Dans la vie d’un acteur comme moi, les séjours que j’ai faits à Montréal et à Québec, notamment à l’occasion du spectacle sur La Fontaine et sur Paul Valéry, Le Point sur Robert, ont été, je dirais, quasiment essentiels.
Je n’ai jamais vu nulle part une telle résistance, un si fort génie de vitalité pour la langue. Quand je jouais La Fontaine, des gens venaient dans ma loge et me disaient : « Nous nous sommes battus des centaines d’années pour être capables de venir entendre Baudelaire et La Fontaine. » C’est un compliment qui dépasse ma petite personne, qui dépasse mon ego. Et, comme toutes les grandes choses, elles ne sont véritables que parce qu’elles me dépassent.
Dans ma rencontre avec le public, à Montréal ou à Québec, en un mot, dans ma rencontre avec ces êtres qui ont un rapport essentiel à notre langue, j’ai vu une ferveur absolument unique.
Je ne renonce pas à venir donner mon spectacle Poésie ? au Québec, mais entre-temps je suis heureux de vous présenter ce livre. C’est l’histoire d’un autodidacte qui a un petit point commun avec vous puisqu’il aime par-dessus tout sa langue. Pour citer Céline, « loin du français, je meurs ». J’ai l’impression que cette phrase vous va directement au cœur : loin du français, vous mourez, c’est ce que vous avez incarné et ce que vous incarnez encore.
Je vous embrasse de tout mon cœur.