’enfonceront dans la gomme du pneu, le crevant superbement. Cela accompli, j’extirpe mon sésame et ouvre le coffre de l’énorme carriole.

— Je me planque là-dedans, dis-je à Hélène, j’ai un bip-bip sur moi, le récepteur se trouve dans ma tire. Quand le mec de ce tas de ferraille partira, laisse-lui prendre du champ, puis mets-toi à le suivre avec ma pompe. Grâce au bip-bip tu n’auras pas besoin de nous voir, donc de risquer d’être vue. Selon mon estimation, il ne fera guère plus de deux ou trois kilomètres avant de constater qu’il a un pneu à plat. Il devra donc changer de roue. Pour cela il ouvrira son coffiot et qui trouvera-t-il alangui sur sa roue de secours ? Le cher Sana, feu en pogne. Nous aurons alors une explication, lui et moi. Toi, tu surviendras gentiment. Arrête-toi dès que tu nous verras et attends que je te fasse signe d’approcher. Vu ?

Elle opine.

— Maintenant, retourne dans la rue et attends que nous décarrions. Oh ! auparavant, sois gentille : referme la porte du coffre.

Par veine, il y a une couverture dans la malle de l’auto. C’est un plaisir que d’être hébergé dans cette voiture ricaine. A peine si je dois me mettre un tout petit peu en chien de fusil. J’espère néanmoins que le visiteur ne passera pas la journée à l’Auberge du Pont Fleuri !


Il s’écoule près d’une heure avant que des pas fassent crisser les graviers du terre-plein.

A l’oreille, j’en détecte trois. Ils viennent à l’auto sans parler. Mais au moment de la séparation, ça se met à jacter. Un homme, ayant un fort accent italien, murmure :

— Alors, vous êtes bien sûr que c’est fichu ?

L’interpellé répond, sans accent, lui :

— Archifichu, ou alors, il faudrait mettre en œuvre les grands moyens, c’est à vous de voir.

Un silence. Celui qui vient de jacter monte en bagnole côté passager. Donc, ils seront deux. A toi d’aviser, mon San-Antonio.

Le premier qui a parlé reprend, mais en italien cette fois, à l’adresse du troisième qui n’a encore rien dit :

— Explique la situation à ceux de Milan ; je préfère ne pas m’y risquer d’ici. J’ai l’impression que ça va sentir le brûlé.

— O.K. ! répond l’autre (mais en italien). Il y a du monde dans l’albergo, en dehors de vous ?

— Un couple vient d’arriver.

— Inquiétant ?

— Je ne pense pas : ils ont baisé comme des fauves et sont partis se balader.

— Tu es sûr ?

— Je me suis payé un jeton par le trou de la serrure, la fille a un cul superbe, comme je les aime !

Il ricane.

— Tiens, c’est leur voiture, ça. Une Maserati ! T’as déjà vu des flics en Maserati ?

— Allez, ciao !

Le troisième s’installe au volant. La portière claque lourdement et on démarre.

J’étudie la stabilité de la voiture, mon appareil perforateur est en train d’accomplir sa mission, j’espère qu’il aura raison de ce boudin. Parfois, dans les tubless, ils foutent un produit qui obstrue les trous de l’intérieur du seul fait de la pression. Note que mon diabolique engin est conçu pour déchiqueter, car ses pointes sont en lame de scie et ont en outre la forme de petites baïonnettes.

En effet, au bout d’un instant, je perçois des tic… tic… tic… réguliers et je pige que mon barbelé d’amour entre en contact déjà avec la jante, preuve que le pneu est presque à plat.

L’auto chasse du fion. Malgré la paroi isolant le coffre de l’habitacle, j’entends le chauffeur pousser un juron.

— On a crevé ! dit-il à son passager.

— Bon Dieu, un bateau pareil, ça ne doit pas être commode de changer la roue ! rétorque ce dernier.

L’auto accentue ses écarts, ralentit et stoppe.

« Ça va être à vous, monsieur le commissaire ! » me dis-je fort cérémonieusement.

Le gonzier sort de son sous-marin, claque la porte, pas qu’il se remplisse d’eau et vient délourder le coffiot en pestant.

Un ciel gris comme une frime d’huissier me projette sa lumière dans les vasistas. J’avise un grand diable avec un blouson de daim. Il est très brun, les pommettes osseuses, les arcanes souricières (comme dit Béru) proéminentes, avec des rouflaquettes comme on n’en porte plus depuis que la mode des danseurs argentins est passée.

Je lui souris. Il paraît stupéfait. Mon gros pétard l’intimide.

— Tes bras ! chuchoté-je.

Il murmure :

— Qué ?

— Tes bras : lève-les !

Bon, il se déguise en silhouette gaullienne en train de françaises-francer sur un balcon d’hôtel-de-ville.

Je sors de mon logement, un peu engourdi, et même beaucoup. Exécute quelques mouvements assouplisseurs.

Nous nous trouvons en rase campagne. Au loin, un type bricole je sais pas quoi dans son champ, perché sur un tracteur. En cette saison, je me demande ce qu’on peut maquiller en fait de cultures.

— Je peux vous donner un coup de main ? demande le compagnon de route du grand daim.

— Ça va ! je lui grommelle moi-même personnellement. Tourne-toi dos à moi, Grand ! enjoins-je.

Il obéit. Je me mets à palper ses vagues, mais il n’est pas armé.

Pour ouvrir le coffre il a dû retirer la clé de contact de son tableau de bord puisqu’elle est accrochée au même anneau que celle de la malle.

Je biche le trousseau, l’enfouille.

— On va aller bavasser dans la tire, c’est plus moelleux, je lui fais-je.

Je coule un regard sur la route, derrière nous, comptant apercevoir Hélène, mais je renouche ballepeau.

— Grimpe dans ton tank, amigo !

Je continue de le viser pendant qu’il reprend sa place. Un qui en tombe raide, c’est le compagnon. Imagine un calvitié au crâne et un nez pointu, portant des lunettes d’écaille. Il tient, comme je m’y attendais, une espèce de pilote-case noir sur ses genoux.

J’ouvre la portière arrière. Me jette dans la guinde, pas que le grandu puisse mettre mon mouvement à profit pour risquer l’exploit.

L’intérieur de la chignole est tapissé de skaï bleu rêve et sent le parfum à trois balles la bonbonne.

— Personne ne bronche, messieurs, avertis-je, sinon il y aura de la cervelle plein le pare-brise. Et je préfère vous avertir que la détente de mon feu est d’une sensibilité d’écorchée vive. Si je pense trop fort à elle, elle s’actionne toute seule !

— Qui êtes-vous et que nous voulez-vous ? demande l’homme au crâne en pain de sugar d’une voix de fausset.

— Non, non, dis-je chacun son rôle : c’est toujours celui qui tient le pétard qui s’occupe des questions ; les autres n’ont plus qu’à répondre ; vous devez savoir ça, docteur !

Il réagit au titre que je lui accorde.

— Pourquoi, docteur ? demande-t-il.

— Votre trousse et votre odeur d’éther, plus une certitude bien ancrée.

Je n’ai pas terminé ma phrase que le tonnerre éclate dans ma tronche. C’est le blouson de daim qui vient de me tirer dessus, à vingt centimètres ! Il a dû dégager en loucedé une arme de la poche-portière ! Je me sens sonné. Un instant je me dis : « Ça y est tout de même, Sana : t’es clamsé ! » Et puis je pige que mon réflexe a joué plus vite que ma pensée. Mon corps a plongé avant que la balle ne sorte du canon. A mon tour, je défouraille à travers le dossier de la banquette. Le grand sec aux argentines rouflaquettes aboie un cri agonique. Je lui ai largué combien de valdas ? Trois, quatre ? On ne s’entend plus tousser dans cette tire. Un nuage gris opacifie l’intérieur.

Le toubib se jette dehors et se met à galoper.

J’ouvre ma lourde.

— Stop ! hurlé-je.

Tu croirais un dessin animé, quand le chat freine à bloc des talons pour pas emplâtrer le mur en courant après la souris ; mais il passe à travers quand même.

— Revenez, doc ! lancé-je d’une voix plus calme, on a un mourant dans cette voiture, c’est pas le moment de détaler. Non-assistance à personne en danger, pour un toubib ça la fout extra-mal !

L’oreille, le nez et la queue (je suppose) bas, il réintègre sa place.

Avant qu’il ne s’installe, j’ai raflé la pétoire du grand méchant qui gisait sur la banquette.

— Alors, docteur, ça se passe comment pour monsieur ?

On assiste alors à cette scène étrange d’un médecin complice d’un gredin, auscultant celui-ci que le terrible flic d’élite vient de plomber en état de légitime défense. Nous trois dans cette guinde, ça ferait une scène choc, je te promets. Mon pote Verneuil lit ça, je le trouve sur mon paillasson avec un producteur tenant une brassée de chéquiers.

Au bout d’un instant, l’homme au crâne en suppositoire murmure :

— Cet homme est mort.

Moi, tu sais quoi ? Je biche mes menottes, clic-clac ! Le toubib a son poignet gauche relié au volant de la grosse Ricaine.

— Cette fois, trêve de balivernes, lui dis-je.

Je lui montre ma carte.

— La vérité, doc ! Et à toute allure, je vous prie !

Etre enchaîné à une bagnole immobilisée, au côté d’un cadavre, n’est pas euphorisant, je crois que c’est le prince d’Edimbourg qui me le faisait remarquer l’autre jour dans les toilettes du Fouquet’s où nous étions venus, lui et moi, épancher nos trop-pleins : miction dangereuse ! Aussi le toubib, tout marron qu’il soit, devient vert.

Avant qu’il ne jacte, je le détrousse de son portefeuille. J’apprends qu’il est le docteur Alex Handrin, de La Garenne-Pigeon, ex-interne des hôpitaux de Paris.

J’enquille sa carte d’identité dans ma poche et, ce faisant, tu sais quoi ? mes chers doigts rencontrent un trousseau de clés.

« Malédiction ! » m’écrié-je dans cette Ford intérieure, une « Custom » (sur mesure), j’ai omis de donner à Hélène les caroubles de ma Maserati. Triple con ! Voilà pourquoi la biquette n’est pas à son poste !

Le docteur Handrin se met à jacter. Il est au bord des larmes. Oui, voui, vaoui, il va me la dire la vérité, toute, à poil, bien briquée. Il fut l’ami de Mamie Rolande, la patronne de l’auberge. Elle tenait une maison de rendez-vous, une quinzaine d’années auparavant. Il godait pour les putes, le doc : chacun son zobbie, comme dit si justement Bérurier. Il avait des marottes à lui, Mister La Purge ; des goûts salingues, à grand spectacle. Il exigeait beaucoup de mise en scène, et des prouesses rarissimes.

Il ose pas me préciser quoi mais que, toujours est-il, un vilain soir, l’une des pensionnaires à Rolande a défunté inopinément, si j’ose risquer un pareil terme en un pareil lieu. Crac ziboum ! l’arrêt du cœur ! Il a tout essayé pour la récupérer, peine perdue : elle était vachement morte pour son âge ! Une gosseline de vingt-huit bougies à peine, alsacienne, blonde et d’une putasserie indicible ! Elle participait à bloc aux séances pernicieuses du doc, et puis tu vois : la fatalité… Catastrophe ! Heureusement, la Mamie n’a pas perdu son self. Elle a mis le marché en main à Alex. Elle consentait à la boucler, à condition que le toubib se dépatouille avec le permis d’inhumer et les roussins.

Heureusement, la fille logeait dans l’immeuble du bouik. On l’a regrimpée dare-dare dans son studio du cinquième. Alex Handrin a tubé aux flics et s’est expliqué avec eux. La fille lui avait téléphoné comme quoi elle souffrait d’un malaise, il s’était pointé, lui avait fait des piquouzes mais une syncope sans retour avait saisi la malheureuse et elle lui était claquée dans les bras. La chance lui avait souri, au doc. Messieurs mes confrères du commissariat avaient coupé dans ses vannes brumeuses. Affaire classée. La mort d’une pute, ça ne passionne pas tellement les archers de la République.

Seulement, depuis cette funeste mésaventure, la Mamie Rolande le manœuvrait de temps à autre, ayant, comme tu le penses, barre sur lui. A différentes reprises, il avait dû rédiger des ordonnances de complaisance, prescrire des produits à la limite du hors jeu, soigner des messieurs que l’hosto épouvantait. C’était le cas présentement. Au petit morning, la vieille Rolande lui avait demandé de se munir du matériel propre à soigner une blessure par balle. Il avait objecté que sa bagnole se trouvait chez le carrossier à la suite d’un méchant emplâtrage. Qu’à cela ne tienne : on lui envoyait quelqu’un. Et voilà que le quelqu’un est clamsé à son côté. Fatalitas !

— Parlez-moi un peu du blessé, docteur.

— C’est un Italien. Il a reçu une balle dans la cuisse cette nuit, le projectile a fait éclater l’os iliaque et s’est logé dans la colonne vertébrale, lésant irrémédiablement la moelle épinière.

Non seulement le gars est paralysé, mais la blessure est si grave qu’il est foutu. La balle n’est pas ressortie et le doc n’a rien pu tenter par manque de moyens.

A la fin de l’envoi, il se mouche.

Ça y est : il chiale.

— Ma vie est finie, annonce-t-il. Je serai radié de l’ordre des médecins, je vais faire de la prison, ma femme qui déjà me trompe demandera le divorce et je serai privé de mes chers enfants.

Pleure, infortuné maniaque ! La loi est dure, mais sed lex ! Toute faute doit s’expier.

— Vous n’aviez jamais vu ce type ? insisté-je en désignant celui qui aspirait à devenir mon meurtrier mais qui, de ce fait, devint ma victime.

— Mais non, jamais ! Excepté les petites exigences de Rolande, j’ai une vie irréprochable.

— Les vies irréprochables ne comportent pas d’exceptions, doc. Allez, bye-bye !

Je quitte la chignole.

Avant de m’éloigner, je me penche sur sa portière.

— Tenez, je vous fais une propose, mon vieux ; la même que vous fit la Rolande, jadis : démerdez-vous ! Vous êtes dans la mouscaille, essayez d’en sortir.

Il bleuit (ce qui est le paroxysme du vert).

— Vous n’êtes donc pas de la police ?

— Si ; mais j’ai ma vitesse de croisière à moi. Je me taille. J’ai tout mon temps pour m’expliquer sur les événements de ce matin. Je vous laisse carte blanche. Si vous parvenez à convaincre mes collègues que vous faisiez du stop et que ce type est mort du S.I.D.A., tant mieux pour vous, je laisserai pisser le mouton. Je vous signale toutefois que j’ai déjà communiqué le numéro de cette bagnole à mes confrères.

Là-dessus je m’éloigne d’un pas martial sur la petite route. Le tracteur a disparu et les corbeaux voltigent au-dessus du champ désert comme des feuilles mortes.

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