XXVIII

Ça a duré autant que j’ai pu. Je retenais mademoiselle Cora comme je n’ai encore jamais rien essayé dans ma vie. Mais il n’est pas possible d’aimer quelque chose plus que tout au monde quand ça devient une femme qu’on n’aime pas. On ne devrait jamais aimer quelqu’un sans l’aimer personnellement, seulement en général, contre l’injustice. Et on ne peut rien lui expliquer ni foutre le camp, c’est la lâcheté de faire mal. Je continuais à retenir mademoiselle Cora de toutes mes forces, mais c’était seulement physique. Après, j’étais obligé de courir chez Aline, pour me changer. Ça devenait moche, moche, moche. Je faisais l’amour à Aline comme pour me laver. Et je commençais aussi à voir parfois dans le visage d’Aline une dureté qui me faisait peur.

— Tu n’es pas jalouse, quand même ?

— Ne dis pas de connerie. Il ne s’agit pas de mademoiselle Cora. Et il ne s’agit pas de moi non plus.

— Alors quoi ? Tu me fais la gueule.

— Les protecteurs et bienfaiteurs des pauvres femmes, vieilles ou jeunes, il y en a marre…

Elle m’a touché les roupettes du doigt.

— Tu commences à charrier, avec ton smic. Merde. C’est de la pitié.

— Non, c’est seulement ce qu’ils appellent la faiblesse, chez les forts.

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