La situation était devenue intenable. Les questions des voisins et des autorités étaient trop fréquentes, ils ne pouvaient pas rester à Uddevalla. Depuis le déménagement d’Agneta en Espagne, la mère de Laila, souffrant de solitude, les contactait de plus en plus souvent. Quand elle leur avait parlé d’une maison à vendre à un bon prix, près de Fjällbacka, ils s’étaient vite décidés. Ils allaient y retourner.
Laila savait pourtant que c’était de la folie, de s’installer trop près de sa mère. Mais elle n’avait pas pu éteindre tout à fait l’espoir que celle-ci pourrait les aider, que tout serait plus facile si on leur fichait la paix dans cette nouvelle maison assez isolée, loin des regards curieux.
L’espoir avait été vite douché. La patience de Vladek était presque à bout et leurs disputes se succédaient sans répit. De ce qui fut un jour, il ne restait plus rien.
La veille, sa mère s’était présentée chez eux sans prévenir. L’inquiétude la minait, et Laila eut envie de se jeter dans ses bras, de redevenir enfant et de pleurer comme un bébé. Puis elle avait senti la main de Vladek sur son épaule, elle avait deviné sa force brute, et l’instant lui avait échappé. Calmement, tranquillement, il avait dit ce qui devait être dit, bien que sa mère en fût blessée. Celle-ci avait déclaré forfait, et quand Laila l’avait vue repartir vers sa voiture, les épaules affaissées, elle aurait voulu crier qu’elle l’aimait. Qu’elle avait besoin d’elle. Mais les mots étaient restés coincés dans sa gorge.
Par moments elle se demandait comment elle avait pu être bête au point de croire que le déménagement changerait quoi que ce soit. C’était eux, le problème, et personne ne pouvait les aider. Ils étaient seuls. Elle ne pouvait laisser entrer sa mère dans leur enfer.
La nuit, il lui arrivait de se glisser près de Vladek, se rappelant les premières années, quand ils dormaient collés l’un à l’autre. Chaque soir ils s’endormaient enlacés, même s’ils avaient trop chaud sous la couverture. Désormais elle ne dormait plus. Elle restait éveillée à côté de lui, écoutait ses ronflements et sa respiration profonde. Elle le voyait tressaillir dans son sommeil et ses yeux s’agiter derrière les paupières.