Chapitre 0

Le vingt-quatre décembre, peu avant dix-huit heures, un voyant rouge s’alluma et se mit à clignoter sur l’écran géant qui figurait la capitale. Les observateurs le fixèrent avec une brusque et totale attention. Voyant rouge : ATTENTAT. Champs-Élysées, dix-huit heures. Forte charge d’explosifs, au moment précis où la foule, dense, s’affairait aux derniers préparatifs de Noël. La machine se mit en branle. L’horreur des membres épars, des corps déchiquetés, du sang… Les observateurs, devant leurs écrans, ne le voyaient pas, il leur suffisait d’imaginer ou de se souvenir. Un autre voyant s’alluma et se mit à clignoter… Crépitement des télétypes, zooming des caméras. Un autre voyant dans un autre quartier de Paris, le deuxième…

Lorsque Château, prévenu, pénétra dans la salle de contrôle, cinq voyants clignotaient ensemble. Ils figuraient chacune des pointes de quelque insoutenable étoile à cinq branches. Comme hypnotisé, le policier demeura immobile. On lui passa une bande télétype qu’il ne prit pas la peine de lire, parce qu’il avait son contenu devant les yeux et que le texte serait redondant et superfétatoire. Il entendit dans le fatras du trafic radio, sans y prêter plus d’attention, que les victimes se comptaient déjà par dizaines, qu’on réclamait des aides médicales d’urgence. Soir de Noël, il s’approcha encore de l’écran froid qui le surplombait.

Qui lui passait la réponse de Berg.

Il chercha une cigarette.

Un opérateur lui fit remarquer : défense de fumer.

Château lui fourra la bande télétype entre les doigts.

Sortit dans le couloir.

Sentit que, pressé, sans le vouloir, on le bousculait.


Dehors, il entendit le lamento des ambulances.

L’étoile de Berg n’avait rien à voir avec celle de Prima Linea.

Son étoile rouge avait pour seul sens guerre totale.

Il alluma la cigarette.

Il commençait à neiger doucement, comme à regret, mince linceul qui en valait bien d’autres.

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