Dans le compartiment, Irène remarque une voyageuse d’un certain âge, vêtue d’un manteau gris ceinturé et d’un chapeau de feutre noir. Lorsque leurs regards se croisent, l’inconnue lui rappelle Audrey Hepburn à la fin de sa vie. Se rendent-elles au même endroit ? La campagne défile derrière la vitre, champs couverts de neige, lumière brumeuse. Après le tumulte de Varsovie, ce trajet solitaire la prépare à son dernier rendez-vous polonais.
Quel sentiment étrange de rouler sur la voie que le convoi de Lazar a empruntée en 1942, à travers des paysages qui n’ont pas dû beaucoup changer.
La voyageuse au chapeau descend derrière elle en gare de Małkinia Górna. Sur la voie d’en face, un train de marchandises aux wagons rouillés arrête leur regard. Irène a eu un grand-père cheminot. Enfant, elle aimait jouer avec ses frères près des voies ferrées. Aujourd’hui, elle leur trouve l’air lugubre.
Entre l’été 1942 et l’automne 1943, des trains de déportés sont passés par ici. Parfois, ils restaient à quai toute la nuit. À certaines périodes, c’était un défilé incessant de convois qui arrivaient chargés à bloc et repartaient vides quelques heures plus tard. Les cadres nazis avaient besoin d’un réseau ferroviaire pour acheminer facilement ceux qu’ils appelaient la cargaison. Et d’un site à l’abri de la curiosité. Dans cette région, les routes étroites sont cernées de forêts, de terres marécageuses. On n’y croise que des villages, et quelques fermes.
Sur le parking, un taxi attend la dame au chapeau.
— Vous allez au camp ? demande-t-elle en anglais à Irène. Venez !
Dans sa voix chaleureuse, elle décèle un accent. Elle la remercie, elle préfère marcher.
— Il fait très froid, s’inquiète l’inconnue.
Irène lui montre en souriant la parka noire que Janina lui a prêtée. Le taxi repart sans elle.
Le GPS de son téléphone indique le mémorial à moins de huit kilomètres.
À Małkinia, les convois repartaient vers le sud. Plus loin, le train bifurquait à un embranchement qui n’existe plus et s’enfonçait dans les bois. Les arbres étaient si proches de la voie que les mères hissaient leurs petits pour les leur montrer. En tendant les doigts à travers les barbelés de la lucarne du wagon, ils pouvaient presque les toucher. Les jeunes enfants du ghetto n’avaient jamais vu de forêt.
Elle marche longtemps, la neige crisse sous ses pas et sa respiration la brûle. Son regard embrasse un horizon de neige et de boue, des lignes d’arbres nus. Après avoir pris un pont sur le fleuve Bug, Irène s’écarte de la route. La pancarte TREBLINKA lui fait un choc. L’idée qu’un village de ce nom existe, que des gens y vivent, comme ils y ont toujours vécu. Les maisons en bois sont d’époque. Elle croise une vieille femme emmitouflée dans un manteau sans forme. Elle était sans doute enfant, lorsque le commandant du camp a fait venir deux excavatrices pour vider les fosses communes, ordonnant à ses esclaves juifs d’aligner les cadavres sur des grills pour les brûler. Les jours de vent, on respirait la puanteur des bûchers à des kilomètres. La vieille la fixe sans aménité, à croire qu’elle déchiffre ses pensées.
Le mémorial n’est plus qu’à quatre kilomètres.
Irène ignore quand la gare de Treblinka a été détruite. À la fin des années soixante-dix, lorsque Claude Lanzmann est venu faire des prises de vue pour Shoah, elle existait encore. Dans le livre qu’elle a apporté dans son sac, le chef de gare raconte à Gitta Sereny qu’il comptait les convois de déportés pour informer l’Armée de l’intérieur, notant scrupuleusement le nombre de prisonniers écrit à la craie sur chaque wagon. Il a dénombré plus d’un million de victimes. Quelques milliers de tziganes, tous les autres étaient juifs. Pour chaque train, trente à soixante wagons. On ne pouvait en faire tenir que quinze ou vingt sur la rampe du camp. Le reste attendait en gare, les déportés crevant de soif, de chaud ou de froid, en fonction de la saison. Au début, quelques femmes de cheminots venaient avec leurs enfants apporter de l’eau aux prisonniers. Mais très vite, les supplétifs lituaniens perchés sur les wagons – qu’on appelait les chiens à sang – ont commencé à tirer pour les écarter. Elle imagine les mômes grandir avec ça. L’enfance fracturée par une réalité impensable. Les corps de ceux qui tentaient de fuir, abattus sur le quai. La peur. L’odeur et le brouillard glauque qui montaient du camp. Le chef de gare précise que les gens en tombaient malades. Elle pense à son grand-père, qui était cheminot en France à la même époque. Aurait-il envoyé ses enfants donner à boire aux déportés ? Il n’évoquait jamais l’Occupation.
À mesure qu’elle se rapproche, la muraille noire des arbres ferme l’horizon. Leur obscurité l’enserre. Elle longe la voie ferrée jusqu’à l’ancienne bifurcation. Le tronçon que les nazis avaient ajouté n’est plus qu’un chemin à travers bois. Elle s’y engage, saisie par un parfum de terre moisie et de résine. Ses bottes écrasent les aiguilles de pin, dérapent sur la neige glacée. Éraflent le silence. Les cimes des grands pins oscillent légèrement. Leurs troncs rouges embrasent la futaie, comme si la lumière sourdait de ses profondeurs. C’est un lieu habité, dont la force intimide. Les arbres coupés pour construire des baraquements et des miradors ont laissé place à des rejetons vigoureux. La forêt gagne sur le camp. Elle est le linceul des morts.
Plus loin, des barres de granit figurent les traverses de la voie fantôme. Tout a été détruit par les assassins. Des fondations de pierre marquent l’emplacement de la rampe. Ici, se dit-elle, les couples et les familles étaient encore ensemble, pour quelques mètres. Passé la porte, on les séparait pour toujours.
Les hommes se déshabillaient dans la cour, les femmes et les enfants dans un bâtiment sur la gauche. Quand ils étaient nus, les Allemands sélectionnaient quelques hommes jeunes et solides. C’est là que Lazar a dû être choisi. A-t-il tremblé, quand le SS lui a ordonné de se rhabiller et de le suivre ? Il ignorait qu’on venait de lui accorder un sursis. N’avait pas idée du prix qu’il devrait payer pour rester du côté des vivants. Déjà on l’arrachait aux siens. Elle pense à ce détenu qui évoque devant ses camarades le moment où il a vu s’éloigner sa femme et son petit garçon. Des mois plus tard, dans l’obscurité d’un baraquement, il se souvient qu’il avait peur que son fils attrape un rhume. Un rhume, répète-t-il, sonné.
Lazar et sa famille arrivaient de l’Ouest, on les avait sans doute accueillis par des paroles rassurantes : Après le bain, on vous donnera du travail. Dépêchez-vous, l’eau va refroidir. Ne vous inquiétez pas, vous retrouverez vos affaires. On leur avait distribué un morceau de savon et une serviette, afin qu’ils marchent confiants vers le piège. Plus tard, Lazar a découvert comment on traitait les rescapés faméliques des ghettos de Pologne, pleins d’appréhension. Pour ne pas leur laisser le temps de penser, les SS les terrorisaient dès la descente du train. Ils couraient pour échapper aux coups, aux chiens, jusqu’aux chambres à gaz.
Mais d’où qu’ils viennent, ceux qui débarquaient vivants sur cette rampe étaient morts deux heures plus tard.
Dépassant l’entrée du camp, Irène se dirige vers le mémorial de pierre qui marque l’emplacement des anciennes chambres à gaz. À l’époque, le chemin en pente douce qui y conduisait était entièrement dissimulé par de hautes clôtures de barbelés et de branches de sapin serrées. Les SS l’appelaient la route du ciel. Il formait un coude, de sorte que les victimes ne découvraient qu’au dernier moment le bâtiment surmonté d’une étoile de David, maquillé en bain rituel juif. Elle a lu que les hommes étaient tués en premier. Les femmes et les enfants attendaient nus dehors. L’hiver, les pieds des petits gelaient. Les mères devaient les décoller du sol.
Autour du mémorial, des pierres innombrables se dressent dans un champ de neige. Chacune représente un shtetl ou une ville dont les habitants juifs ont été assassinés ici. Plus loin, elle reconnaît la femme au chapeau, immobile, la tête légèrement inclinée. Pas un battement d’aile. Elles sont seules dans ce calme saisissant.
Le camp s’étendait sur vingt-cinq hectares. Un terrain sablonneux, délimité par les haies de feuillage, les chevaux de frise et les miradors. De l’extérieur, on ne distinguait que les barrières vertes et les tours de guet, le haut des baraquements en bois. Elle étudie le plan, essaie de s’en représenter les dimensions sans y parvenir. Un rempart de sapins a proliféré tout autour ; on dirait qu’ils montent la garde.
Irène pense à la forêt en marche de Macbeth, vengeant le meurtre des innocents.
Le froid la gagne.
À travers le silence, elle ressent la vibration des êtres dont ce lieu est la tombe. Leur solitude et leur terreur. Elle laisse sa prière monter vers eux.
Plus tard, elle marche jusqu’au parking. Dans le petit musée attenant, un article du quotidien local est illustré de la photo d’un beau vieillard. Elle interroge le gardien, Qui est-ce ?
— Samuel Willenberg. Le dernier survivant de la révolte ! répond-il en anglais en roulant les r.
— Le dernier… ? demande-t-elle.
Il hoche la tête. Il venait souvent ici. C’était un grand monsieur, un artiste.
Son cœur se serre à l’idée que les derniers témoins sont morts. Les héros du soulèvement. Lazar a emporté ses secrets avec lui.
Une maquette du camp occupe la vitrine centrale. On la doit à Jankiel Wiernik, un survivant polonais. Elle s’attarde sur son portrait : cheveux blancs, oreilles en pointe et regard noir perçant, moustache de cosaque. Il avait cinquante-trois ans quand on l’a raflé dans le ghetto de Varsovie. Qu’il ait survécu relève du miracle. Heureusement pour lui, les SS avaient besoin d’un charpentier qualifié. Il a construit sans relâche des miradors, des baraques, un zoo. D’abord affecté au commando des trieurs, Lazar a dû plus tard intégrer son équipe. En tant que maître charpentier, Wiernik était le seul travailleur juif autorisé à circuler dans tout le camp. Il est devenu le rouage central de la révolte.
Cette maquette est la copie de celle qu’il a réalisée pour le procès Eichmann. Irène fixe les montagnes d’affaires dans la cour. Elle en a lu des descriptions en imaginant Lazar courbé, courant d’un tas à l’autre sous les coups, les invectives, classant à la hâte chaque objet par catégorie, déchirant les ourlets, fouillant les poches, refermant les valises et nouant les ballots, tout ça sans penser, car penser à ces piles c’était mourir. Maintenant elle imagine ces entassements de vêtements de toutes tailles et de toutes sortes, chaussures liées par paires, cannes, béquilles, chapeaux et montres à gousset, ustensiles de cuisine, menorah et châles de prière, jouets…
Jouets.
Elle le voit se pencher vers le pierrot de tissu.
Aucun enfant n’a survécu à Treblinka. Leurs derniers trésors ont été donnés à des petits Allemands. Mais Lazar a sauvé ce pierrot. Il l’a dérobé aux assassins.
Elle ouvre le livre de Sereny, retrouve la page qu’elle a cornée. Un survivant tchèque confie à la journaliste qu’à la fin de l’hiver 1943, les convois se sont raréfiés : «… et un jour il n’est plus rien resté. Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons ressenti quand il n’y a plus rien eu. Vous comprenez, les choses étaient notre raison de demeurer en vie. S’il n’y avait plus de choses à ranger, pourquoi nous auraient-ils laissés en vie ? »
Irène songe que, pour Lazar, le pierrot était peut-être un talisman.
Elle rejoint la dame au chapeau devant les vitrines qui exposent des objets exhumés des profondeurs du site. Il y a deux ans, une équipe d’archéologues britanniques a retrouvé les fondations des anciennes chambres à gaz, quelques carreaux de faïence qui tapissaient les murs. Des ossements, des cheveux. Une bague en forme de fleur, un pendentif rouillé, un peigne aux dents cassées.
— Ils voulaient les effacer de la surface de la terre, lui dit l’inconnue. Ils n’ont pas entièrement réussi.
Quand elles ressortent, il neige à gros flocons. Cette fois, Irène accepte de partager un taxi. Le trajet leur permet de faire connaissance. L’inconnue s’appelle Ruth Greenberg, elle vit à Tel Aviv. Sa mère a grandi près d’ici. Elle a perdu tous les membres de sa famille à Treblinka. Elle venait chaque année, parfois Ruth l’accompagnait. Elle est morte il y a deux ans, alors Ruth s’est résolue à faire le voyage seule. Elle est soulagée d’avoir dit le Kaddish pour ses disparus.
— Et vous, ma chère, qui avez-vous perdu ? lui demande-t-elle, posant sa main sur la sienne.
Plus tard, elle se souviendra que Ruth Greenberg a noté le nom de Lazar Engelmann sur un petit agenda en cuir noir. Qu’elles ont échangé leurs adresses et que la dame au chapeau l’a invitée à venir la visiter un jour en Israël.
Elle se souviendra qu’elle devait retrouver Janina dans un restaurant derrière la place Pilsudski, et qu’elle était en retard. En chemin, Hanno lui a envoyé un sms pour lui demander son avis sur une pyramide en bois qu’il avait repérée pour Antoine au marché de Noël, à Berlin. Elle a jeté un regard distrait à la photo, pianoté « Wunderschön » et rangé son téléphone au fond de son sac. Il était sur vibreur depuis le matin.
Elle se souviendra que Janina était triste qu’elle reparte, mais heureuse qu’elles aient partagé tant de moments importants, parfois terribles. Elle disait, C’est passé vite, et même si Irène en convenait, elle éprouvait du soulagement à l’idée de laisser derrière elle ce pays couturé, encore à vif. Elle avait besoin de digérer les émotions de ces derniers jours, de s’accorder un peu de détente avec Antoine et Hanno. En pensée, elle y était déjà. Une effervescence la gagnait, chassant la tristesse qui l’avait envahie à Treblinka. Elles ont bu des cocktails, parlé de choses légères. Peut-être qu’elle a évoqué Stefan, l’alcool aidant. Elle ne pourrait en jurer.
— Tu reviendras ? lui a demandé Janina en sortant du restaurant.
Elle a promis, elle avait la sensation de n’être qu’au début de son voyage. Pour ne pas se quitter tout de suite, elles ont marché jusqu’à la tombe du soldat inconnu. Quelques touristes guettaient un signe de lassitude sur le visage impassible des soldats. Janina lui a demandé à quelle heure était son vol. Elle a sorti son téléphone, choquée de voir tous ces appels en absence. Son frère aîné, qui ne lui téléphonait jamais, Myriam et Antoine avaient cherché à la joindre plusieurs fois. Antoine lui avait envoyé un sms à 20 h 30 : « Je viens d’écouter les infos. Comment allez-vous ? »
Son sang s’est figé, elle l’a rappelé.
Un camion venait de foncer tous feux éteints sur un marché de Noël de Berlin, renversant tout sur son passage. À cette heure, on dénombrait au moins douze morts et une cinquantaine de blessés. Le camion noir était immatriculé en Pologne, comme un clin d’œil macabre.
Elle a tenté de joindre Hanno sans y parvenir. Des dizaines de fois, à en devenir folle de peur. Autour d’elle on s’efforçait de la calmer, Janina lui parlait mais elle n’entendait pas. Tout se confondait dans un brouillard rouge. Elle voulait qu’on l’emmène à la gare, à l’aéroport. Il n’y avait plus de vol ni de train pour Berlin. Elle fumait cigarette sur cigarette, rappelait Myriam, Wilhelm et Hanno, tombait sur leur répondeur. Janina lui a proposé d’aller au Sofitel, juste à côté, elles pourraient patienter au chaud. Mais cette peur qu’elle couvait depuis la naissance de son fils était en train de la dévorer. Face à elle il n’y avait rien qui tienne, rien à quoi se raccrocher. Au bout du fil, Antoine se voulait rassurant : Si Hanno était parmi les victimes, ils t’auraient déjà prévenue. Le réseau téléphonique est saturé, il faut attendre.
Elle ne cessait d’actualiser le fil d’information sur son téléphone. On ne disait rien sur les morts, les blessés. Une étudiante anglaise témoignait au micro qu’elle buvait un vin chaud avec des amis près d’une baraque quand ils avaient entendu des chocs sourds, des cris. L’incrédulité vibrait dans sa voix.
Pris en otage par le terroriste, le chauffeur polonais avait essayé d’arrêter l’agresseur. On avait retrouvé son corps dans la cabine. Le tueur avait disparu dans l’obscurité du Tiergarten. La traque commençait.
Elle gardera le souvenir d’une veille interminable dans le salon du Sofitel, suspendue à son téléphone comme à une balise de détresse. Le sms de Myriam était arrivé à 22 h 35 : « Ils vont bien, ils sont à Schöneberg, chez la cousine d’Hermine. Benjamin est en route pour Berlin. Le réseau téléphonique est saturé, tu peux leur écrire sur Messenger. »
Elle avait un compte Facebook mais n’y allait jamais, elle n’avait même pas chargé l’application sur son téléphone. Elle avait oublié son mot de passe. Quand elle est enfin parvenue à ouvrir Messenger, elle découvre les messages de son fils : « On va bien Maman, ne t’en fais pas. J’essaie de te joindre mais ça ne marche pas. Toby, Leni et Hermine sont avec moi, on est chez la cousine d’Hermine. »
« Je n’arrive pas à t’appeler, le réseau est saturé. J’espère que tu ne t’inquiètes pas trop. Je t’embrasse. »
« J’espère que tu vas bien. Je t’ai envoyé des sms mais je n’ai pas l’impression que tu les reçois. On est toujours chez Lotte, on va y passer la nuit. »
Elle pleurait de soulagement tandis que ses doigts trébuchaient sur les touches. Janina l’interrogeait du regard. Elle a souri à travers ses larmes : Il va bien.
— Je crois que tu as besoin d’un verre.
La Polonaise a commandé deux vodkas qu’elles ont bues cul sec ; la recette d’Agata pour chasser le malheur.
— Tu vas changer ton vol ?
Elle a hoché la tête. Elle prendrait le premier avion pour Berlin.
— Ce qui est affreux avec les enfants, a-t-elle murmuré, c’est qu’on ne peut pas les protéger.
Elle pensait, Il aurait pu mourir ce soir et tu aurais passé la même soirée, tu n’aurais rien su, rien senti. Et même si ton cœur t’avait alertée, ça n’aurait rien changé.