Ramatuelle, 10 août 2015
Le festival
Au Théâtre de verdure je joue Poésies ?. Salle comble. Malheureux. Sensation de ne pas avoir embrassé l’espace. Sensation qu’il y a quelque chose de dissonant. De dire ces textes en plein mois d’août, rentrer dans « Le Bateau ivre » en sortant des merveilleuses plages du Club 55. Pas facile. Sans doute écrabouillé par l’ampleur de la salle.
J’ai dû être en force pendant trente minutes. Laurent Terzieff me disait toujours que si dans une salle de plus de mille personnes, cinq ressortent en ayant été sensibilisés au mystère de la littérature, la soirée était réussie. Moi je ne ressens pas ça du tout. Aucune envie chrétienne. Finalement, je n’ai jamais résolu un truc étrange.
Je propose des textes ahurissants, je me confronte à eux jusqu’à l’épuisement. Ils sont ma raison d’être, et je souffre que des gens heureux viennent les entendre. Qui sont à mon humble avis assez loin des problèmes de l’« Alchimie du verbe ». En disant « A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert », j’ai senti dans le public un trouble, presque un désarroi. J’avais le souvenir des remerciements des sponsors dix minutes avant d’entrer en scène : un ténor du Midi a entamé les remerciements de tous les sponsors, sur un air de Puccini. Les banques, les magasins de vêtements, les hôtels, etc. Les gens avaient l’air heureux, ils ont même applaudi très fort.
Ils avaient l’air d’aller très bien les gens de Ramatuelle…