XIX


« Tu me trouves jolie ? »

Chloé se mirait dans l’eau du bassin d’argent sablé où s’ébattait, sans gêne, le poisson rouge. Sur son épaule, la souris grise à moustaches noires se frottait le nez avec ses pattes et regardait les reflets changeants.

Chloé avait passé ses bas, fins comme une fumée d’encens, de la couleur de sa peau blonde et ses souliers hauts de cuir blanc. Pour tout le reste, elle était nue, sauf un lourd bracelet d’or bleu qui faisait paraître encore plus fragile son poignet délicat.

« Crois-tu qu’il faut que je m’habille ?… »

La souris se laissa glisser le long du cou rond de Chloé et prit appui sur un de ses seins. Elle la regarda d’en dessous et parut de cet avis.

« Alors, je te mets par terre ! dit Chloé. Tu sais, tu retournes chez Colin ce soir. Tu diras au revoir aux autres ici !… »

Elle posa la souris sur le tapis, regarda par la fenêtre, laissa retomber le rideau et s’approcha de son lit. Il y avait sa robe blanche, toute déployée, et les deux robes d’eau claire d’Isis et d’Alise.

« Vous êtes prêtes ? »

Dans la salle de bains, Alise aidait Isis à se coiffer. Elles portaient aussi déjà leurs chaussures et leurs bas.

« Nous n’allons pas très vite, vous ni moi ! dit Chloé faussement sévère. Savez-vous, mes enfants, que je me marie ce matin ?

– Tu as encore une heure ! dit Alise.

– C’est bien assez, dit Isis. Tu es déjà coiffée ! »

Chloé rit en secouant ses boucles. Il faisait chaud dans la pièce pleine de vapeur et le dos d’Alise était si appétissant que Chloé le caressa doucement de ses paumes aplaties. Isis, assise devant la glace, prêtait sa tête docile aux gestes précis d’Alise.

« Tu me chatouilles ! » dit Alise qui commençait à rire.

Chloé la caressait exprès à l’endroit où ça chatouille, sur les côtés et jusqu’aux hanches. La peau d’Alise était chaude et vivante.

« Tu vas rater mon rouleau, dit Isis qui se faisait les ongles pour passer le temps.

– Vous êtes belles, toutes les deux, dit Chloé. C’est dommage que vous ne puissiez pas venir comme ça, j’aurais aimé que vous restiez avec vos bas et vos souliers seulement.

– Va t’habiller, bébé, dit Alise. Tu vas tout faire rater.

– Embrasse-moi, dit Chloé. Je suis si contente ! »

Alise l’expulsa de la salle de bain et Chloé s’assit sur son lit. Elle riait toute seule en voyant les dentelles de sa robe. Elle mit, pour commencer, un petit soutien-gorge de cellophane et une culotte de satin blanc que ses formes fermes faisaient bomber gentiment par-derrière.

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