CHAPITRE III Fin de section

Je distingue un air de jazz extrêmement hot. J’ouvre un hublot et j’aperçois l’ineffable Pinaud qui se mouche.

Il le fait mal et des festons argentés unissent ses frémissantes narines à ses moustaches mal taillées.

Il contemple son mouchoir troué d’un œil glauque, le plie amoureusement et le promène sur sa bouche en un geste plein de délicate élégance. Il constate alors que je suis lucide et me dédie un sourire.

— Bien dormi ? demande-t-il.

— Où suis-je ? questionné-je avec une légitime curiosité.

— A l’hôpital, pardine, tu le savais pas ?

Ma gamberge se remet à fonctionner. Je revois le boulevard désert, la bagnole des gars acharnés à me buter… L’explosion… Les pavés énormes devant mes yeux… Ce choc à ma tronche… Tout !

— C’est grave, ce que j’ai ?

— Une simple commotion, fait le révérend Pinuche en sortant la vessie de porc qui lui tient lieu de blague à tabac.

Il extirpe en outre de sa vague un cahier de Job gommé tout froissé, arrache un feuillet délicat et puise dans la blague une pincée de tabac qu’il étale sur la feuille cassée en tuile. Lorsqu’il a fini d’étaler le tabac, il n’en reste que trois brins dans le papier. Il enflamme le tout au moyen d’un briquet fumeux, la moitié de la cigarette et une extrémité de sa moustache brûlent d’un coup. Puis la combustion de ces deux éléments se stabilise et le père Pinuche exhale avec satisfaction un nuage bleuté qui le fait chialer.

— T’as eu un gnon à la tête… Tu sens pas cette aubergine ?

Avec lenteur, je porte ma dextre à mon front. Mes doigts hésitants décèlent une monumentale excroissance. Quelque chose d’aussi volumineux que le plumet d’un saint-cyrien, mais de beaucoup plus consistant…

— Quelle heure est-il ? balbutié-je, m’apercevant qu’il fait grand jour.

L’honorable Pinaud hale sa montre gigantesque comme on remonte l’ancre d’un navire. Il mate le cadran et déclare :

— Huit heures…

— Comment se fait-il que je sois resté dans le cirage si longtemps ?

— Ils t’ont filé un lucratif pour te faire dormir…

— Un quoi ? m’étouffé-je.

— Un adjectif, non, un subjonctif… Mince, je me souviens plus… Un truc qui calme, quoi !

— Un sédatif ?

— Voilà !

— Pinaud, murmuré-je d’un ton évanescent, tu es toujours aussi gâteux.

Il renifle un grand coup et, méprisant, laisse tomber :

— Je vois que ça va mieux, t’as déjà le carcasme aux lèvres…

— On a des nouvelles de mes agresseurs ?

— Non. On sait rien d’eux. Un couple d’amoureux qui se trouvaient à promiscuité prétend que c’était une 403 noire…

— Exact…

— Ces idiots n’ont pas eu la présence d’esprit de relever le numéro…

Il la boucle en me voyant refouler mes couvrantes.

— Qu’est-ce que tu fiches ?

— Je me lève…

— C’est pas raisonnable. Le toubib dit que t’en as pour un jour ou deux à te remettre !

— J’enchose le toubib, affirmé-je.

— Trop aimable, fait une voix dans mon dos.

Je me retourne et je constate qu’un monsieur grave, habillé de blanc, vient d’entrer dans la chambre.

— Simple façon de parler, docteur, dis-je. Vous aurez rectifié de vous-même !

Il sourit en homme qui en a déjà vu pas mal et qui s’apprête à en voir d’autres.

— Recouchez-vous donc, fait sèchement le praticien.

— Mais je me sens d’attaque, doc !

— Vous avez été médiciné et je ne tiens pas à ce que vous descendiez l’escalier sur la tête. Cette fois, au lieu d’une bosse, vous risqueriez d’y faire un trou et ce serait plus ennuyeux.

Pour lui prouver que ses craintes sont vaines, je mets le pied par terre. Aussitôt mon manège se met à tourniquer. Sans que j’aie à remuer, la table de chevet, la fenêtre, le docteur, la porte, Pinaud et la bassine d’émail blanc défilent devant mes yeux brouillés à une allure croissante.

— Alors ? gouaille le médecin.

Je dois me rendre à ses raisons : je ne suis pas en état de grimper au sommet de la tour Eiffel sur les mains.

— Recouchez-vous ; d’ici quelques heures ça ira mieux et, si vous êtes raisonnable, ce soir vous pourrez rentrer chez vous !

Force m’est donc de remettre ma viande dans les torchons. Je le fais en maugréant, ce qui me vaut un ricanement sardonique de Pinuche.

— Tu te crois toujours plus malin que les autres, jubile ce déchet humain.

Il attire une chaise à lui et y dépose ce qui lui sert à s’asseoir, tandis que le médecin met les voiles.

Je ferme les yeux pour stopper le manège. Au bout d’un moment le carrousel se fige.

— Comment se fait-il que tu sois là ?

— On a été prévenus par le commissariat du 18e. Ils ont trouvé tes papiers sur toi…

— Qu’a dit le Vieux ?

— Il paraissait salement embêté. Il a encore téléphoné y a un instant pour avoir de tes nouvelles. C’est lui qui m’a dépêché ici afin que je recueille tes premières déclarations.

S’avisant brusquement qu’il a une mission à accomplir, il me demande en lissant sa moustache de rat malade :

— A propos, ça s’est passé comment ?

Je ne réponds rien. Très peu pour le rapport. Je préfère m’occuper de mes oignons moi-même. J’en aurais trop — ou pas assez — à bonnir.

— Tu liras ça dans les journaux, Fossile, fiche-moi la paix, tu as entendu ce qu’a dit le toubib : il me faut le repos absolu.

Personnellement il n’est pas contre. Le voilà qui commence à s’assoupir avec bonne volonté sur sa chaise.

Je le réveille d’une bourrade.

— La voiture dans laquelle je roulais a beaucoup de mal ?

Il essuie d’un doigt noueux ses yeux chassieux.

— Si tu la voyais, assure-t-il, tu n’appellerais plus ça une voiture. On se demande comment t’as pu en réchapper, quand on regarde ce tas de ferraille.

Il écrase son mégot contre son talon et rigole.

— T’aurais des ennemis que ça ne m’étonnerait pas.

J’en connais une qui va regretter sa faiblesse. Quand la môme Monique va apprendre que sa rutilante M.G. est partie pour la casse, elle fera une jaunisse, c’est couru.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter qu’elle soit assurée tous risques. Sinon je vais être bonnard pour lui en offrir une autre. Plutôt tocasson comme aventure, non ?

Brusquement une question me vient à l’esprit. Une question capitale. Est-ce sur moi ou sur la voiture qu’on a tiré ? J’espère que le distinguo ne vous échappera pas, bien que votre débilité mentale ne fasse de doute pour personne !

Si c’est sur moi, pas de problème… Mais si c’est sur la chignole, ça prouverait qu’on en avait après Monique !

Des gens la guettaient pour la liquider. En voyant sa tire, ils se sont mépris et…

Oh ! mais voilà qui modifie l’aspect des choses. Au cas où c’est la seconde éventualité qui est la bonne, la demoiselle de Souvelle est toujours en grand danger, car les foies blancs doivent maintenant être au parfum de leur gourance, et ça risque de chauffer pour sa particule.

Je vais pour exprimer mon angoisse au révérend Pinuche, mais je m’aperçois que l’estimable gâteux vient de s’endormir. Le menton sur la cravetouze, la paupière mal ajustée, les paluches sur le baquet, il en écrase comme un petit ange qui a rejoint sa base.

Alors, sans bruit je quitte mon pageot. La valse lente reprend. Je plaque mes mains contre la cloison la plus proche afin de compenser les méfaits du vertige. J’ai l’impression qu’une pogne criminelle a tranché les amarres de mon cerveau et que celui-ci vadrouille dans ma coquille.

Vais-je me laisser terrasser par des drogues perfides ? Que non pas, comme le dit si pertinemment la baronne Aplain de Bouton-Sulnay. J’ouvre les carreaux derechef et j’aperçois une demi-douzaine de chaises avoisinant une demi-douzaine de pantalons sur les dossiers d’une demi-douzaine de Pinaud endormis. J’en cramponne un et je m’y insinue… Je déniche ma chemise, ma cravate, ma veste…

J’ai du mal à trouver les pompes, because elles sont sous le lit, mais je finis par m’en saisir et après plusieurs essais infructueux, mes voûtes plantaires sont à l’abri des crevaisons.

Pinaud dort toujours du sommeil de l’innocence. Il fait mieux que dormir, il ronfle. Je quitte la pièce sans le réveiller. A quoi bon troubler cette paix souveraine ? Le dabuche voudrait me retenir ici à tout prix, car il est respectueux des prescriptions médicales. C’est le genre de zig, Pinaud, qui croit farouchement aux étiquettes des flacons pharmaceutiques. Pour lui, le texte d’une ordonnance est plus rigoureux que le Code pénal.

Les couloirs de l’hosto s’offrent à mes pas chancelants.

Je mobilise tout ce qui subsiste de volonté en moi pour gagner la sortie.

O merveille ! A deux pas de celle-ci, j’avise un bistrot. Pour moi, c’est l’annexe rêvée.

Je m’y catapulte et m’abats sur une banquette de moleskine. Trois ambulanciers (du Bengale) sont en train d’écluser du muscadet en se racontant des prouesses amoureuses. Le patron de la casba, un gros avec une tête hilare, les écoute en salivant. Néanmoins, malgré le visible plaisir que lui procurent ces chansons de geste, il prend ma commande.

— Un double whisky, dis-je.

Je ferme les yeux et palpe mon aubergine. Ça continue de valser sous ma coiffe. L’effort que je viens de produire m’a rendu flageolant.

Les manipulateurs de viande meurtrie ont des rires qui explosent en moi comme des petites cartouches de dynamite.

J’empoigne ma consommation et, d’un élan superbe, je la consomme, puisque aussi bien elle est faite pour ça. Je préfère vous rassurer illico en vous disant que le scotch me fait un bien inouï. Est-ce la proximité de l’hôpital ? Toujours est-il que je commence à voir la vie sous de meilleurs hospices, comme on dit à Beaune. Trêve de vertigo, les potes. Une frêle innocente est en grave danger et je n’aurai de cesse avant de l’avoir protégée de mon aile.

J’interromps l’un des ambulanciers à l’instant où il explique à son auditoire fervent qu’il s’est « fait » la veuve d’un bouilleur de cru la semaine précédente dans son ambulance. Et il a eu d’autant plus de mérite à cela que le défunt bouilleur se trouvait à l’arrière du véhicule. Je l’interromps, répété-je, pour demander au bistroquet de m’appeler un radio-taxi.

Il souscrit à ce désir et bientôt votre cher San-Antonio se prélasse sur la banquette d’une 404.

Je suis presque d’aplomb, nonobstant la protubérance qui protubère sur mon dôme. J’ai une fameuse envie de foncer dans le tas, les gars. Ça me démange de retrouver mes agresseurs de la nuit car, comme le disait un chef indien de ma connaissance, je leur garde un chien de ma Cheyenne !

Je m’en vais leur montrer comment on croise les pigeons voyageurs avec les perroquets pour les rendre aptes à demander leur chemin !

Vingt petites minutes plus tard, le bahut me dépose devant la grille des de Souvelle. J’avise ma voiture en stationnement et j’en ressens une certaine satisfaction.

— Soyez gentil, fais-je au chauffeur en lui cloquant un pourliche de prince russe, allez réquisitionner un garagiste dans le secteur pour qu’il vienne dépanner ma voiture.

L’autre obtempère d’autant plus que nous lui sommes sympas, moi et l’effigie de Richelieu qu’il glisse dans sa vague. Tandis qu’il s’évacue, je sonne à la grille. Un instant s’écoule, puis une porte s’ouvre sur le côté de la maison et une soubrette s’avance dans l’allée principale.

Gentil minois criblé de taches de rousseur. Elle a le nez retroussé et il ne doit pas falloir insister beaucoup lorsqu’on a mon physique pour qu’elle ait ses jupes également retroussées.

Elle délourde en me votant un sourire avenant.

— Monsieur ?

— Je voudrais parler à Mlle de Souvelle, susurré-je en me présentant un peu de profil afin de lui dérober ma bosse façon rhinocéros.

Elle écarquille ses yeux de biche.

— A qui ?

Docilement, je répète :

— A Mlle de Souvelle !

— Vous vous trompez sûrement de maison, fait la gosse.

Du coup, mon raisin ne fait qu’un tour.

Je me mets à la détroncher sérieusement.

— Je ne suis donc pas chez M. de Souvelle ? demandé-je.

J’ai le battant qui fait un caprice. M’est avis, les potes, qu’on s’enfonce jusqu’aux moustaches dans le mystère.

Que ceux qui ne savent pas nager grimpent sur les banquettes ! La petite soubrette cesse de sourire ; un poil d’agacement frise dans ses yeux candides.

— Ici, c’est chez Mme Godemiche, la veuve des machines agricoles !

Je bigle autour de moi avec effarement. Le gnon que j’ai pris sur le couvercle m’aurait-il perturbé la pensarde ? Suis-je le jouet d’une hallucination ? Si ça continue commako, dans huit jours, j’aurai droit au fauteuil à roulettes, mes z’enfants ! Vous m’imaginez avec un plaid sur les guibolles et un hochet de celluloïd à la main ?

Pourtant, y a pas d’erreur : c’est bien dans cette baraque que j’ai connu l’ivresse avec la môme Monique. Je reconnais formellement le jardin, la grille, la façade de la maison… Et puis, ma voiture est bien stationnée devant la propriété… Alors ?

La bonniche commence nettement à me considérer comme un mou de la tronche. Elle a très envie de me reboucler la porte au nase et s’emmener promener.

— J’aimerais parler à votre maîtresse ! décidé-je.

Elle fronce les sourcils.

— Madame vient de rentrer de voyage et elle est fatiguée.

— C’est très important.

Je lui montre ma carte de matuche.

— Police !

Comme toujours, le mot produit son petit effet. La soubrette rengaine ses objections et me guide jusqu’à la demeure.

Je retrouve le salon Louis XVI qui abrita mes prouesses casanoviennes.

— Je vais prévenir Madame, fait miss Plumeau.

Demeuré seul, je me livre à des réflexions biscornues. Décidément, la vie est bien étrange pour les flics émérites.

Je me trouve dans l’état d’esprit du monsieur à qui on proposerait un paquet de vermicelle en lui faisant croire que c’est la nouvelle Chrysler deux portes. Qu’est-ce que ces salades signifient au juste ? Je compte fortement sur la veuve Godemiche pour éclairer ma lanterne. Justement la voici qui entre. Oh ! pardon, vous parlez d’une apparition ! D’ordinaire, une veuve, on se l’imagine dans les âges mûrs, habillée de noir avec les joues blêmes et le bord des yeux rouges, s’pas ? Eh ben ! dans le cas présent, c’est pas du même ! La dame qui se présente n’a pas dépassé la trentaine, ou si elle l’a dépassée elle a oublié de mettre le clignotant. De taille moyenne, mais faite au moule, elle possède des avant-postes bien défendus et un fourgon de queue à double carburateur. Elle est rousse, genre incendie de forêt, avec un regard couleur d’eau stagnante, et quand elle parle, on dirait qu’elle joue de la harpe.

— Monsieur, c’est à quel sujet ?

Elle louche sur mon aubergine avec le maximum de discrétion et s’efforce de prendre l’air poli d’une parfaite maîtresse de maison.

— Madame, fais-je, après une courbette Louis XIV, vous êtes la propriétaire de cette maison ?

— Oui, monsieur, dit la bath rouquine, surprise sur le pourtour.

Elle ajoute, afin de dissiper toute équivoque :

— La propriétaire unique et légitime depuis le décès de mon mari survenu l’an passé lors d’une course automobile…

C’est un trait de lumière pour bibi. Godemiche ! Comment se fait-il que le nom ne m’ait rien dit ! Un enragé du volant qui ne ratait jamais un rallye. Mais qui a raté un virage à Monza.

— Avez-vous des parents ou des amis du nom de de Souvelle ? m’enquiers-je.

— Du tout, pourquoi ?

— Vous arrivez de voyage, m’a-t-on dit ?

— Il y a une heure à peine.

Elle porte un déshabillé qui ne fait pas habillé du tout. D’un geste pudique, elle ajuste les pans du vêtement sur des jambes que je pressens admirables.

— Puis-je vous demander l’objet de ces questions ? murmure-t-elle.

Y a pas : faut l’affranchir. Je lui relate les événements de la nuit passée en omettant, bien entendu, les passages susceptibles d’être interdits aux moins de dix-huit ans. Mme Godemiche m’ouït attentivement, sans broncher. Toute âme moins forte dans un corps moins saint s’exclamerait, lancerait des interjections, des onomatopées… Elle non ! Elle m’écoute silencieusement, les sourcils à l’horizontale, les paluches paisibles comme sur un tableau de Lebrun.

Quand j’ai achevé mon récit, elle se dresse et va appuyer sur un timbre électrique.

— Tout ceci est fantastique, me dit-elle, d’un ton on ne peut plus indifférent.

Répondant à son appel, la bonne paraît. Je suis prêt à vous parier une main de masseur contre un doigt de cour qu’elle se tenait à l’affût dans les parages, la poulette. Cette visite d’un matuche doit lui sembler insolite et sa délicate oreille tramait à proximité des trous de serrures.

— Annette, fait Mme Godemiche, en ouvrant la maison, ce matin, avec Ferdinand, avez-vous remarqué quelque chose d’anormal ?

La môme secoue ses bouclettes.

— Non, Madame.

— Votre personnel ne séjournait pas ici en votre absence ? m’étonné-je.

Elle m’affranchit :

— Je reviens de ma villa du Cap d’Antibes. Mes domestiques sont rentrés par le train afin de rouvrir la maison. Moi, comme d’habitude, je suis revenue par la route…

— Quand êtes-vous arrivés ici ? demandé-je à Annette.

— Il était à peu près six heures, ce matin…

— Vous n’avez vu personne ?

— Absolument personne. La seule chose qui nous a intrigués, c’est cette auto devant la propriété…

— Il s’agit de la mienne.

— Ah ! bon…

Un bref silence se faufile dans notre intimité comme une sœur quêteuse dans un restaurant chic à midi.

— Les portes étaient fermées ? je demande.

— Mais oui, monsieur.

Je me tourne vers la belle rousse.

— Vous ne possédez pas de voiture M.G. ?

— Du tout. J’ai une Chrysler et un coupé Simca Bertone.

Je lui décris la gosse Monique, mais elle m’assure qu’elle n’a jamais rencontré, de près ou de loin, une personne de ce style.

Que voulez-vous, les mecs : il faut que je trouve un moyen de locomotion pour me rendre à l’évidence. J’ai été berluré de première par la pseudo miss de Souvelle. On m’a déjà joué l’acte III de : « Tu n’es qu’une fleur de nave », musique et livret de Bourmoix-Le-Moud, mais jamais avec une telle virtuosité.

— Dois-je porter plainte pour violation de domicile ? s’informe mon hôtesse.

Je hausse les épaules.

— A quoi bon ? On ne vous a rien dérobé, rien détérioré et cela risquerait de perturber mon enquête…

Je me lève et je prends congé de la dame en lui distribuant mes plus belles excuses et en lui promettant de la tenir au courant.

Dehors, je trouve mon taxi et un mécano en grande conversation sous le capot de ma chignole. Le dépanneur m’explique que ma bobine est complètement bousillée.

C’est moi qui en fais une drôle.

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