Pinaud, Bérurier, Claudette tiennent un con, puisqu’il y a bulle, au moment où nous radinons, Féloche et moi, à la Paris Détective Agency, laquelle, de par la décision du boss est en grande mourance, mais que veux-tu : tout a une fin, y compris les livres à la con, les gens méchants et les régimes totalitaires.
Reconnaissant le client de Fortuna, Béru se précipite.
— Vous z’ici ! Cher ami, se peut-ce ! Moi qui m’demandais jus’ment ce que vous z’étiez en train de deviendre !
Honoré (Balzac ne le fut jamais à ce point, le pauvre) par cette démonstration de vive sympathie, Vignalet se remet à pleurer. Je lui dis repos, pas trop surmener ses lacrymales, mais n’est-ce point son foutre rentré qui s’épanche par ses prunelles ? Va savoir…
Peut-être, si tu me lis acidulement, te rappelles-tu qu’à l’agency, nous disposons d’un petit appartement secret, composé d’une chambre avec salle de bains et réfrigérateur. Je l’y conduis, lui branche la tévé, pas qu’il m’aille rater les « Chiffres et les Lettres », que justement, Mme Chplatz joue sa dixième manche, tu parles d’une ! Prof de lettres, faut dire, mais incollable nez-en-plus sur les chiffres, merde, qui dit mieux ! M. Féloche, il a assisté, quand il était petit à la naissance de l’émission, que Patrick Laffont, à l’époque, n’avait pas encore cinquante piges, tu te rends compte ? Et mon vieux Fava qui est toute la gentillesse humaine une et unique et universelle, frisait (c’est bien tout ce qu’il pouvait) la septantaine, à moins que ça ne soit la prétentaine, dans ces temps lointains, alors que le gars Renard qui porte si bien son nom, viceloque de la division à tables peu communes, s’entraînait encore avec un boulier, en rasant les tableaux noirs, toujours la tête dans les épaules et des rancœurs inexpiables sous sa mèche boudeuse. Sans parler des nanas chiffreuses et effaceuses, les muettes de cette géniale émission, aller d’un accouchement à l’autre, parce que dévergondant probablement pendant que les tagonistes se bricolent les méninges, à se demander si Max accepterait le mot linçoir (qui peut aussi s’écrire linsoir) des fois que son dico ferait relâche le concernant ! Moi, quand maman rentrait de l’école, elle s’hâtait de faire ses devoirs, pas rater les chiffres et les lettres. Une institution, ça se respecte. Je brancherai mes petits-enfants, plus tard. La pérennité des traditions. Ils seront baptisés et spectateurs des « Chiffres et Lettres », je jure solennellement. Et même quand les Russes seront là, on continuera de jouer en caractères acryliques, comme dit Béru. Si tu réfléchis un peu, il nous reste quoi de positif, en France, en dehors de cette émission ? Moi, je serais à la place de M. Defferre (à cheval) je leur cloquerais la Légion d’honneur à tous : Max, Patrick, Bertrand et les autres : ceux qui jouent, ceux qui regardent, la sainte famille, quoi ! Qu’à tous, enfin, le compte soit bon et qu’ils aient droit au mot de huit lettres rupinos entre tous : m é d a i l l e !
Il est un peu revigoré, notre vieux Féloche en découvrant l’écran magique, la divine lucarne source de tant et tant de félicité !
Mes potes qui nous ont suivis dans l’estanco assistent à son installation.
Elle est brève. Vignalet dépose ses charentaises neuves au pied du lit, accroche son gilet de laine au portemanteau, glisse dans un tiroir un vieux pyjama ravaudé, un caleçon long et une chemise décolorée, place sa valise sous l’armoire et met son maigre séant sur le bord du lit.
— Je vous remercie, fait-il, mais pourquoi cherche-t-on à me tuer ? Je n’ai jamais rien fait à personne ! Je suis retraité des postes, veuf de surcroît, sans enfants et sans fortune.
— Nous arrivons au cœur du mystère, monsieur Félicien, lui dis-je en prenant place à son côté.
— Comment cela ?
— Vous devez savoir quelque chose qui ne doit pas être révélé, à aucun prix, comprenez-vous ?
— Non.
— Je m’explique. A la suite de son phénomène de vision à longue distance, Fortuna a été kidnappée.
— Par qui ?
— Ne brûlez pas les étapes, bien des chapitres s’écouleront avant que nous le sachions. Il faut croire que cette crise de télépathie aiguë est d’une grande importance pour certains individus puisque le fait même que vous en eussiez été le témoin les induit à vous supprimer.
Il frissonne.
— Mais je ne sais rien ! Rien d’absolument rien de rien, mon pauvre monsieur ! J’ai soixante-treize ans passés, on ne tue pas un homme de mon âge qui ne sait rien ! A quoi cela rimerait-il ? Et pourquoi ont-ils enlevé Fortuna ? Oh ! Seigneur, dans quel guêpier me suis-je fourré ! Quand je pense que la belle-mère de ma charcutière me fait les yeux doux. Une femme de soixante à peine, avec une poitrine comme ça ! Par timidité je n’osais pousser mes avantages. Mais je suis certain qu’elle ne demande que du paf, cette personne.
Bérurier croit opportun de se manifester.
— Fais-toi pas de souci, papa, tu la récupéreras ta vedette ; je te sens encore un bon bout d’avenir devant toi !
— Vous croyez ? se raccroche le vieux.
— J’en sus certain, et c’est pas une parole de Gaston ! T’es bâti à chauve et à châle, papa ; tu ferais tilt av’c les cent carats que ça m’étonn’ra pas. Et inquiète-toi pas de c’t’attentat raté. L’essentiel, c’est qu’il fusse loupé, justement. Ça veut dire qu’t’as la baraque « A » pour ta pomme. Tell’ment eussent eu un cercueil, au lieu d’une baraque ! T’es né coiffé, espère ! Et maint’nant qu’t’v’là sous not’ protectance, l’dégourdoche qui voudra v’nir jouer au con, d’vra compter av’c Bibi !
— Merci, merci, oh ! merci à vous tous, pleurniche Félicien.
Je profite de sa rassérénation pour l’entreprendre.
— Monsieur Vignalet, vous allez rassembler vos souvenirs, qu’il n’en manque pas un seul ; je les veux tous au rendez-vous ; après quoi, vous me raconterez très succinctement la manière dont cette crise s’est déclenchée et déroulée.
Un silence me succède, qui donne de l’éloquence à mes paroles, si j’ose m’exprimer ainsi. Bérurier en profite pour chasser un gaz paumé dans son fort intérieur et qui cherchait depuis un bon moment la sortie. S’étant exprimé à bâtons rompus, et constatant que le bruit n’est pas venu seul, il hume bruyamment, avec l’opiniâtreté d’un setter irlandais chassant la grouse et alerte Pinaud du coude :
— Je l’avais dit que les cuisses d’grenouilles d’à midi n’étaient pas franches du collier, déclare Sa Majesté ; t’sais, y z’ont eu beau charger sur l’ail, quand c’est naze c’est naze.
Le léger intermède n’a pas troublé la concentration de notre pensionnaire. Le brave retraité bat le rappel dans sa mémoire. Pour ce faire, il a décroché son dentier, lequel applaudit dans sa bouche à cette semi-libération.
César Pinaud a pris le fauteuil pour s’endormir. J’attends.
Et Vignalet parle.
Que dit cet homme de bien pour qui l’orgasme devient problématique ?
Ceci :
— Je la brossais depuis un bon quart d’heure. Elle m’avait amorcé au départ en me roulant la quéquette entre ses mains à plat, comme une qui aurait confectionné des quenelles. Je la montais sans forcer, car le mérite de Fortuna, appréciable, c’est de ne jamais bousculer le client. Ce que je crains, chez les putes, plus que leur vénalité, c’est leur impatience. La plupart, vous l’aurez remarqué, ne songent qu’à vous expédier, sitôt leur dû perçu. Mais elle, pas : elle a de bonnes façons, polies, quoi ! Donc, je la fourrais à mon train quand je la sens qui tressaille. Etant sur le point d’aboutir, je ne m’intéresse pas à son mouvement. Seulement, elle se met à branler la tête de gauche à droite, comme lorsqu’on est en proie à une forte névralgie. Et puis elle me demande : « — C’est toi qui fais ça ? » Moi, tout ce que je faisais, c’était de lui placer mon petit porte-bonheur.
« Je m’arrête de fourrer pour demander ce qu’elle entendait par là. « — Ces cris », elle demande avec une grimace. « — Je peux pas crier puisque je te cause ! » J’écoute. L’hôtel était silencieux, juste des tintements de sommiers, comme il se doit, et des glouglous de bidets, ce qui allait de soi.
« Fortuna me fait dégager la piste pour s’asseoir. Elle se bouchait les oreilles. Elle suppliait : « — Non ! non ! Arrêtez ! C’est horrible !… »
— Pardon de vous interrompre, cher ami, vous souvenez-vous si la radio marchait dans le secteur ?
— La radio ? Pas du tout. D’ailleurs j’aurais pas pu supporter, elle me coupe les moyens.
— T’es une petite nature, le père ! rigole Béru.
Et de se dégazéifier par le haut. Il évente de la main. S’excuse pour la violence du fumet.
— Les grenouilles. Y z’ont eu beau les faire rissoler, quand t’est-ce elles sont nazes, elles sont nazes. Y z’ont confondu grenouilles et bécasses.
— Ensuite, monsieur Félicien ? l’interrompé-je, cet insane.
— Ensuite, ç’a été de mal en pis ; elle paraissait hallucinée ! Elle criait, annonçait qu’elle voyait des horreurs. J’ai pris peur et je suis allé demander de l’aide, ce faisant je suis tombé sur monsieur qui survenait avec une pute.
Le Gros pousse un barrissement susceptible de faire taire toute la jungle pendant dix minutes.
— Une pute, Mme Bobide ! Dont même la princesse Grasse de Monégasque aura jamais son maintien ! Non, mais faudrait falloir changer d’lunettes, grand-père, t’as du flou dans la rétine ! Une pute ! Cette personne que tu r’prends ton souffle à deux mains avant d’oser lu d’mander un paquet de Gauloises. Vraiment, t’étais court-juté d’première pour infamer d’la sorte une dame d’la bonne Société. A moins qu’tu serais communiss, non ? Merde ! à ton âge, faut pas craindre ! Communiss à septante et des ! Comme Angora, l’ancien poète !
« C’est les méfaits de l’écroulance ou quoi t’est-ce ? »
Effrayé par cette sortie (disons plutôt cette irruption) le brave Féloche part en excuses vibrantes.
Il est interrompu par la venue de Claudette, plus sémillante que toujours, la tétance brandie sous un teeshirt représentant un tigre mordoré en train de feuler comme un con.
— Des messieurs vous demandent, beau commissaire ! roucoule la divine perruche, comme quoi trop de familiarité engendre effectivement le mépris, Félicie a bien raison, et quand tu te laisses turluter le chipolata par une greluse, elle se croit dès lors autorisée à te traiter kif un copain de piscine, comme si tailler une pipe accordait des droits sur le bénéficiaire.
— Faites-les patienter ! gronde l’ours bien léché que je suis.
— Ils disent que c’est urgent.
— Et moi je prétends que ça peut attendre !
— Veux-tu que je vais aller voir ? propose Béru.
— O.K., mais n’accepte aucun engagement ; l’agence va être dissoute dans quelques jours, décision du boss ! On regagne la Grande Crémerie.
Son Altesse sérénissime s’épanouit.
— Bonne nouvelle, Mec. Si tu voudras mon sentiment, la Maison Poupoule m’a toujours manqué, j’aime pas chiquer les amateurs, y m’faut mon con de texte, mes habitudes, tout le chenil.
Il secoue la Pinuche, abîmé en son fauteuil, le menton sur la poitrine.
— Hé ! l’Humide, t’entends ce qu’annonce Tonio ? On retourne au Pébroque Office ! Merde, quel pied ! Va falloir arroser la nouvelle. D’autant qu’avec ces garces de grenouilles j’ai besoin d’un grand calva.
Il sort.
L’air, pour le coup, devient léger et, disons-le, respirable.
— Reprenons, mon cher ami, intimé-je à Féloche.
— Je crois bien vous avoir tout dit, déplore le kroum.
— J’ai des questions complémentaires à vous poser. Par exemple, avez-vous remarqué si Fortuna était munie d’un appareil quelconque, du genre transistor ?
Vignolet secoue sa belle tête de Français en fin de parcours.
— Non, elle avait son sac et, d’après ce que j’ai pu voir quand elle y a glissé sa comptée, il ne contenait pas grand-chose.
— Avant sa crise, vous a-t-elle paru cohérente ?
— Tout à fait. Et même enjouée : elle plaisantait.
— Donc, la chose s’est produite brusquement, sans signes avant-coureurs ?
— Exactement.
En fait de signes avant-coureurs, v’là la Claudette qui se la radine au pas de course au corps, avec un œil au beurre noir, sa coiffure dégaufrée et de l’agonie dans l’intonation.
— Vite, commissaire ! Vite ! Vite, elle halète (avec des loloches comme elle s’en promène, elle pourrait généreusement allaiter).
Du grabuge dans le Landerneau ?
Je bondis, courageusement suivi de Pinuche, pour le coup réveillé. Je traverse le labo où Mathias vient prêter son concours dans les cas chinois, puis le salon d’attente et je parviens à l’orée de mon burlingue, là que se passent des choses assez intéressantes pour être narrées de main de maître (pléonasme, dirait M. Druon, puisque c’est par moi).
Figure-toi Bérurier affalé au milieu de ma belle moquette de couleur pêche (Melba en cette occurrence). Il a la bouille en sang et en mille (ou si tu préfères : « Emil est décent », car je possède toujours des solutions de rechange). Il prend appui sur les pattes de devant pour tenter un redressement encore prématuré. Pitoyable. Tu dirais une otarie qui hurle à la mort après s’être fait coincer le museau entre deux banquises.
Autour de lui c’est la pure désolance. Mes tableaux, mes livres ! O Maman ! Brûlés au lance-flammes. Les visiteurs possédaient une lampe à souder, et ils ont chlagué tout le décor, à grands zigzags destructeurs, ces fumiers. Leur coup de force n’a pas duré plus de quatre minutes. Travail rapide, efficace, de grands professionnels.
Je me penche sur Bérurier, l’aide à se remettre droit, ce dont il, tant mal que bien, embardant entre mes bras d’airain, dodelinant de la hure, saignant, grondant, fluctuant mais sans mergiturer. Infiniment sublime, rocher de Gibraltar fier comme l’Espagne. Toujours « celui-là » quand il n’en reste qu’un.
Je le guide à un fauteuil épargné par le trait impitoyable du lance-flammes. Il s’y bouse, tchloc !
Volant à mon bar mural, j’y cramponne une bouteille de n’importe quoi, que le Gros biberonne à l’emporte-pièce. Son bras retombe, la bouteille roule au sol.
J’examine sa pauvre frite saccagée. Il a morflé une sacrée potion contondante dans les gencives, l’amour. En biais. Le v’là barré comme le « L » de la lire italoche. Une arcade sautée, le nez cassé, la bouche fendue, la pommette entamée. J’ose pas toucher, tout juste regarder. C’est pas le genre de plaie pour laquelle tu proposes simplement ton mouchoir à l’intéressé. Yayaïe ! comme disent les hawaïens qui font une grande consommation de « ï ». C’est l’hosto. Faut recoudre (moudre, absoudre).
Retour prudent de la môme Claudette ultra-furax car elle s’est arrêtée dans une glace qui, sans réfléchir, lui a renvoyé son image.
Elle glapit qu’elle est secrétaire, pas femme soldat. Chargée de prendre du courrier, pas des coups de goum. Tout ça !
Pinaud annonce qu’il va chercher sa tire au parkinge afin d’évacuer le Gros. Rendez-vous devant l’immeuble dans dix minutes. Je devrais tuber à une clinique dans l’intervalle.
Tu juges de la confusion, jolie lectrice à la chatte délectable ? Tout le monde dit ce qu’il a à dire sans écouter les autres, comme toujours : Babel ! Et même Babel-Oued.
— Stoooop ! tonné-je soudain.
Et à Claudette :
— Raconte, connasse !
Il est rare que je tutoie le personnel, et à plus costaude raison, l’affuble de sobriquets familiers mais l’heure est intense, la situation d’importance et ma patience tabou.
Ainsi interpellée, Claudette remise ses récriminances et cohère enfin.
— Trois types se sont présentés, qui vous ont demandé.
— C’était quoi, ces mecs ?
— Bien mis, plutôt graves. Un seul a parlé, le plus âgé : tempes grises, pelisse, cravate, les deux autres auraient pu être ses fils. Ils portaient à l’épaule des sacs avion, de la British Airways m’a-t-il semblé.
— After ?
— Suivant le principe, j’ai répondu que vous n’étiez probablement pas là, mais que j’allais m’informer, et de quoi s’agissait-il. Le type a répondu que c’était grave et personnel. Je vous ai prévenu, vous m’avez envoyée au bain, le Gros s’est pointé, la gueule enfarinée, en disant qu’il vous remplaçait. L’homme aux tempes grises a dit : « Eh bien puisque vous remplacez M. San-Antonio vous ferez l’affaire. » L’un des deux jeunes s’est avancé. Il tenait une espèce de matraque à la main. Mais qui n’était pas en caoutchouc ! Du fer forgé avec une boule de plomb à son extrémité. Il a abattu Béru d’un seul coup.
Le Mastar gargouille. On tend l’oreille.
— Que dis-tu, mon biquet ?
Il s’efforce d’articuler la singulière phrase suivante, à l’imparfait du subjonctif vertigineux.
— Il aura fallu que je déchusse !
— Que racontes-tu, mon bébé rose ?
— Je me suis méfiée de rien car, comme dit Valéry, je résiste à croire à ces attractions mystérieuses de la prémonition. Ils eurent beau jeu de me frapper !
— Laisse, on va te conduire à l’hosto où on colmatera tes brèches. Ne t’agite pas. Ensuite, Claudette ?
— Ensuite, j’ai vu que le plus âgé me menaçait d’un pistolet à silencieux. Les deux autres ont sorti de gros engins de leurs sacs et se sont mis à saccager votre bureau en un clin d’œil. Seigneur, quelle désolation !
— Et puis ?
— Et puis ils sont partis. Mais avant de sortir, comme je leur criais « Salauds ! », l’un des deux jeunes m’a donné un coup de poing en pleine figure qui m’a presque mise K.O.
— Ces messieurs n’ont rien dit ?
— Non, rien d’autre.
— Ils n’ont pas donné d’explication, ni laissé de message ?
— Rien, vous dis-je !
— Bon, je vais faire réparer Béru. Fermez la porte, mettez le verrou, débranchez la sonnette et occupez-vous de l’installation du vieux. Ensuite, à tête reposée, appliquez-vous à dresser un signalement très complet des trois personnages. Notez tout ce qui vous passera par l’esprit à leur propos, placez le téléphone sur le répondeur et attendez mon retour, j’ai la clé, donc n’ouvrez à personne !
— C’est gai ! renaude la donzelle.
— C’est quand même plus marrant que de travailler chez un notaire, non ?
— Chez un notaire, les clients ne tuent pas les secrétaires. Avec tout ça, qu’est-ce que je dois mettre sur mon œil ?
— Des lunettes de soleil, ma chérie.
— Gros malin ! Sans charre, c’est quoi, le traitement ?
— Huit jours de patience pendant lesquels on jure aux amis qu’on s’est cogné contre la portière de sa voiture. Tu viens, mon joli Béru ?