ÉPILOGUE

Tout en mastiquant, non pas son saucisson — car je n’en ai pas trouvé — mais son gigot froid, le Gros — ou plutôt, le Nouveau Maigre — regarde sous lui par un hublot.

— C’est bon ? lui demande Pinaud, attendri devant cet appétit farouche.

— Ça manque de mayonnaise, mais y a des circonstances où que la gourmandise c’est de la superflue ! répond philosophiquement Boulimique Ier, roi des Estomacs et empereur des Intestins.

Il ajoute, désignant le sol :

— L’avantage de ces maisons de bois, c’est qu’elles flambent bien quand c’est qu’on y met le feu !

Moi, je savoure ma joie et ma victoire en regardant le ciel infini où le soleil pète le feu. C’est bon d’avoir pu se tirer d’une affaire pareille, non ? Alors que tout semblait perdu ?

— Ce salaud de Lormont ! fais-je. Ainsi il a voulu négocier pour son compte l’arme secrète que le gouvernement réalisait dans ses ateliers ! Un drôle de gourmand, hein ? J’ai idée que lorsqu’elle aura retrouvé ses esprits, la môme Éva en aura long à nous dire sur les activités du bonhomme.

— Sûrement, assure véhémentement Béru en mordant dans son gigot.

Il ajoute, heureux, mastiqueur, protéiné :

— Heureusement que ce mouton avait pas une jambe de bois, hein, les gars !

Nous rions en chœur. Mais moi c’est du bout des lèvres car maintenant je me pose des questions. L’une d’elles surtout me taraude : pourquoi diantre avait-on chargé Belloise de tuer Lormont puisque c’était Lormont le chef de la bande ?

Je finis par poser cette colle à Riri.

— Enfin, quoi ! dis-je, admettons que tu n’aies pas eu cette crise de conscience et que…

Mais il hausse les épaules et déclare, la bouche pleine :

— Oh ! ça va, commissaire, je préfère me mettre à table complètement. Je vous ai bourré le mou au début… Et puis après, quand j’ai compris que ça tournait au caca et qu’on m’avait pigeonné, j’ai plus osé parler… Notre rencontre à Courchevel, c’était du flan. J’avais ordre de vous jouer la comédie et de vous vendre cette salade du Lormont que j’étais chargé de buter. M’est avis que c’est lui qui avait dû manigancer ça. Comme il s’apprêtait à disparaître, il voulait que la police sache que sa vie était menacée, comprenez-vous ? Pendant que j’effaçais votre copain, il s’est tiré en douce. Une partie de la bande, Quincy et consorts, n’était pas au parfum et s’est laissé avoir aussi… D’où leur rogne. Enfin, je vois les choses comme ça et… Ouille !!!

Riri s’abat, la face en avant sur son siège. C’est Béru, ivre de fureur qui vient de lui casser son manche de gigot sur le dôme.

— Que voulez-vous, c’est sûrement pas un mauvais cheval, mais j’aime pas qu’on mente à mon supérieur rachitique ! dit-il pour se justifier.

Puis, ramassant l’os brisé, il se met à en sucer la substantifique moelle.

FIN
Загрузка...