Les Baux-de-Provence, 14 août 2015

Domaine de Manville

Si j’avais le génie de La Fontaine, j’essaierais une fable. Le drame, c’est que je n’ai que le titre, rien d’autre. Définitivement rien d’autre.

Ce serait : « Le Carrossier, l’Entrepreneur de BTP et le Président. »

Promenade ce matin le long d’une route à côté des Baux-de-Provence. Comme d’habitude, ça continue, en moins bleu peut-être.

Nature plus riche que Paros. Luxuriante, diraient les connaisseurs.

Tout d’un coup, un couple. Une voiture rangée sur le côté. Ils donnent à manger à leur chien. Fermés au début. Un petit échange, chacun termine son projet.

Sur le chemin du retour, ils sont toujours là. On s’approche ; ils sont de Lyon. Échange sur l’animal. Ça rapproche. La femme a un doute, elle se dit qu’elle m’a déjà vu. Elle n’identifie pas du tout le nom. Un souvenir vague. Elle me demande de préciser, je m’exécute. Elle m’a vaguement vu à la télévision. Par contre, lui, jamais entendu parler. Il ne sait pas, mais alors pas du tout qui je suis. Il ne fait même pas d’efforts. Il est carrossier pas loin de Lyon. Je pensais qu’il était à son compte. En réalité, non, il est employé. Il attend la retraite ; ça fait trente-huit ans qu’il est carrossier. Aucune envie d’avoir son entreprise. Ils ont l’air bien tous les deux. Peut-être lui plus fermé. Moins ouvert qu’elle. C’est souvent le cas, les femmes sont plus ouvertes. On est reparti chacun de notre côté.


Le soir. Invitation par le couple qui tient le domaine de Manville. Un golf ultra-chic de 184 trous. Je dis ça au hasard, je n’ai jamais compris le nombre de trous. Malheureusement, je n’ai jamais joué au golf. L’endroit est somptueux. Un ancien mas de 1900 ; toujours très présent en Provence, le concept d’ancien mas. Somptueux, sublime. Pas solennel. Trente-huit chambres et neuf maisons individuelles. J’ai choisi la plus au nord pour écrire ce bouquin que je n’arriverai jamais à achever sans la présence précieuse de Vincent Trémolet.

Luxe. Calme et quasi-volupté. Voiturette pour les golfeurs et pour les habitants des maisons. Très importante la voiturette. Électrique.

Je me promène dans le domaine. À l’infini.


Donc, apéritif avec le couple. Très vite, j’ai provoqué la confidence globale. L’investissement immobilier, son montant. Je n’ai pas eu tous les détails, mais ça m’a semblé conséquent. À ce moment, un indigné accablerait ce couple, sa réussite, etc. Moi pas du tout. Je me renseigne pour savoir s’il y a eu de l’héritage. Les patrons de l’hôtel me disent qu’ils sont partis absolument de rien.

Ce qui m’impressionne et qui m’interroge, qui me fascine (et qui est pourtant complètement banal), c’est la différence avec le couple du matin, le carrossier.

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