Cette épouse d’ami qui m’a traumatisé la chair et l’âme, comme l’écrit avec sa délicatesse coutumière M. Maurice Schumann, de l’Acadmie française par contumace, cette femme-vision, cet elfe gracieux, cette lumière matérialisée à laquelle, pauvre et misérable pécheur, fornicateur honteux, j’ai renoncé après l’avoir cruellement déçue, oui, cette image de grâce, de beauté, d’harmonie pure m’a mandé et m’accueille en un rendez-vous secret qui me fouaille les sens jusqu’au plus léger poil follet autant que périphérique.
Je suis interloqué, médusé, abasourdi (veuillez déposer en bas de page les synonymes qui vous viendraient à l’esprit, merci) ; j’en tremble. Mon regard bredouille, ma gorge se déshydrate, mon rectum se crispe, mon gland se contracte, mon sang ne fait qu’un tour (mais de toute beauté).
— Lucette ! parviens-je néanmoins à articuler.
Elle se coule contre le vantail afin de le refermer, s’y adosse. Un rai occulte venu d’une lézarde éclaire partiellement son visage de madone.
— Vous, enfin ! soupire-t-elle.
Elle déboutonne son ciré breton. O indiciblité ! O émerveillance ! O ravissement absolu ! Elle est nue dessous. Enfin, presque ! Mieux que totalement nue puisqu’elle est attifée d’un porte-jarretelles et de bas. ET C’EST TOUT !
Pour dire de ne pas te faire languir, je te raconte tout de suite sa chatte ? On ne voit qu’elle dans cet éclairage à la Rembrandt. Une touffe d’or mousseuse sur une peau mate. Tu croirais une apparition. Oh, pas céleste, je ne suis pas blasphémateur. Et moins encore infernale, mais je dirais une apparition de nature ! Une apparition de beauté accomplie. Sous la toison couleur de jeune blé au soleil, on distingue la mimique heureuse des lèvres roses. Et c’est féerique (d’art).
Jamais, chez les Plantagenêt, les Windsor, les Guise, les Kennedy, les Rothschild, les Fratellini, les Rivoire et Carret on n’a enregistré chatte de cette eau, de cette pureté. Le diamant fait con ! La moule à l’état pur. Le prototype du frifri absolu, de la figue à son apogée. La babasse reine !
C’est si tant éperdument émouvant, si formidablement confondant que je tombe à genoux devant la merveille.
Comment a-t-elle dit, y a un instant ?
« Vous, enfin ! »
Une pareille phrase d’accueil, tu peux tout te permettre, y en aura jamais suffisamment.
— Toi ! Est-ce possible ! réponds-je en classe éco, usant de cette sobriété de ton utilisée dans la première phrase des méthodes Assimil.
Je suis le desservant d’un culte d’amour (j’ai le culte de l’amour et l’amour du cul). Mes mains de reconnaissance se tendent avec un écartement d’environ trente-cinq centimètres. Elles sont légèrement incurvées, en conque, pour préciser. Elles se posent sur l’exquis fessier de l’épouse de mon ami. Ah ! combien j’ai de tendresse pour Alexis, en cet instant. C’est désormais, entre nous, à la vie à l’amour ! Contact suave, à la fois ferme et doux. Mes doigts d’imploration doivent émettre des ondes qui la font se cambrer. O l’adorable cul, si réservé, mais si ardent !
Ma bouche s’approche de ses lèvres. Une exquise chaleur de nid s’exhale qui met sur mon visage un souffle de printemps tiède dans les jardins fleuris des îles Borromées. Je prends langue avec elles. Sans hâte, d’un frétillement imperceptible. Le miracle s’opère. Insensiblement, ses cuisses se séparent permettant un fouissement plus complet. La chérie ! Elle saisit mon visage à deux mains. Tu imagines la scène, Arsène ? Mes pattounes sur ses miches, les siennes tenant ma gueule comme si je venais de subir une décollation et qu’elle la veuille contempler une ultime fois. Ma bouche vorace rampe dans ce bonheur.
La pauvrette, saisie d’une faiblesse consécutive à un trop grand désir (je fais simple), glisse légèrement contre le rugueux vantail. Mais c’est tout bénéfice pour ma tyrolienne de cresson. La souplesse permet l’audace. Une liberté accrue autorise des initiatives plus poussées. Ma dextre quitte sa fesse gauche afin de lui mandoliner le pourtour. Si tu as besoin d’une démonstration, madame, une seule adresse : la mienne ! Viens avec ton mec, je lui expliquerai le topo. Comment, pendant que le lingual s’exprime dans la zone du clito, mon auriculaire, mon annulaire et mon médius s’inscrivent voluptueusement à l’arrière-plan, montant et descendant comme sur les cordes tendues d’un instrument, alors que le petit inquisiteur de service, à savoir mon cher index fureteur, caresse en s’y vrillant l’œil de bronze.
Veux-tu que je te dise, Denise ? Cette merveilleuse, c’est la première fois qu’on lui bricole une gâterie de cette ampleur. On sent qu’il y a de la découverte dans sa pâmade menue. Ils sont exclamatoires, ses petits cris de plaisir. Cette fois, je suis en plein contrôle de la situation. Je vais l’essorer une première fois à la généreuse. Altruiste, le commissaire. Chevaleresque. Galanterie française pas naze le moindre !
Elle pantelle presque, Lucette. M’a lâché la frime pour prendre appui sur mes épaules. Ça me dérobe un tantinet sa case trésor, mais ma sinistre demeurée en faction sur sa meule droite est là pour pallier la reculade, maintenir l’instrument en bonne position. Je lui joue « Laisse aller » avec une telle virtuosité que, franchement à côté de moi, Menuhin a l’air de jouer de la grosse caisse dans la fanfare du village. Moi, dans ces cas-là, ce qui fait ma force, c’est ma capacité respiratoire.
Faut du souffle pour se lancer à l’assaut d’une gerce sans l’interrompre une seconde. Et je parle pas de la menteuse qui fatigue. Chez certains sujets, elle se paralyse pour de bon. Ils sont là avec une vraie langue de bœuf tirée qu’ils savent même plus rentrer dans leur clape. Ils font des « Heeee ve m’efcufffe » à leur partenaire dont le bijou étincelle dans la rosée du matin. La pauvrette ose pas se terminer à la mano et ça lui chamboule le sensoriel ; elle serait partante pour enquiller n’importe quoi d’oblong dans la nuisette fourrée : une betterave, un bâton d’agent, l’étui à lunettes de grand-père ! Merde ! c’est la vie, tout ça, faut la comprendre au lieu de cheniller, de glapir au sagouin !
Lisez-moi ça ! Le combien il est dégueulasse, cet Antonio, insane, dépravé de partout ! Bande d’oc ! On les appelait comme ça avec mon pote Léon : la bande d’oc. On les regardait marcher, bouffer, causer. Ça nous mettait presque en colère de les voir si réellement cons, tous. On avait presque envie de s’en prendre au Seigneur pour avoir permis un tel gâchis. On Lui en voulait de ne nous avoir pas faits aussi cons que les autres, qu’on puisse unissonner. Les minorités, quand elles sont par trop minoritaires, se font chier à la longue !
Pour t’en revenir, Lucette, cette minette plantureuse, avec accompagnement digital, elle en conçoit une félicité démesurée. Je la laisse s’exprimer à gogo ! J’adore quand elle part en voyage toute seule, ma petite fée. C’est stimulant. Et puis, quelque part, pour être tout à fait sincère, ça flatte ma mâlerie. T’es fiérot de la voir dégager du minouche sous ton impulsion irrésistible, alors que toi, tu gardes tes atouts en main pour la seconde manche. Sentiment puéril de supériorité, nous qui leur sommes si toujours inférieurs, les garces !
Là, elle les largue, les amarres, Mme Clabote. C’est le tout beau lâché de ballons. Le « Vrouhaaa » d’allégresse omnipotent. (Je sais pas s’il rime à grand-chose ce mot omnipotent, à cet endroit, mais je m’en torche. Comme l’écrit à mon sujet Hubert Montheilet, je jouis d’une extraordinaire impunité. N’importe quel confrère huppé écrit le centième de mes conneries, on lui tranche les couilles. Moi, on me crie « Encore » ! Ils veulent voir jusqu’où je vais aller. Attendez, les mecs, c’est pas fini !)
Epuisée par l’intensité du plaisir, elle glisse le long de la porte et choit, en biais, sur un lit de varech-gratte-cul.
Je m’allonge à son côté, glisse mon bras sous sa nuque. J’attends qu’elle se retrouve un peu avant de lui interpréter la gigue sauvage des lanciers. Qu’elle se laisse emplâtrer en connaissance de cause, Lucette, en reconnaissance de mes choses !
« Ainsi donc, me dis-je, tu croyais l’avoir perdue en sautant Ellena devant elle et tu n’as fait qu’allumer son sang ! Pauvre gueux qui se targue de bien connaître les femmes et qui se laisse toujours surprendre. Grand bêta (j’ai pas dit Gambetta) que tu seras jusqu’à ta fin ! »
Je lui donne d’ineffables baisers : au cou, au menton, sur les lèvres. Elle roucoule d’un nouveau bonheur, plus tendre, plus suave que le précédent.
— Chéri, fait-elle, tu es l’être le plus merveilleux que j’aie jamais rencontré.
Je voudrais lui rendre la pareille, mais ça ferait cheap.
Une gonzesse qui te louange d’envergure, c’est même pas la peine de prendre l’air modeste, tu la décevrais. Si elle te veut suprême, sois-le et ferme ta gueule. Elle te voit Prince Charmant ? Alors, dis-toi que tu l’es, quand bien même t’as conscience de figurer parmi les lavedus de première ! En l’occurrence, je prends une expression neutre et lointaine. Le côté : « Ah ! tu l’as remarqué ? J’ai pourtant rien fait pour en installer ! »
J’aimerais lui parler de ma prestation d’hier avec la Ritale, pas laisser de relents entre nous (la chanson de relent). Mais c’est délicat, je risque de rompre le charme, non ? C’est elle qui y vient. Elle murmure :
— Quand je t’ai vu faire l’amour à cette femme, sur le lit de la morte, j’ai trouvé cela tellement beau qu’un désir d’une violence inouïe s’est emparé de mes sens. J’aurais voulu pomper ta belle bite, là, devant mon époux, et te sucer jusqu’à ce que tu imploses !
Elle cause bien. C’est bath la culture.
— Il n’aurait pas apprécié, pronostiqué-je.
Elle a un bondissement félin.
— Justement, cela l’aurait humilié, le salaud !
Du coup, j’en reste comme deux ronds aux flans brunis[5]. La réalité me pète aux yeux : elle hait mon copain Alexis, Lucette.
Je lui en fais la remarque. Elle véhémente à plein régime :
— C’est un être abject sous ses airs de gros gentil. Ce con de rugbyman a tellement pris de gnons dans la tête que cela la lui a fêlée. Un pervers, chéri ! Ce qui arrive à l’institut est dirigé contre lui, sois-en certain. Il fait l’unanimité : tout le monde le hait !
— Que me bayes-tu là, mon amour ?
— La vérité ! C’est un jouisseur, un pourceau, un sale bonhomme. Il saute ses collaboratrices et les tourmente d’une façon sadique. Il houspille le personnel, paie peu et mal. Il exploite ce pays sans gros débouchés et rogne sur les salaires, sur les heures de prestation. L’air bonhomme, avec ça ! Convivial. Faisant mine de rendre service à ceux qui peuvent aider à son développement, mais étranglant les petits.
D’écouter cela, je pantoise. Alex, le bon pote d’autrefois, avec lequel j’ai tant rigolé ! Alex, un tyranno (de Bergerac, son pays de naissance) !
Elle continue sur sa vindicte :
— Il m’a épousée pour mon argent !
— Ne dis pas cela, interrompé-je, tu es la plus ravissante femme que j’aie rencontrée. En te voyant, j’ai cru mourir de commotion ! Plus belle que toi, y a que toi en tenue de soirée !
Elle se blottit contre moi, sa main furète à la recherche de mon renflement, le trouve et elle s’extasie d’un aussi bath volume sous mon futal de flanelle grise.
Mais comme sa rogne perdure, elle repart bientôt dans les imprécations :
— Il m’a pris un maximum d’argent pour fonder cet établissement. Nous avons créé une société dont il détient toutes les actions, si bien que je me trouve proprement spoliée. Il lui arrive de me frapper quand je regimbe, et crois-moi, un talonneur, ça cogne dur. Regarde !
Elle soulève les cheveux masquant sa tempe gauche et me montre un cerne bleu.
— Voilà qui date de quatre jours. Monsieur avait ses humeurs à cause de l’électrocution collective !
— Je suis abasourdi, soupiré-je. Pourquoi ne le quittes-tu pas si les choses sont ce que tu dis ?
— Parce qu’il me terrorise. Si je partais, il me rejoindrait et me tuerait, il en est capable !
Et moi, tu sais ce que je m’entends lui proposer ?
— Pas si tu pars avec moi !
Ah ! non, je te jure… Des comme celles-là, y a que ton Sana pour en balancer. Le côté superman ! Ça me rappelle un book ancien que me lisait ma grand-mère quand j’étais moujingue. Ça commençait dans un bal huppé. Une jeune fille de la haute que son irascible fiancé tourmentait. Un jeune officier intervient, calotte le malotru, et s’inclinant devant la frêle héroïque qu’il ne connaît ni des lèvres ni du paf, lui dit : « Louis-Hubert de la Cloche de Bois, acceptez-vous de m’épouser, mademoiselle ? » Tel que. J’en mouillais déjà dans ma culotte Petit Bateau ! La jeune évanescente acceptait, rouge d’émotion. Ils se mariaient au pas de charge et, ensuite, il leur arrivait une chiée de turbins dont ils triomphaient, bien sûr. En somme, ce roman débutait comme finissaient les autres : par le happy. On gardait la cagate pour après ! Ma vie, quoi !
Et je te reprends ma réflexion : « Pas si tu pars avec moi ! » Oh ! dis donc, où ça va, ça ? Une dame, inépuisablement belle, certes, mais à qui j’ai seulement fait une minette express dans une cabane écroulée ! La femme d’un pote ! Déjà que je le trompe en dégustant sa gerce ! L’embarquer ? Pour l’emporter où cela ? Pas chez ma Féloche en tout cas. Elle en pousserait une tête, ma maman, si elle me voyait installer une dame mariée au château ! Avec elle, Marie-Marie, d’accord ; ou à la rigueur une jeune fille comme il faut ! Mais la polka d’un aminche auquel je fais le pire des galoups, alors là, elle l’aurait saumâtre, ma vieille dearlinge.
— C’est vrai, tu m’emmènerais ? chuchote-t-elle tout bas.
— Il me semble.
Elle se met à sangloter convulsivement (dans les livres, l’héroïne ne sanglote jamais autrement que « convulsivement », sinon ça fait pas vrai).
Peut-être que je devrais la fourrer princesse, à présent, qu’en dis-tu ? Ma main se glisse dans son entre-deux Renaissance. La voie sur berges est libre. J’installe de mon mieux Lucette sur le lit de varech. Etalant son ciré sous ses noix pour lui éviter des picotements, voire des brindilles fourvoyeuses dans la bagouse à cheveux ! Elle se laisse manœuvrer avec une docilité qui confine à l’inertie.
Quand elle est bien assujettie, nickel, propre-en-ordre, je lui présente l’ami Ricoré pour un test à la loyale. Les produits surchoix, faut les parcimonier au départ, que sinon le gaspillage fait négligé. La tête chercheuse, manœuvrée avec distinction, opère un repérage méthodique avant de s’engager pour la visite accompagnée. Tout de suite, elle réagit, Lucette. En manque total, je te le garantis ! Y a longuet qu’elle a pas touché sa ration de chibre, la pauvrette. D’ailleurs, il le dit lui-même, le talonneur, qu’elle se refuse à la nique ou que c’est lamentable comme étreinte. Tu parles, s’il la tabasse, y a rien d’étonnant !
Ils sont marrants, les fauves ! Ils mettent des avoinées à leurs rombières et il faudrait qu’elles les aiment, fassent les pieds au mur quand ils dégainent leur chipolata, ces cons ! Là, on s’en va tranquillos par les champs et par les grèves. La toute belle balade oxygénante ; tout juste si on n’a pas envie de chanter, façon « Compagnons de France » au père Pétain : « En disant partout notre rêve à ceux qui n’en ont pas. »
La vérité, je vais te la chuchoter, mon lapin : j’ai le béguin. Et même davantage. Je m’en ressens à mort pour cette nana. J’ai beau me dire que, fixer le ranque mystérieux à un ami de son julot et l’attendre à poil sous un imper, avec des bas et un porte-jarretelles, ça se fait pas couramment chez les religieuses du Carmel, ni même chez les jeunes filles de la Légion d’Honneur. Y a guère qu’à la cour d’Angleterre que c’est admis, et encore, pas trop à Buckingham Palace où la vieille rabat-joie empêche de brosser en couronne.
Oui, j’ai beau me dire, il n’empêche que je l’ai eue illico dans la peau, Lucette. Un coup de cœur monumental ! Le délire spontané. J’t’vois, j’t’veux ! Elle l’a réalisé, cette gentille, voilà pourquoi elle a souhaité combler mes désirs. S’amener offerte, kif les bourgeois de Calais. Ouais, je vais l’embarquer. Je lui prendrai un studio pour commencer. Ou un vrai apparte avec une cheminée. J’ai envie de me vautrer nu avec elle devant un feu de bois, sur une peau d’ours. On en trouve encore, tu crois ? D’où ça m’arrive, ce goût pour la peau d’ours ? J’ai dû bavouiller sur plantigrade, au cours d’une de mes aventures délirantes. Faudrait rechercher. Je demanderai à Daniel Demange, mon « exégète », dans lequel de mes books je lime sur une peau d’ours polaire. Faut croire que ça m’a marqué.
— Je t’aime, lui chuchoté-je dans le cornet. Je t’adore. Je te veux. Je te prends par amour. Tiens, tu sens l’intention ?
Elle sent. Faut dire qu’elle est assez grosse pour ne pas lui passer inaperçue, mon « intention » !
On se bouffe la gueule à s’en déchausser les ratiches ! C’est la véhémente pétée ! L’étreinte passionnelle, quoi, ne reculons plus devant les mots quand ils cernent parfaitement l’idée. Elle me rend dingue ! Mon droit d’aînesse de fils unique contre cette femme ! Je suis prêt lui offrir ma vie !
On s’aime, s’aime, s’aime… A en mourir.
Lorsqu’on se sépare, une heure plus tard, j’ai les couilles vides, mais le cœur plein.