CAPITULO TRES

La Calle Alonso Boxif est une petite artère située en plein centre-ville. Elle est légèrement en pente et des antiquaires qui méritent davantage le nom de brocanteurs s’y succèdent. Rien de très convoitisable dans leurs vitrines. L’Uruguay est de ces pays dont le passé a commencé tard. On y trouve une merderie sans grand intérêt. Cela va du bijou en toc au jouet de fer peint début de siècle, en passant par des chromos que ta concierge refuserait pour orner sa loge. Un couteau, une montre de gousset en nickel piqueté y font figure de pièces rares.

Je cherche le 28 et parviens devant une boutique de souvenirs invétustes. J’ai du mal à imaginer que des agents secrets (ou assimilés) puissent avoir comme P.C. un lien d’une telle banalité.

Malgré tout, je pénètre dans le magasin. Un poste de radio diffuse une jactance sud-américaine qui semble s’être emballée. Ça te fait comme quand tu rembobines une bande de magnéto. Ce qui en sort ressemble soit à cet espéranto utopique auquel crurent, avant la guerre, quelques allumés de la matière grise, soit à la jacte d’un perroquet qui s’exprimerait en sanscrit sinapisé.

Un instant s’écoule avant que je ne découvre un vieux gus maigre, à poils blancs inrasés, affalé dans un fauteuil d’osier que les brocanteurs de sa rue doivent guigner avec cupidité.

Je le salue aimablement et, sans attendre, lui demande s’il a des améthystes à vendre.

Il me répond que pas.

Je déclare alors au vieillard que je suis amateur de cette pierre et que s’il peut m’adresser à quelqu’un susceptible d’en fournir une quantité estimable, je lui en saurai gré.

— Vous êtes français ? interroge ce noble vieillard.

— De Paris, lui précisé-je.

Il me dit alors de lui donner mon adresse, qu’il réfléchira à la question et me fournira une réponse dans les meilleurs délais.

Voilà, c’est tout. Je retrouve le soleil dont on ne dirait guère qu’il est en cours de refroidissement depuis des millions d’années et, en homme organisé, passe à l’ombre.

Petit tour de ville. Pas de quoi se mettre la queue en trompette. Trop d’Européens ont investi ce pays pour qu’il soit réellement exotique. Des immeubles modernes avec, çà et là, des vestiges espanches. Il est clair que les Uruguayens se soucient davantage du présent que du passé ; ils produisent de la barbaque et des cuirs, des céréales aussi, cela suffit à leur prospérité. Moi qui raffole des patelins clitoresques (dit le Gravos), je me trouve un peu juste de folklo. Mais comme ce n’est pas le tourisme qui m’amène, je n’ai aucune réclamation particulière à déposer au syndicat d’initiative.

Après un moment d’errance à travers la ville, je rallie notre hôtel. Le voyage pèse un brin sur mes paupières et cotonne mes muscles.


Dans sa turne de luxe, monseigneur Gras-double en concasse. Faudrait l’opérer des végétations, il me semble. En voilà un qui sait comme personne utiliser ses moindres orifices pour exploiter les sonorités de son corps, lequel constitue un orchestre à lui tout seul.

Je lui souris à blanc et gagne ma piaule, située au même étage.

Vue sur le Rio de la Plata, de plus en plus couleur chocolat et qui ressemble à quelque monstrueuse diarrhée.

Avec une application de petite femme d’intérieur, je défais ma valoche et range mes harnais dans la penderie. Lorsque cette opération est achevée, je me déloque et m’étends nu sur le grand lit matrimonial.

Ma fatigue est de plus en plus pressante. La preuve en est que je bande comme un mât de misaine. Dommage de laisser pareille érection inemployée. Quand tu penses au nombre de moudus qui sont prêts à aller à Lourdes à pied pour demander à la Vierge de leur accorder une seule triquerie de cette magnitude dans leur vie ! Le Seigneur me choie, y a pas. J’ai pas honte de Lui rendre grâce.

Je glisse dans un sommeil que d’aucuns prétendraient réparateur. Le zonzon du climatiseur me restitue l’impression de l’avion. Je fonce à travers les nues. Tout est doux, flou, bleuté.

Rêvé-je ? Il se peut. N’en conserve pas la moindre conscience. Duraille d’évaluer mon temps de no man’s land. Un cerf-volant qui sarabande dans du bleu…


Pourquoi, au bout d’un moment difficilement évaluable, ma félicité est-elle gentiment rompue ?

Je bâille, ouvre un œil ou deux ; j’ai pas pris garde.

Sursaut du poulardin !

Je découvre, en contre-jour, une silhouette dans le fauteuil qui fait face à la baie vitrée.

Elle me tourne le dos.

Je rassemble mes facultés usuelles.

— C’est à quel sujet ? que je demande.

L’occupant du fauteuil pivote.

Une femme. Et pas dégueu, ça saute aux yeux en attendant mieux.

À cet instant, deux choses me frappent : je suis nu et toujours dans un état d’érection avancé. Mon guignolo, tu croirais un pylône à haute tension dans un champ beauceron. La dame ne peut se retenir de le reluquer, un peu comme tu contemples l’amphithéâtre de Delphes lorsque tu te trouves tout en haut des gradins.

Pour souscrire à la plus élémentaire pudeur, j’empare un oreiller pour m’en faire un cache-sexe.

— Dommage ! murmure la personne dans un anglais irréprochable.

— Ce n’est qu’un au revoir, la rassuré-je. Il faut bien se soumettre à la décence, parfois.

Elle quitte le fauteuil pour s’approcher de moi. C’est un petit sèvres blond, d’un mètre cinquante-huit, avec des yeux tellement bleus qu’un ciel d’été ressemblerait à un champ d’épandage, en comparaison. Comme beaucoup de filles de petite taille, elle coltine un bustier rempli de bonnes choses. Son sourire se pare de deux fossettes irrésistibles et montre des dents briquées plus blanches que blanc.

Je la hume à deux mètres.

— Arpège, de Lanvin ! dis-je.

Elle est estomaquée :

— Vous, alors, vous n’êtes pas français pour rien !

— Il faut bien que nous présentions quelques avantages. On ne peut se contenter de posséder la meilleure cuisine, les meilleurs vins et les meilleurs coïts de la Création, ça ne nous suffirait pas à établir la différence. C’est comment votre nom, déjà ?

— Pamela Right.

— Je prends. Vous savez le mien, je suppose ?

— Oui, mister San-Antonio.

— Vous avez l’habitude d’entrer chez les gens sans vous faire annoncer ?

— Quand la prudence l’exige.

— C’est sir Raidcomebar qui vous envoie ?

— En effet. Mais il serait préférable de ne pas prononcer de noms.

— Je connais le vocabulaire sourd-muet. Si vous le comprenez, nous pourrons nous exprimer avec une plus grande sécurité.

Elle sourit sans se faire prier. M’est avis que je ne lui déplais pas. Puis, tout à fait sérieuse, voire tendue, elle déclare :

— Cette affaire est peu banale et je sens qu’elle va nous ménager d’énormes surprises.

— Vraiment ?

Elle retourne au fauteuil où elle attendait mon réveil et prend un journal dans son sac de plage.

— Vous n’avez pas eu le temps de lire les journaux ?

— Vous savez, la presse uruguayenne n’a jamais été ma tasse de thé !

Je cramponne son baveux et la photo du « gars » me saute au visage comme un coup de soleil en plein Sahara.

— Je le reconnais un tout petit peu mieux là-dessus que sur les clichés qui me furent montrés, assuré-je. Qui a fait publier ce papier ?

— Officiellement, la Police ; en réalité, celle-ci ne serait pour rien dans la diffusion de cet article. Il semblerait que quelqu’un ait voulu alerter notre client. N’ayant pas la possibilité de le joindre, il aurait usé de ce procédé…

— Voilà qui nous coupe l’herbe sous le pied, grommelé-je. Quel gâchis ! En découvrant cela dans les kiosques à journaux de la ville, le gaillard s’est empressé de prendre la tangente…

— Peut-être pas, murmure Pamela. Cette photo excite la population. Pendant quelques jours, tout un chacun va tenter de repérer l’outlaw ; se montrer dans des lieux tels que gares ou aéroports, sans parler du port, serait imprudent.

C’est pas idiot, ce qu’elle dit. Elle a certes un petit crâne proportionné à sa taille, mais il y a de la marchandise à phosphorer dedans.

— Y a-t-il un moyen de découvrir l’auteur de cet article ?

— Difficile. Le rédacteur en chef de l’El Dia a eu une communication de l’hôtel de police pour lui annoncer qu’il allait recevoir par coursier cet avis de recherche. Il l’a publié sans la moindre arrière-pensée car il lui arrive fréquemment de coopérer avec les flics.

Un instant s’écoule. Pamela a déposé son brin de cul sur le couvre-lit. Elle reste grave, voire d’une grande soucieusité.

J’ôte l’oreiller-cache-sexe, histoire de vérifier dans quelles dispositions paranormales se trouve mon périscope. Eh bien ! figure-toi qu’il est resté au garde-à-vous, le bougre ! Chibre racé, nerveux. La jugulaire de service bien assurée pour tenir son casque romain d’équerre. Il a du muscle, mon muscle. Les dames me l’assurent appétissant ; mieux : me le prouvent ! Pamela en est distraite de ses contrariétés professionnelles.

— Ne croyez-vous pas que nous devrions mettre à profit les bonnes dispositions de ce membre pour mieux nous connaître ? fais-je.

Elle a une expression de vif regret.

— Navrée, mais je suis empêchée présentement.

Moi, rien qui me foute plus en pétard que la ragnasserie d’une gonzesse que je convoite. Je considère la chose comme une monstrueuse trahison, et si je ne me retenais, lui baignerais le museau pour lui apprendre à être étanche, bordel ! N’illico, je me crispe, adopte la mine compassée d’un paon qui vient de se faire traiter d’oie.

— N’en parlons plus ! grogné-je, sincère.

Qu’elle aille se faire voir par les Grecs, la mère Tampax ; pour eux, la vente continue pendant les travaux.

Je saute du lit, puis dans mon caleçon affriolant. À poil au lit en présence d’une gerce, ça va. Mais debout, t’as l’air tout de suite d’un minable, avec ta chopine qui dodeline, les poils de ton cul hirsutes et tes bras ballants de chimpanzé désoeuvré.

Je délourde le bar de la chambre.

— On boit ? je lui demande.

— Un petit whisky sec.

Je la sers, hésite et finis par m’octroyer un Campari-rhum blanc.

Nantis, nous nous asseyons face à face dans deux fauteuils qui ressemblent à des barques échouées à marée basse.

— Puisqu’on ne fait pas l’amour, on peut du moins causer, je remarque.

— C’est évident, elle convient.

— Parfait. Avant tout, j’aimerais dissiper un doute, chère Pamela. Il concerne ma venue dans cette affaire. Depuis la visite que m’a rendue votre boss, avec sa belle chevelure de carton et ses dents aurifiées, plus je réfléchis au prétexte flatteur qu’il a invoqué, comme quoi je suis le seul flic de la Création à avoir vu votre client, plus son argument me paraît léger. Alors, maintenant que je suis à pied d’œuvre, il va falloir me sortir une meilleure raison, ma biche ; une plausible pour policier expérimenté, et pas un argument à l’usage des glandus qui achètent des talismans de fête foraine en espérant obtenir amour, gloire et richesse.

Ses cils battent un brin. Tiens, elle n’est pas si aguerrie que ça, la mauviette. Suffit de hausser le ton pour la désarçonner.

— Je ne comprends pas, assure-t-elle du mieux qu’elle le peut.

Je ris vilain. Sarcastique est en dessous de la vérité. Mon regard doit se faire terrible.

Lors, la porte s’open et le Mammouth déboule dans mon espace vital ; accoutré comme y a que lui à pouvoir, écrirait M. Simon, l’écrivain sans point virgule de la littérature plus ou moins française de ces temps derniers.

Il s’est vêtu à la hâte, sans avoir totalement récupéré ce qu’on pourrait, par excès, appeler ses facultés mentales (et lamentables). Ne porte dans sa partie supérieure qu’un gilet noir, verdi sous les aisselles, et dans ses soubassements, une chaussette blanche et une chaussette marron, tenues l’une et l’autre grâce à cet accessoire, obsolète depuis Feydeau, qu’on nommait « fixe-chaussette ».

Son nestor de 41 centimètres hors tout brimbale au rythme de sa marche plantigradeuse. L’objet présente un indéniable intérêt scientifique et je prie parfois le Seigneur pour que son possesseur ne périsse pas dans un naufrage ou un incendie, afin qu’il finisse dans un bocal de formol du musée de l’Homme, comme l’a prévu par testament son heureux propriétaire.

Ma « correspondante » britannouille de mes chères niques a émis une exclamation en découvrant le phénomène. Phlegmon anglais mon zob, comme dit le bénéficiaire d’un tel membre (actif). Elle est sidérée, pétrifiée, abasourdie, prise au dépourvu. Quant tu ne t’y attends pas, ça interpelle tout ton conscient, tout ton inconscient, et également ton subconscient. Ça te déshydrate. Tu pantelles de l’intérieur. Alors tu regardes, puis regardes encore. Tu cherches à comprendre. Tu hypothèses sur le devenir d’un tel braque lorsque le désir l’empare. Une notion d’impossibilité (surtout quand tu appartiens au sexe opposé) te frappe, peur et obscure convoitise confluent.

— Je vous présente Alexandre-Benoît Bérurier, mon collaborateur !

Tu sais quoi ?

Britiche coûte que coûte, elle trouve le moyen de proférer un « Hello » pareil au râle d’un diplodocus à l’agonie.

— Voici miss Pamela Right ! complété-je pour Sa Seigneurie excrémentielle.

Messire Toutempaf s’approche et tend son petit doigt à l’Anglaise d’un geste rond et fort civil.

— J’v’ présente pas la paluche entière, miss Mademoiselle, s’excuse l’homme du monde. Par advertance j’ai bédolé dans l’ bidet au lieu du gogue et j’ vous raconte pas c’ bonheur qui s’est suivi pou’ r’faire un brin d’ ménage. Mon angine couenneuse dont d’ laquelle j’ souff’ m’interdictionne d’ faire des blablutions, c’est pourquoive j’ sus p’t’ ête pas aussi cline que de d’habitude. N’ heureus’ment qu’avait un flacon d’ parfum dans la sall’ d’ bains : ça cache l’ plus gros.

Il s’assoit à la milliardaire amerloque, le ventre en avant, la durite pendant du fauteuil, les bras arrondis sur les accoudoirs. Heu-reux !

— C’ te fois, j’ sus bel et bien guéri, m’annonce-t-il, on va pouvoir s’ mett’ à la recherche d’ leur gonzier. Je m’ sens fraise et dix pots comm’ si j’ s’rais en croisière. Slave dite, vous poussez des tronches pas fraîchouilles, mes agneaux, y aurerait du mou dans la corde à nœuds qu’ ça n’ m’étonn’rait pas.

Perspicace, non ?

Je lui résume les derniers événements, à savoir cette intempestive publication dans le baveux du morninge.

— S’lon d’après moive, conclut le Docte, ça correspond à un coup au bidon.

— C’est-à-dire ?

— Sept-à-dire que ça viendrerait de vot’ gusman soi-même personnellement, j’en s’rais pas surprille.

— Tu débloques, Gros ! Tu imagines un homme en fuite en train d’annoncer où il se trouve ?

Il se met en biais pour une loufe qui manque de fierté d’expression sur un coussin tendu de velours frappé.

— J’ sais, grand, j’ sais ; n’empêche qu’avec mon instincte, j’ renifle c’ genre d’ truc-bidule.

— T’as des ratés dans la pensarde, laissé-je dédaigneusement tomber.

Vexé d’être traité d’amoindri en présence d’une personne du sexe (personne qui aurait du mal à héberger le sien si le désir l’en prenait), le Gros se tait en grattant avec furia la broussaille qui lui pousse sur le devant de la scène. Il psalmodie d’une voix de muezzin du haut de son minaret :

— J’ vous dille qu’ vot’ gazier vous prend pour des pieds-nickelés, qu’ vous fussassiez franchouillards ou rosbifs, mes chéris.

Changeant de sujet, je lui demande en lui tendant le baveux du jour :

— Tu reconnais ce pèlerin ?

Il défrime la photo d’un air hostile, comme on considère le mec qui vient d’annoncer, en te regardant, qu’il y a un con dans la salle.

Et catégorique :

— Inconnu au bâillon !

— Nous l’avons vu une fois, cependant. Nous sommes allés l’interroger à l’Hôtel-Dieu après qu’il eut, en compagnie d’un complice, refroidi un diplomate chinetoque devant l’Élysée. Il était gravement blessé et n’a pas répondu à nos questions. Cela ne l’a pas empêché de jouer la belle quelques heures plus tard !

— C’tait pas c’ moudu ! affirme avec péremptoirité l’angieux-couennard.

Son affirmation aussi vive que spontanée me la sectionne au ras des poils pubiens.

— Comment peux-tu te montrer aussi catégorique ?

— J’ peuve ! répète sourdement l’homme qui réussit à faire avec son anus ce qu’une formule I fait avec ses pots d’échappement.

Il charpente son affirmation :

— Tu l’auras r’marqué, Sana, moive j’ai la mémoire des gueules. Un gonzier qu’ j’ai r’nouché à n’importe quelle occasion, il reste dans mon bocal comme dans un fichier. Le gus, pour l’histoire d’ l’Élysée, tu peux l’ déguiser en zouave ou en maradaja, il bronche plus d’ mes souv’nirs. Alors faut pas vouloir m’ fourguer du miel d’oreille pour du miel d’ Provence. Quand est-ce j’affirme qu’on n’a jamais rencontreré c’ t’ oiseau, j’en donne ma bite à couper. Je m’ fais-je-t-il bien comprend’ ?

Jusque-là, l’Anglaise était fascinée par le membre du Dinosaure, mais la déclaration catégorique de Dom Chibrac la détourne de son regardage.

— Vous comprenez le français ? je la questionne-t-il.

— Convenablement, répond-elle.

— Vous entendez ce que dit mon collaborateur ?

— J’en suis ébranlée.

— Quand j’ t’ébranl’rai avec mon zob, tu sauras plus quel jour qu’on est, ma poule ! promet le Facétieux. Note qu’on peut avoir des doutes, compte t’nu d’ ton gabarit. N’empêche qu’on a des bonnes surprises, parfois. J’ me rappelle d’Yvonne, un’ Laurentin du Vivier, près d’ Saint-Locdu-le-Vieux. L’était pas plus grosse qu’un’ pompe à vélo et é m’ cherchait. Si tell’ment qu’un day j’ lu fais, charitab’ ment : « Ma pauv’ môme, jamais t’auras la moniche capab’ d’ me rec’voir. Même av’c une euthanasie générale tu supportererais pas un engin comme l’mien. »

« N’alors vous savez quoi-ce ? J’ la reverrerai toujours, la Vonvon. On s’tenait dans la grange au Mathieu qu’était loin du village. E’ s’ met à furereter et s’ ramène n’avec une bett’rave sucrière dont on cultivait par chez nous.

« Prête-moive ton couteau, Sandre ! »

« J’y r’file mon Opinel, et ma gosse qu’avait d’ l’hygiénerie entr’ prend d’épelucher la carotte. Quand elle a eu fini, elle a ôté sa culotte sans jambage et s’est écarquillé le michier. E s’tenait kif un’ grenouille.

« Vise un peu, Sandre ! »

« Et la v’là qu’incinère la chénopodiacée dans sa figue. Douc’ment mais sûr’ment. Franch’ment, j’en reviendais pas. T’aurerais cru à d’la magie.

« Tu parles qu’ça m’a calmé les doutes ! Après c’t’ démonstration, y m’ restait plus qu’à entrer en scène à mon tour. C’ que j’ vous cause là c’est pour en reviend’ à vous, p’tite lady. V’s’avez beau avoir la taille comme un rond d’ serviette, j’ vous fous mon bifton qu’ j’emmène mon Popaul en randonnée dans vot’ foufoune pour peuve qu’on ait de l’oléagineux à disposance.

« Mais pou’ c’ qui est du brigand dont nous recherchons les uns et les autres, j’ prévoye un’ combine pas tristoune. C’est c’ malin qui a tout organisé. Vous savez-t-il biscotte ? Parce qu’il est au courant d’ not’ présence à tous dans le coinceteau : les connards, les Français, les Urugrainiens et toutim. M’sieur l’ brigand campe sur ses dispositions. Il a son plan, et si ça s’ trouve, il va nous baiser la gueule, j’ pressens, moi qu’ai des monitions dans les cas graves.

« Bon, c’est pas tout ça. J’ sens, ma p’tite lady bioutifoule, qu’ mon braqu’mard v’s’intéresse. Ça vous direrait d’y faire un gros mimi su’ l’ casque, en signe d’affectuosité ? »

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