Toujours aux Baux-de-Provence, 15 août 2015
Domaine de Manville
Jamais je n’aurais pu imaginer que je puisse nommer, comme lieu de travail, Les Baux-de-Provence.
Paros,
Ramatuelle,
Les Baux-de-Provence,
faut pas m’emmerder !
J’étais sur ce couple qui a créé cet hôtel. Le souvenir du carrossier dépressif. Et l’échange de SMS affectueux avec notre président de la République qui devait s’intégrer à la fable.
Singulière, la rencontre avec François Hollande. Première rencontre pendant Knock un dimanche après-midi dans un café près du théâtre. Il y a plus de dix ans. Ils étaient venus voir la pièce avec sa compagne et son ami Mignard, l’avocat je crois. Ils étaient venus sans prévenir, au dernier moment. Je les salue. On boit un verre. François Hollande est curieux de cette pièce de Jules Romains. Il manifeste une curiosité pointue. Il est parfait. Pas une question bidon. Pas un compliment étrange (comme « Quelle mémoire ! » par exemple). Non, non, un homme qui parle et une femme qui se tient à côté, plutôt fond de cour. Elle, c’est Ségolène Royal ; elle est présente sans intervenir. Il me semble être le Patron. Mignard a l’air de l’admirer.
Pas de suite.
Rien à voir avec le candidat, à la pratique orale si étrange, découpant ses discours de manière si peu claire. Bon, peu importe.
Pas de suite.
Pas de gauche. Pas militant. Pessimiste. Fan de Schopenhauer. Pas acteur rebelle. Pathétiquement conservateur. Flottant idéologique. J’aurais adoré être de gauche mais, comme je l’ai déjà dit, écrasé par la grandeur et la difficulté du projet, bref, j’ai renoncé.
Pas de suite.
Revu plus tard. Trois ans après son élection. Confirmation de la Rumeur. Je le trouve vif, charmant et réellement fin et drôle. Pas « petites blagues ». Non, ce talent qu’ont souvent les stars, qui donnent l’impression qu’il y a de l’affect. Un ou deux dîners. Un déjeuner, c’est pauvre pour cerner. Mais très bonne impression. À l’aise, finalement, avec les gens pas obligatoirement de gauche. Par le père peut-être, radicalement de droite. Bref, pas complices idéologiquement mais je capte son aisance dans l’échange. Sa capacité d’écoute. Habité, pas mécanique. Sa curiosité. Très loin du « capitaine de pédalo » de Mélenchon.
Non, je m’interroge même pendant un massage dans l’hôtel, je reprends le fil de la journée. Le carrossier, les patrons du domaine… Je me demande ce qu’il pense, lui, Hollande ; je le visualise. Il marche pendant sa semaine de vacances. Évidemment, le carrossier et le directeur de ce domaine, ce n’est pas grand-chose par rapport au Mali ou à la sortie de la Grèce de l’Union européenne. L’ahurissante responsabilité de sa fonction. Mais quand même, c’est intéressant ce carrossier de Lyon qui avait accepté d’aller jusqu’à 64 ans pour la retraite. Il avait l’air de ne pas détester son boulot, le carrossier.
Ce couple s’était lancé à peu près au même âge dans cette entreprise hallucinante d’avoir cent trente employés, de faire venir tous les golfeurs anglais, américains ou qataris. Même âge sensiblement.
Aucun point commun.
Un carrossier dont l’existence m’est énigmatique. Bien entendu.
Un couple qui se lance dans un immense complexe hôtelier très haut de gamme au même âge. Qu’est-ce qui les rassemble ? Ces deux rencontres. Ils sont français. Ça n’a pas l’air de les ravir. Une langue. Ils ne sont pas non plus hystériques de littérature. Qu’est-ce qui les réunit ? Ils ne se plaignent pas vraiment. Ils vivent dans un très beau pays. C’est peut-être ça qui les réunit. Un très beau pays.
Alors j’imagine le président de la République marchant dans le Var. Il pense à son pays. À la reprise. Aux industries. À la courbe du chômage. À la prochaine élection. Sans doute qu’il pense réellement à quelque chose pour le pays. Je ne crois pas, moi, à la thèse de leur cynisme. Il marche dans le Var et il pense. À ce carrossier à qui il va falloir dire que ce n’est plus 60 ans, la retraite. À ce couple d’entrepreneurs qu’il va falloir convaincre de ne pas s’en aller ailleurs où c’est moins taxé. À ces millions de Français. À leur place dans ce mot immonde de « mondialisation ».
Mais qu’est-ce qu’il pense François Hollande dans le Var le 15 août ?