Le 29 mars, Napoléon s’était levé à deux heures du matin. Marche effrénée pour l’armée française.
Mais l’allure était malgré tout trop lente pour inquiéter les Alliés. L’Empereur décida donc de prendre plus de risques encore. Au galop avec seulement mille cavaliers commandés par le général Guyot ! L’armée suivrait aussi vite que possible. Il fallait se manifester, apparaître à grand fracas dans le dos de l’ennemi ! Utiliser la crainte qu’il suscitait, berner, faire croire qu’il surgissait avec toutes ses troupes...
Ce même jour, les Parisiens, consternés, assistaient au départ pour Blois de l’impératrice Marie-Louise et de son fils, le roi de Rome, escortés de deux mille soldats.
La veille au soir, un conseil de régence s’était tenu au palais des Tuileries, pour décider de la conduite à tenir. Talleyrand avait proposé que l’Impératrice et son fils demeurent dans Paris. Le conseil s’était rangé à cet avis. Marie-Louise elle-même souhaitait rester. Mais Joseph avait alors présenté une lettre de l’Empereur datée du 16 mars, dans laquelle ce dernier donnait l’ordre formel de faire partir son épouse et son fils si Paris venait à être menacé, afin de s’assurer qu’ils ne courraient pas le risque de tomber aux mains de l’ennemi. Tout le monde s’était plié à cette injonction, qui concernait également nombre de dignitaires, ministres, membres du Sénat...
Dans l’espoir de minimiser l’impact de ce départ, Joseph fit afficher partout une proclamation dans laquelle il annonçait que lui resterait dans Paris. En vain. Cet événement au goût « aigre » donna naissance à une chansonnette qui se répandit partout :
Le grand roi Joseph, pâle et blême,
Pour nous sauver reste avec nous
Croyez, s’il ne nous sauve nous,
Qu’il se sauvera bien lui-même !
Les maréchaux Marmont et Mortier arrivaient aux abords de la capitale et positionnaient aussitôt leurs douze mille soldats pour protéger la ville.
Les Alliés, eux, organisaient leurs multitudes de combattants. Des troupes furent dépêchées pour occuper divers points stratégiques, d’autres seraient tenues en arrière, en soutien ou pour faire face à l’éventuelle arrivée de Napoléon. L’attaque de Paris allait être menée par une vague d’assaut de cent trente-cinq mille hommes répartis en trois colonnes géantes, trois Titans. Les Alliés s’attendaient à une faible résistance, mais ils allaient néanmoins jeter toutes leurs forces disponibles dans la bataille. Parce qu’il leur fallait vaincre le plus vite possible.
Au fur et à mesure que les régiments arrivaient en vue de la capitale, ils exultaient. Des dizaines de milliers de voix criaient « Paris ! Paris ! » tout en brandissant des fusils et des sabres.