Deux heures plus tard, je retrouve Mathias à la Cabane Bambou, pour la grande mise au point. J’ai sous le bras un quelque chose que je soumets à sa sagacité et il se fout au charbon. Auparavant, il m’a rapporté la visite qu’il a rendue au duc de Sanfoyniloix. Moi, franchement, je la trouve excrément positive (comme dit Béru). Assis dans mon burlingue, les pinceaux sur mon sous-main afin de ne pas abîmer mes chaussures, je cogite. Jeu de construction mental. Peut-être qu’avec un crayon et du papier ça se constituerait plus zézaiement, mais j’ai envie de laisser libre cours à mon imaginance : c’est plus confortable.
Je vois, entrevois, subodore, concocte dans un flou somptueux. Et puis, boum ! Tout se met en place. Alors je tube aux hôpitaux où sont répartis la pauvre môme Laure et mon vaillant Jérémie. Le médecin-chef qui s’occupe de la première me dit que son état est stationnaire. Certes, elle s’en tirera, mais le traumatisme subi sera dur dur à surmonter. Quant à ses mutilations du visage, elles nécessiteront l’intervention d’un spécialiste en chirurgie esthétique. Le toubib de Jérémie me rassure pleinement sur l’état de santé du Noirpiot. Demain, selon lui, il devrait s’être récupéré.
Miguel a le regard en guidon de course. M’est avis qu’il a dû, après mon départ, faire une séance mémorable de trot attelé à sa Conchita de rêve. Elle a sûrement eu droit au grand jeu, quand on reluque son jules avec une frime pareillement sinistrée ! Le « picador de Séville » ! La « charrette andalouse » ! La « passe de muletta cochonne » ! La « banderille en nerf de bœuf » ! L’« embrochage sauvage » ! Et, pour conclure, la « pavane pour une infante défunte » (mais prête à renaître de ses sens).
Il a un sourire craintif en me voyant dans l’encadrement de la lourde. Redoute que je fasse une alluse à ma nocturne visite. Sait-on jamais, avec ces fumiers de flics ? Il tremble un peu de la glotte et son auriculaire droit à un tic qui lui fait grattouiller le fessier de son propriétaire.
— Monseigneur le duc m’attend, préviens-je avec une emphase qui le rassure.
Il me guide.
Tombant de l’étage, on entend la voix de store (Béru dixit) de la dusèche qui chante à pleins nichons Les Millions d’Arlequin.
Je retrouve le salon Louis Chose, ses Fragonard et ses incunables reliés en peau de moine, son feu de cheminée, son duc emmitouflé avec un plaid sur les genoux et son toutou nain quelque part dans un repli.
— Quel bon vent, cher commissaire ? Depuis hier je pensais à vous avec insistance, me demandant si vous m’aviez oublié.
— Comment pouvez-vous avoir de telles pensées, monseigneur, alors que tout mon temps vous est consacré !
— Votre enquête a avancé ?
— J’oserais même prétendre qu’elle a abouti.
Son regard enfoncé brille soudain d’un feu étrange venu d’ailleurs. Ses rides deviennent bourrelets autour des yeux. Sa bouche aux lèvres extra-minces ressemble à une entaille dans une calebasse.
Je prends, dans mon attaché-case de cérémonie, un porte-documents Louis Vuitton.
— C’est bien cela que vous teniez tant à récupérer, monseigneur ?
Sa main décharnée tremble. Il l’avance, telle une patte de rapace jusqu’à la pochette de cuir, s’en saisit avec une brusquerie incontrôlée. J’observe attentivement ses moindres réactions. Il pose l’objet sur son plaid et, du bout des doigts, se met à le caresser, comme un aveugle déchiffrant un texte en braille.
— Oui, balbutie-t-il ; oui, oui, c’est tout à fait cela.
Soudain, ne se contenant plus, il appelle :
— Catheriiiine !
Il jubile, le vioque. Ses paupières clignotent dans son masque cireux. Il murmure :
— Commissaire, je tiens à récompenser votre exploit, car c’en est un. Vous m’avez dit ne pas vouloir d’argent, alors laissez-moi vous faire un cadeau en nature. Qu’est-ce qui vous plairait ? Une automobile ? Une Testa Rossa, par exemple ? C’est de votre âge. Ou bien un studio dans un immeuble résidentiel ? Peut-être préféreriez-vous que je vous fasse organiser une croisière autour du monde pour deux personnes ?
— Merci pour votre générosité, monsieur le duc, l’intention vaut l’action. Mais je n’accepterai rien.
Là-dessus, entrée de l’ogresse. Elle porte un tailleur Chanel qui fait ressortir son embonpoint tellement il est tendu à craquer ! C’est plus pour elle, ces toilettes de classe. Mais le furent-elles jamais ? Une virago en Chanel, c’est anachronique, non ?
— Oh ! le beau ténébreux à la belle bite est parmi nous ! exulte-t-elle. Vous savez, vieux chéri, qu’il possède une queue superbe et délicieuse, ce gentil poulet ? J’ai eu le bonheur de la lui pomper en rentrant de Genève et me suis ré-ga-lée !
Mais pépère, il n’en a cure des pipes de sa duchesse. Triomphalement, il brandit le porte-documents.
— Regardez !
La Gravosse déterge ses prunelles.
— Non ! Je rêve ? Votre serviette ! C’est la bonne, vous êtes sûr ?
— Certain.
— Vous pouvez toucher les « L » de la diagonale, laissé-je tomber, ils sont réglos !
Là, il s’assombrit, le duc. Prend ma phrase, innocemment lâchée, en plein dans le blason.
Tout souriant, je poursuis :
— Je suis un véritable appareil enregistreur, monseigneur. Lors du coup de fil que je vous ai donné, depuis Genève, comme je vous parlais de cette serviette Vuitton, vous avez rectifié et repris : « Louis, Vuitton. » Par la suite, ce maigre détail qui pouvait passer pour une maniaquerie de vieillard tatillon, m’est revenu en tête. Je me suis dit que vous m’aviez repris juste pour votre confort d’esprit, parce que, dans ce porte-documents, c’est le « L » de Louis qui importe.
Son regard enchâssé au fond de ses orbites acquiert en densité. Il devient compact comme deux morceaux de métal dur.
La mère Catherine émet un rire qui fait trembiller son excédent de graisse.
— Il est pas con, hein ? lance-t-elle au mathusala.
Le bichon maltais, réveillé en sursaut, sort du plaid et s’ébroue en tirant un petit bout de langue rose. Le duc caresse l’animal, pensif. Le silence qui succède fait sur les nerfs l’effet d’une vrille silencieuse.
— Envoyez donc Miguel en courses, Catherine ! ordonne de Sanfoyniloix.
— Tiens, noté-je, tandis que la dusèche exit, votre Espagnol est donc étranger à vos manigances ?
Le duc pousse un léger soupir et dépose le porte-documents sur un guéridon, près de son fauteuil.
— Je ne comprends rien à ce que vous dites, commissaire. Pourriez-vous vous montrer plus clair ?
— Ah ! mon cher duc, est-ce bien nécessaire ? Clairs, les magistrats le seront aux assises.
La mère dusèche se repointe, tenant une corbeille d’osier pleine de biscuits.
— Que diriez-vous d’une petite collation, poulet d’amour ?
Elle me présente le panier garni de dentelle froufrou.
— Des Huntley-Palmer ! m’écrié-je. On voit, à ce genre de détails, qu’on est dans une bonne maison, car ce sont les meilleurs biscuits du monde ! Après la pénicilline, c’est ce que les Anglais ont fait de mieux.
Elle s’irradie (rose).
— Vous vous rendez compte, Maxoche, comme ce garçon est cultivé ! Il sait ce que c’est que des Huntley-Palmer.
— Il sait beaucoup d’autres choses encore, fait le duc de sa voix éraillée. Peut-être même en sait-il trop ?
— Vous pensez ? grogne la Gravosse.
— Hélas, oui, confirme le mathusala, beaucoup trop !
La chère femme me toise, puis se remet à sourire. Elle tient toujours la corbeille de biscuits mais, de sa main libre, me caresse la protubérance. Moi, flegmo, je grignote les savoureux Huntley-Palmer. Je sais bien qu’à cette période-là du match, il va se passer quelque chose. Je me sens relaxe, bénaise. Un vraie partie de campagne !
— Et que sait-il de trop ? fait Catherine en empoignant gentiment ma membrane à emballage rétractable.
Dis, elle va pas me dégainer Popaul devant son vieux !
— Hein, Bijou ? m’affronte-t-elle. Qu’est-ce que tu sais de trop ? Tu veux pas le dire à ta bonne suceuse de tatie Catherine ?
— Mais si, m’dame, j’vais y dire ! bêtifié-je (non sans mal).
— Eh bien ! vas-y ! Prends un autre biscuit, puisque tu les aimes.
J’obéis.
— Délicieux ! assuré-je. Ces cons d’Anglais qui ne savent pas cuisiner excellent dans les trucs marginaux comme les pickles, le chutney, les biscuits et autres conneries comestibles.
— Tais-toi, et parle ! gronde tout à coup l’Ogresse.
— Superbe réplique ! applaudis-je. Ce que je sais ? Eh bien, par exemple, je sais ce que contiennent les « L » de la diagonale.
— Dis-le !
— Se trouvent gravées à l’intérieur du cuir des formules permettant l’ouverture de coffres spéciaux. Il suffit de découper chaque « L » concerné à l’aide d’une lame de rasoir, puis qu’une fois introduit dans un compartiment du coffre auquel il est destiné, la serrure dudit fonctionne. Ces coffres sont disséminés en Suisse, France, Angleterre, Etats-Unis. Si je me goure, vous m’arrêtez.
Et, mutin, je reprends un biscuit.
Ils ont beau lutter, leurs deux frites sont consternantes ! Le vieux, surtout, paraît aux limites de l’évanouissement.
— Je sais également, fais-je, que votre cher Hieronymus est parvenu à vous voler cette précieuse serviette. Comment ? Ça je l’ignore encore, mais je présume qu’il en a fait exécuter une autre et l’a substituée à celle-là. Vous aiderez plus tard le juge d’instruction à préciser ces détails, car je suppose que vous avez eu le temps de vous faire une idée sur la question.
Tu sais qu’il fait un temps superbe, aujourd’hui ? Le ciel est dégagé et le soleil met le paquet pour tenter de faire croire aux hommes que le printemps est là.
Je poursuis :
— J’ignore si Hieronymus vous a volé avant que vous n’ayez décidé de le faire disparaître, ou après, mais quelle importance ? Un jour, après avoir été votre complice, ce vilain coco a voulu vous faire chanter. Votre décision a été prompte : il devait mourir. Mais attention : mourir accidentellement ! Pour cela il vous fallait des spécialistes de haut niveau. Mémère en a parlé à Baugland dont elle connaissait le passé orageux et, effectivement, le digne tondeur de caniches avait de la main-d’œuvre à vous proposer, en l’occurrence un bon aminche à lui, Milou Tanvala, exilé aux States où il était l’assistant d’un tueur à gages réputé : le sieur Kipper Gahgne. C’est pas son vrai blase, mais j’ignore encore le véritable. Vous savez, notre métier est tout en tâtonnements. On remplit des blancs au fur et à mesure de nos découvertes, mais il en subsiste toujours. Nobody is perfect !
Sanfoyniloix hausse les épaules en maugréant des choses indistinctes. Catherine s’est assise sur le bras d’un autre fauteuil et tient sa corbeille de savoureux biscuits sur ses gros genoux de lavandière.
— Tu as tout dit, petit flic ? me lance-t-elle.
— Pensez-vous !
— Ben alors, continue !
— Je fatigue ! A quoi bon raconter une histoire à ceux qui l’ont inventée ?
— Y a la manière de présenter ta version. J’aime bien t’entendre, tu as du style !
— Un peu à vous, darling. Mon copain noir que vous avez estourbi, drogué et planqué dans votre studio des délices, rue de la Pompe, comment l’avez-vous neutralisé ?
La grosse se tourne vers son duc.
— Tu te rends compte s’il est fouille-merde, ce con ? rouscaille-t-elle.
— Tiens ! Vous tutoyez votre noble époux, maintenant ?
Prise d’un accès de rage subit, elle me balance les biscuits à travers la gueule, non sans avoir prélevé auparavant dans la corbeille le Luger dissimulé sous les friandises.
— Calmos, poulet de mes fesses ! Continue de nous affranchir sur tes connaissances !
— Mais tout ce qu’il y a de volontiers, dusèche ! Au moment où les deux tueurs ont déclenché leur offensive contre Hieronymus, je suppose que vous ne saviez pas encore que ce dernier voyageait avec le porte-documents. Là vous devrez à nouveau remplir les blancs dont je parle, monseigneur de mes deux ! Quand vous avez réalisé la chose, vous avez été atterré, marquis ! Tout le but de l’opération réduit à néant ! Vite, vous avez contacté les deux zozos, mais votre excitation leur a donné à réfléchir et ils ont assuré n’avoir pas vu de pochette Vuitton dans la Mercedes. Ils avaient, assuraient-ils, trouvé une chemise avec les documents que Hieronymus allait négocier en Suisse, mais rien d’autre. Vous ne les avez pas crus. Votre espoir reposait sur leur ignorance de ce que représentait la serviette. Vous vous êtes dit qu’ils la conserveraient et que, un jour ou l’autre, vous l’échangeraient contre un paquet de pognon, à moins, bien sûr, qu’ils n’arrivent à en percer la signification, mais ça restait hypothétique.
« Le hic, c’est que vous êtes pressé, et vous avez une bonne raison à cela. Le soir où vous m’avez reconnu chez Lasserre, vous avez décidé de jouer votre va-tout en « m’engageant ». Ma réputation plaidait pour, mais je constituais une arme à double tranchant. J’étais l’homme capable de retrouver la serviette, dont acte ; mais j’étais aussi celui qui pouvait aller plus loin. Et je suis allé plus loin, monsieur le comte ! Ce n’était pas le jeu à qui perd gagne mais à qui gagne perd. N’est-ce pas, baron ? Par votre faute ! Vous avez déclenché la foudre à deux reprises. Une première fois en voulant faire liquider Van Bytoun par des tueurs professionnels, une seconde fois en me chargeant de récupérer ce que ces deux loustics ne voulaient pas vous rendre.
« On voit que vous êtes amateur, chevalier. Entre des bandits et la police, comment auriez-vous pu tirer votre épingle du jeu ?
« Le gars Hieronymus vous contrôlait, mine de rien, en vous mettant Victoria de Tramontane dans les bras. Le grand amour, cher Papi ! Une jouvencelle si pure, si tendre et qui suce à la perfection ! »
— Qu’est-ce qu’il raconte ? interrompt Catherine de Sanfoyniloix.
— Rien de sérieux, ma chérie !
Je souris à la grosse.
— Jalouse ! Une paillasse comme vous ! On aura tout vu…
Elle a du mal à se contenir (elle est si abondante !). Elle y parvient cependant. J’en profite pour continuer :
— Son frère, soit dit en passant, a, sans le vouloir, contribué à votre perte. Il a pris un repas à la Lanterne Sourde, un bistrot que fréquentait Baugland, votre pourvoyeur en hommes de main, en compagnie justement d’un des tueurs. Je suppose que ce dernier, au moment où il préparait la mort de Hieronymus, se renseignait sur les habitudes les plus intimes de celui-ci pour savoir quand et comment frapper. Il a traité le minet du Hollandais dans le restau du tondeur de chiens où tout ce joli peuple, la duchesse en tête, galimafrait. Cul et chemise !
Je souris et répète, comme au cours de la nuit, à proximité de leur hôtel particulier :
— Cul et chemise !
Ça me plaît. Un jour je t’en intitulerai un commak. Quoique le mot « cul » sur une couverture, ils vont encore gueuler au charron, comme quoi mal j’embouche, suis une abject ceci-cela, un grossier personnage ! Enfin je verrai. Question de moment, toujours. D’opportunité. Comme avec les frangines : elles ont leurs requins ou pas. Le bonheur dépend de si peu de chose. Faut pas glapir, mais accepter. Quelle importance, puisque rien ne dure ?
Je leur souris triste.
— L’impasse, fais-je. Vous avez l’immensité du magot sous la main avec ce porte-documents truqué ; seulement comme vous êtes des criminels et moi un flic, vous n’allez pas pouvoir vous l’approprier. Dilemme ! Seule solution : me faire disparaître. Mais tuer un commissaire, c’est coton.
Le duc de Sanfoyniloix hoche la tête.
— Commissaire, remettez-moi votre pistolet, je vous prie.
— Quelle drôle d’idée ! On ne demande jamais ça à un flic, c’est impoli.
Il tend sa main fripée.
— Si vous ne me le donnez pas, Catherine va vous mettre une balle dans la tête. D’accord, Catherine ?
— D’accord ! répond-elle avec sérieux.
Et tu sais pas ? Voilà que je me sens tout chosebizarre. Pour la simple raison que je connais bien les individus et que je sais qu’ils vont faire ce qu’ils promettent. Ils vont le faire posément, naturellement !
Je tire mon copain Tu-tues.
— Non, non ! Tenez-le par le canon ! ordonne le duc et présentez-le-moi par la crosse. Tu es prête, Cathy ?
— Ne t’occupe !
Vaincu, j’obéis. Sa Seigneurerie s’empare de ma rapière, l’assure dans sa main. Et soudain, il a un geste d’une rare promptitude et tire dans la tête de Catherine. Elle morfle dans l’œil droit et s’abat, foudroyée. Sanfoyniloix bondit alors de son fauteuil et se jette à genoux pour ramasser l’arme qu’elle vient de lâcher.
En un éclair, j’ai tout pigé. Il va me tuer avec le flingue de la gosse. Ainsi pourrait-il faire porter le bada à son épouse de carnaval, à sa poissonnière. Version ? Elle m’a braqué, j’ai riposté, les deux coups de feu ont claqué. Deux morts ! De profundis pour le commissaire et la dusèche-cantinière ! Le noble duc s’en tirera avec l’émotion générale et les condoléances du président de la République. Chapeau !
Qu’heureusement saint Antoine de Padoue, mon vénéré patron, me permet de trouver ce que Mathias, sur ma demande, a planqué entre le siège et le dossier de mon fauteuil : à savoir un flingue suédois extra-plat. Déjà, quand le duc a jailli de son fauteuil, je l’avais en pogne. Alors tu parles que j’attends plus.
Poum ! Une première bastos dans son épaule pour stopper son geste.
Poum ! Une seconde dans sa main pour lui faire lâcher l’arme.
Maximilien de Sanfoyniloix pousse un double cri (ou deux cris, au choix) et grimace en découvrant sa dextre déchiquetée.
Je souffle sur le canon fumant, façon western.
— Celle que j’admire le plus, parmi toutes les inventions de votre… groupe, monseigneur, c’est la paraffine expansée moléculaire à fourbi compressible. Une merveille ! Ainsi, votre masque, si j’ose user d’un mot aussi pitoyable pour qualifier un tel chef-d’œuvre, va ouvrir d’immenses perspectives au cinéma, voire également dans le domaine de l’espionnage.
Je me penche sur lui, plonge la main dans son col de chemise trop lâche de l’arrière et enfonce mes ongles dans sa peau de reptile. Je tire. Et, tout comme un reptile, il opère sa mue. Me voilà avec, dans la main, une sorte de gigantesque capote anglaise qui ressemble vaguement au duc. Un duc dégonflé, pendouilleux !
A la place du visage de naguère, se trouve le sémillant séducteur de Victoria de Tramontane ; celui qui fumait un cigare en se faisant fumer le sien.
— T’es quand même plus beau comme ça, lui dis-je. T’avais une sale gueule en hareng saur !