Onzième jour — mardi

La Haye

« Wow ! » C’est tout ce que Bollard trouva à dire.

Devant son ordinateur, il parcourait la page RESET dont Manzano lui avait révélé l’existence quelques minutes auparavant. Christopoulos et deux autres collaborateurs regardaient par-dessus son épaule.

« Vous devez sauvegarder ces données aussi vite que possible, intima Manzano au téléphone, avant que nous ne soyons découverts. »

Bollard approuva. Les pensées se bousculaient dans sa tête. « Informe l’IT ! Ils doivent se mettre au travail sur-le-champ ! » ordonna-t-il au Grec qui composa un numéro de téléphone.

« Et comment puis-je savoir si tout cela est bien vrai ? » Et si l’Italien avait tout fabriqué pour les mettre sur une fausse piste ? Perdu dans ses réflexions, il cliquait au hasard çà et là. Heureusement, il connaissait la langue des hackers et était en mesure de déchiffrer ces conversations.

« Arrêtez votre délire ! Vous voyez bien la quantité que ça représente ! On n’invente pas tout ça !

— Comment avez-vous déniché ça ?

— Avec un peu de pot. Et vous n’allez pas me croire : à cause de la grave négligence de ces types en termes de sécurité. Je vous expliquerai à l’occasion. »

Bollard cessa de se balader parmi les fichiers. Il en avait assez vu. Si ce n’était pas un traquenard, ce maudit Italien avait remporté le jackpot.

Bollard n’était pas complètement convaincu, mais il lui fallait bien reconnaître que la persévérance et le zèle de cet homme forçaient le respect. « On m’a dit qu’on vous avait tiré dessus. Vous allez mieux ? »

Un court silence au bout du fil. « Merci. Ça va mieux. »

Bollard luttait contre lui-même, puis lâcha : « Si cette plateforme nous livre tous ses secrets…

— Sans aucun doute. Mais vous avez besoin d’un sacré paquet de gens pour les analyser assez vite… Qui peut vous aider ?

— Tous.

— C’est qui, tous ?

— NSA, police nationale, BKA… Tous. » Bollard dut se faire violence une fois de plus. « Et… vous ? »

Bruxelles

Il ne m’a jamais pris dans ses bras de cette manière, se dit Shannon en regardant Manzano prendre congé d’Angström. Elle ressentait une pointe de jalousie, bien qu’elle ne soit pas certaine de ce que lui inspirait précisément son compagnon d’infortune. Ils avaient vécu tant de choses ensemble. Probablement l’un des moments les plus chargés émotionnellement de toute sa vie.

Manzano relâcha son étreinte. Un fonctionnaire l’attendait auprès du véhicule d’urgence garé devant le bâtiment de la Commission.

Lauren prit place sur la banquette arrière, Piero s’assit à côté d’elle. Leur accompagnateur s’installa derrière le volant. Il tira d’un sac quatre sandwiches et deux grandes bouteilles d’eau et les leur tendit.

« Avec les meilleures salutations de monsieur Bollard, sourit-il. Attachez vos ceintures. Même si la circulation est faible. »

La Haye

Dans certaines rues de La Haye, le spectacle était identique à celui de la capitale belge. Des autos et des maisons en flammes, des poubelles qui se consumaient.

« Où va-t-on ? se renseigna-t-il auprès du chauffeur.

— L’hôtel est complet. Vous logerez dans un campement provisoire à Europol. »

Des blindés patrouillaient dans les rues.

« C’est des coups de feu ? demanda Shannon après qu’eurent retenti plusieurs détonations au loin.

— Ça se pourrait », fit laconiquement le chauffeur.

Pour accéder au bâtiment, il leur fallait franchir un barrage gardé par des militaires lourdement armés.

« On croirait qu’il y a une guerre, remarqua Shannon.

— C’est un peu ça », rétorqua le fonctionnaire.


« Qu’est-ce qu’elle fait là ? » demanda Bollard en désignant la journaliste.

Sans y prêter attention, l’Italien alla à une fenêtre et regarda la ville. D’épaisses fumées s’élevaient en différents lieux. Il entendait les sirènes des véhicules d’urgence dans le lointain et les rotors des hélicoptères qui quadrillaient la capitale.

« Sans elle, vous n’auriez pas eu mon ordinateur ni jamais trouvé RESET », répondit-il enfin.

Bollard fronça les sourcils, sa mâchoire se crispa.

« Mais pas un mot dans la presse, alors.

— Parole d’honneur, jura l’Américaine. Pas sans votre autorisation. »

Elle chuchota à l’Italien : « Mais j’aurais besoin d’équipement : caméra, ordinateur…

— Il nous faut des portables, exigea-t-il. Et pour elle, une caméra. »

Il ne fut pas sans remarquer que le Français était sur le point d’exploser, mais il trouvait légitimes ses revendications.

Le fonctionnaire leur adressa un regard noir. « Ça marche. Je vous fais apporter ça. Mais, je vous le répète, pas un mot dans la presse. »

Shannon opina du chef et le rassura : « Seulement lorsque vous voudrez que votre travail exemplaire accède à la postérité.

— Jouez pas à la plus maligne ! s’agaça Bollard.

— Bon, on en est où avec RESET ? s’enquit Manzano pour changer de sujet.

— Les données ont été transférées à Interpol, à l’OTAN, au Secret Service, à la NCTC et à quelques autres, détailla-t-il. On s’est réparti l’analyse. »

Dans la salle de réunions, deux dizaines d’hommes étaient installés devant des ordinateurs. Bollard, Manzano et Shannon se postèrent derrière l’un d’entre eux.

« Et d’après quels paramètres ? demanda l’Italien.

— Tout un tas. Par exemple par mots clefs. On a trouvé des chats où il est très clairement question de zero-days.

— Qu’est-ce que c’est que ça, encore ? demanda l’Américaine.

— Ce sont des vulnérabilités dans des logiciels et des programmes, inconnues du fournisseur et pour lesquelles il n’existe donc pas de correctifs appropriés, la renseigna Manzano.

— Puis nous cherchons également qui sont les différents utilisateurs, poursuivit Bollard. On filtre leurs conversations selon différentes entrées. Et ainsi de suite.

— Entrées, reprit Manzano. Avez-vous également recherché des choses sur mon compte ?

— Bien sûr ! Et même en tout premier. Vous voulez voir ? »

L’homme à l’ordinateur tapa au clavier et fit apparaître un texte à l’écran.

6, 11 :24 GMT

tancr : on dirait que l’Italien a échappé aux Allemands.

b. tuck : mais il est toujours soupçonné ?

tancr : je sais pas. Je crois.

b. tuck : il nous a assez fait chier.

tancr : ouais. Fallait bien que quelqu’un découvre le pot aux roses.

« L’Italien, fit Manzano, c’est donc moi. Et les Allemands, c’est ce Hartlandt.

— Mais ce n’est pas tout », annonça Bollard.

5, 13 :22

tancr : l’Italien casse vraiment les burnes. Il rôde autour de Talaefer.

Je le mettrais bien hors circuit.

b. tuck : comment ?

tancr : faux mail.

b. tuck : ok.

« Merci bien ! s’écria Manzano en jetant un regard triomphal à Bollard. J’espère que ça vous convaincra enfin de mon innocence !

— Si vous êtes de mèche, rétorqua le policier sans se laisser démonter, vous auriez pu manigancer tout ça avec eux. »

Manzano soupira. « Dites-moi, vous faites encore confiance à quelqu’un sur Terre ?

— Non. »


« Ce qui m’intéresserait, reprit l’Italien, serait de savoir comment ces types ont eu l’idée de mettre des mails dans mon ordinateur, et comment ils savaient que j’étais en route pour Talaefer. »

Bollard le regarda. « Depuis que vous avez confié à Hartlandt que ces informations pourraient peut-être venir de chez nous, nos experts inspectent tous nos systèmes pour plus de sûreté.

— Vos spécialistes ont trouvé quelque chose dans les systèmes d’Europol ? »

Bollard fit une moue navrée. « Ils ont trouvé des programmes capables de lire les échanges de mails de la plupart de nos ordinateurs, capables aussi d’activer caméras et micros…

— Ah ! J’aimerais pas être à la place de votre responsable de sécurité…

— Moi non plus. Ni de celui des Allemands, des Français, des Britanniques, ni d’aucun de ceux officiant pour les cellules de crise d’autres gouvernements. Manifestement, ces types ont réussi à s’infiltrer partout, pour lire, voir et écouter tout ce qu’on faisait. »

Manzano ne voyait pas l’intérêt de prendre part en personne aux recherches concernant RESET. Des milliers de spécialistes hautement qualifiés d’une moitié du globe s’en occupaient. « T’es jamais fatigué ? » s’enquit Shannon.

Toute la journée, il l’avait observée qui regardait au-dessus des épaules des informaticiens, qui étudiait des cartes, photographiait et filmait. Bollard lui avait donné son blanc-seing, après que l’Italien lui avait réaffirmé quelle part importante Lauren avait joué dans la découverte de RESET. « C’est peut-être même une très bonne idée, concéda le Français, que quelqu’un documente notre manière de travailler. »

Manzano s’étira, sentit ses articulations craquer. Elle était dans le vrai : il avait besoin d’une pause.

« Café ? » lui proposa-t-elle.

Ils se rendirent ensemble dans une petite cuisine à quelques portes de là. Deux fonctionnaires d’Europol s’y trouvaient, devant des breuvages fumants.

L’Italien prit une capsule qu’il introduisit dans la machine. Il fut reconnaissant à Europol de ne l’avoir pas déconnectée en cette période d’économies d’énergie drastiques. Certes, il n’aimait pas ces cafetières à la mode où on introduisait des doses formatées, mais, compte tenu des circonstances, c’était mieux que rien. Et pratique, également, il ne pouvait le nier. Introduire la capsule, appuyer sur le bouton, récupérer sa boisson. Rien de moins qu’un ordinateur capable de préparer le café, se dit-il, en introduisant une dose pour Shannon.

« Petit, mais serré », le pria-t-elle.

Il appuya de nouveau, attendit, lui tendit sa tasse. Une lumière rouge indiquait qu’il fallait vider le collecteur de capsules vides. Manzano le retira pour constater qu’il ne contenait que leurs deux capsules. Il le vida pourtant, replaça le bac, prit son café, et ils s’assirent auprès des deux hommes.

Piero ne resta pas longtemps en place ; à peine s’était-il installé qu’il se releva pour étudier la machine. Le voyant rouge clignotait toujours, bien que la machine soit entièrement vide. Il renouvela l’opération : retirer le collecteur, le replacer. Le voyant lumineux ne cessait pas de clignoter. « Les voyants, murmura-t-il. C’est sans doute les voyants d’alerte.

— Qu’est-ce que tu marmonnes dans ta barbe ? » l’interrogea Shannon.

Manzano but son café d’une traite. « Concernant ces foutus rapports d’erreurs, y’a que les voyants qui déconnent !

— Quels voyants ?

— Ceux des systèmes SCADA.

— Et c’est la cafetière qui t’a dit ça ?

— Parfaitement ! »

Madrid

blond

tancr

sanskrit

zap

erdeux

cuhao

proud

bakou

tzsche

b. tuck

sarowi

simon

« Ces douze pseudonymes reviennent régulièrement dans la plupart des conversations », annonça aux personnes présentes Hernandez Durán, directeur du département de cybercriminalité et de terrorisme de la brigade d’investigation technologique madrilène. « Certains sont clairs. Comme Blond ou Erdeux. Lui, c’est sans doute un fan de Star Wars. Proud, Zap, Bakou, Tzsche, B.tuck et Sarowi ne sont pas dénués d’intérêt. Il marqua une longue pause avant de reprendre. Notre collègue Belguer a une thèse intéressante à ce sujet, d’autant plus qu’elle nous donne des informations sur le mobile. Proud, Zap, Bakou, Tzsche, B.tuck pourraient — il souligna le conditionnel — être des abréviations. Proudhon, Zapata, Bakounine, Nietzsche et Benjamin Tucker.

— Zapata et Nietzsche, ça me dit quelque chose, dit l’un des présents. Les autres, j’en ai entendu parler, mais… »

Au départ, seuls des spécialistes en informatique avaient analysé les données. Très rapidement, d’autres spécialistes les avaient rejoints, dont le sociologue Belguer.

« Pierre-Joseph Proudhon, expliqua Durán, un Français du dix-neuvième siècle, est considéré comme le premier anarchiste. Tout le monde connaît sa fameuse maxime “La propriété, c’est le vol”. Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, un noble russe, compta également parmi les anarchistes influents du dix-neuvième siècle. Benjamin Tucker appartenait à la génération suivante. Cet Américain a traduit et publié les écrits des deux autres. À la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, il était l’une des plus importantes personnalités anarchistes aux États-Unis.

— Révolutionnaires, anars…, releva quelqu’un. Si cette thèse est juste. Ce qui ne me semble pas aberrant, compte tenu de ce qu’ils ont fait. »

Berlin

« Que savons-nous des événements survenus dans les maisons d’arrêt ? demanda le chancelier.

— Lorsque c’était possible, nous avons transféré des détenus de maisons d’arrêt dépourvues d’électricité vers des centrales encore alimentées, expliqua le ministre de la Justice. Lorsque ce n’était pas possible… sa gorge se noua, avant qu’il puisse reprendre, nous les avons libérés. Nous ne pouvions pas les laisser mourir de faim ni de soif.

— Ça fait combien de criminels ?

— Je ne sais pas exactement…, avoua le ministre.

— On a appris qu’à Dresde des citoyens en colère ont attaqué le bâtiment du parlement de Saxe et qu’ils ont essayé de destituer la cellule de crise. »

Son regard se figea. Tout en continuant à fixer ce qu’il avait vu, le ministre se leva, alla à la fenêtre qui donnait directement sur la Spree. Les autres le suivaient des yeux, emplis de curiosité.

Michelsen n’en revenait pas. Sur l’autre rive, vagabondaient une girafe et deux de ses petits entre les saules. À la vue de ces animaux si majestueux, ils éprouvèrent tous un moment surprenant de grâce.

Sans mot dire, ils suivirent le chemin du trio jusqu’à sa disparition.

« Qu’est-ce que c’était encore ? interrogea le ministre de l’Intérieur.

— Des animaux du zoo, répondit le secrétaire d’État Rhess. Il n’est qu’à deux kilomètres et demi d’ici. Et personne n’y fait plus attention.

— Tous les animaux sont livrés à eux-mêmes ? demanda quelqu’un. Les lions ? Les tigres ?

— Je le crains », murmura Rhess.

Ratingen

« Là, fit Dienhof. J’ignore comment ces types d’Europol ont eu cette idée, mais ils ont raison. Nous avons découvert le code il y a une demi-heure. Pour plus de commodité, nous l’avons traduit en pseudo-code. Pour que tout le monde comprenne ce dont il s’agit.

— C’est bien aimable », ironisa Wickley, manifestant clairement à son collaborateur qu’il aurait tout aussi bien compris le code original — ce qui n’était pas le cas, mais, en tant que P-DG, il ne pouvait perdre la face.

si horaire = 19 :23 + (nombre aléatoire entre 1 et 40)

pour 2 % de tous les objets

change statut objet en une autre valeur

signale l’autre couleur correspondante

communique en retour le changement de statut au programme appelant

« Ça signifie, expliqua Dienhof, que…

— … sous l’effet du hasard, il y a toujours des messages d’alerte transmis aux postes de contrôle, alors même que tout fonctionne, compléta Wickley avant d’ajouter à voix basse : c’est perfide. »

Il se demandait comment continuer. Si ce qu’expliquait son collaborateur était vrai, Talaefer était largement responsable du cataclysme de ces derniers jours.

« En effet, reconnut Dienhof. Ces faux messages d’alerte ne signifient aucunement que les équipements sont hors service. Ils sont en parfait état de marche. On pourrait donc remettre les centrales en service sans problème. Celui qui a injecté tout ça spécule sur les failles les plus critiques du système…

— … les hommes. »

Intérieurement, Wickley avait du respect pour l’auteur de ce minuscule correctif. Quelqu’un avait compris ce dont il s’agissait. Quelqu’un de vraiment intelligent. Une intelligence diabolique.

« Ça signifie que les centrales fonctionnent impeccablement, mais…

— … que le personnel affecté aux salles de contrôle reçoit constamment des messages d’alerte, continua Dienhof, et provoque des dégâts parce qu’il fait l’exact opposé de ce qu’il faudrait faire, en raison de ces alertes.

— Et comment règle-t-on le problème ?

— On programme une nouvelle version de la bibliothèque, sans code nuisible, et on la lance dans les centrales. Avec des connexions Internet de part et d’autre, ce serait une question d’heures. Mais j’imagine que dans une telle situation, la police criminelle pourra mettre à disposition suffisamment de gens et de moyens de transport.

— On ne pourrait pas les laisser en dehors de ça ? »

Londres

Au tréfonds des entrailles du siège du Secret Intelligence Service, plus connu sous le nom de MI6, Phil McCaff chantonna « Struck the motherlode… ». Voilà une semaine qu’il n’avait plus quitté le bâtiment de Vauxhall Cross. Ses voisins levèrent la tête de leurs ordinateurs.

« Regardez ! » cria-t-il. Il afficha son écran sur le large mur grâce à un vidéoprojecteur. Il avait surligné deux lignes d’une conversation.

erdeux : ok, je l’ai.

tzsche : quasiment minuit. L’heure d’aller se coucher. Bon petit-déjeuner.

« Cette phrase provient d’une conversation qui remonte à quelques semaines, commença-t-il. Tzsche et Erdeux, nous les connaissons, ils font partie du noyau dur. Chez Tzsche, il est presque minuit, alors qu’Erdeux va prendre son petit-déj’. Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Qu’ils se trouvent à des endroits du globe opposés, répondit Emily Aldridge.

— Exact ! Et là, encore une autre, plus ancienne. »

bakou : il pleut comme vache qui pisse. Je croyais que c’était un pays ensoleillé.

zap : pleine lune, ici. Pas un nuage.

Il projeta une carte du monde.

« Sur cette carte, je peux faire apparaître la hauteur du soleil, les phases de la lune, la météo, et bien d’autres choses à partir de bases de données. C’est ce que j’ai fait. Grâce à la date et à l’heure de la conversation, je peux localiser Zap dans une zone de sept à neuf heures supplémentaires par rapport à l’heure moyenne de Greenwich.

— Quelque part en Amérique, supposa Aldridge.

— Après avoir étudié d’autres phrases de cet acabit, j’en arrive à la conclusion qu’il y a au moins deux groupes. »

Il regarda l’assemblée, faisant monter la curiosité.

« Vous devriez checker tout ça, mais je suis presque certain que le premier groupe est en Amérique centrale tandis que le second se trouve à l’est de la Méditerranée. »

La Haye

« Ça nous aide sacrément ! » lança Bollard. Il arracha le papier de l’imprimante et le parcourut : « Bien, murmura-t-il, très bien. »

Les impressions, images, notes constituant les éléments capitaux de l’enquête recouvraient trois murs de la pièce. Un des derniers volets en occupait toute une partie ; il s’agissait des suspects. Ils n’étaient toujours pas certains que ce Jorge Pucao, ainsi que ses contacts, aient vraiment quelque chose à voir avec le black-out. Mais ses soupçons venaient d’être un peu plus encore justifiés.

Plus de trois dizaines de portraits étaient accrochés au mur. Au cours des dernières vingt-quatre heures, ils avaient accumulé nombre de notes à propos d’une photo. C’était le visage d’un homme mince, au milieu de la trentaine. Il portait une barbe de trois jours et des lunettes carrées à la mode, ses cheveux mi-longs étaient soigneusement peignés, la raie à gauche. Au-dessus de l’image, on avait écrit en lettres capitales « Balduin von Ansen » ; chaque portrait était surmonté du nom d’un suspect. Au-dessous étaient accrochées six feuilles A4 mises côte à côte, où apparaissait un graphique compliqué. Des dizaines de lignes qui reliaient nombre de petites cases, où étaient inscrits des noms et des combinaisons de lettres et de chiffres.

« Nous venons d’avoir la confirmation, déclara Bollard à l’assistance, que deux millions d’un compte de la Karyon Ltd. à Guernesey ont été virés en sept fois et en l’espace de six mois sur un compte de l’Utopia Enterprises dans les îles Caymans et sur un compte de la Hundsrock Company en Suisse. De là, ils ont transité sur un compte de la Bugfix au Liechtenstein, pour atterrir sur un compte en Suisse. L’un des associés de la Bugfix, une entreprise de conseil en informatique, d’après le registre du commerce, dont le siège est à Tallahassee, aux États-Unis, n’est autre que Siti Jusuf. L’un des autres associés, c’est John Bannock, l’un des deux Américains en contact avec Jorge Pucao, qui a disparu depuis l’automne 2001. »

Il ajouta les éléments appropriés sur le graphique.

« L’argent est parti directement de ces comptes vers d’autres, pour lesquels nous avons requis une surveillance. Et les experts londoniens viennent de me dire que, selon eux, les terroristes opèrent depuis deux endroits, Mexico d’une part, et un lieu situé à l’est de la mer Méditerranée, ou au Proche-Orient, d’autre part. Autrement dit, nous allons examiner scrupuleusement les transferts d’argent de ces régions. »

Follow the money. « C’était quoi, déjà… », murmura Manzano. Il se pencha vers l’un des analystes. « Cherchez donc… non, c’était pas… Stanbul ! Cherchez Stanbul ! »

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