XXVII
Quand je suis arrivé chez mademoiselle Cora avec le bouquet, je l’ai trouvée à sangloter.
— Qu’est-ce qu’il y a, mademoiselle Cora ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Je n’arrivais toujours pas à lui dire Cora tout court. Elle avait le visage en ruine et des yeux comme si elle appelait au secours.
— Arletty…
Et puis elle a secoué la tête et n’a pas pu parler. Je me suis assis à côté d’elle, je l’ai serrée tendrement contre moi. Là elle s’est un peu améliorée. Elle a pris l’hebdomadaire qu’elle tenait sur les genoux.
— Écoute ça…
Et elle m’a lu ce que mademoiselle Arletty a dit dans Point : « C’est regrettable de laisser passer ce qui fut sans le retenir un peu… »
Et puis ça s’est cassé dans sa voix et elle a chialé encore comme dans la chanson de monsieur Jehan Rictus qu’elle avait en disque, Y a rien à faire y a qu’à chialer. Alors, cette nuit-là, j’ai essayé de la retenir comme encore jamais avant. C’était entre y a rien à faire et moi, cette nuit-là. Je ne pouvais pas rendre ses vingt ans à mademoiselle Cora, ni la remettre au premier rang dans la mémoire populaire, avec Arletty, Piaf, Damia et Fréhel, mais je l’ai retenue un peu comme femme, et après, je suis allé chez Aline et c’est elle qui m’a pris dans ses bras et m’a fermé les yeux doucement avec ses lèvres.