Le 18 mai 1506 Michelangelo Buonarroti, debout sur la brève esplanade, observe l'église qui, cinquante ans plus tôt, était encore le centre de la chrétienté. Il pense à Constantin, à Justinien, à la pourpre des empereurs et aux croisés plus ou moins barbares qui y entrèrent à cheval pour en ressortir chargés de reliques ; il repensera, vingt ans plus tard, au moment de dessiner un dôme pour la basilique Saint-Pierre de Rome, à la coupole de cette Sainte-Sophie dont il aperçoit le profil depuis la place où les Stambouliotes se pressent pour la prière de l'après-midi, guidés par l'horloge humaine du muezzin.

A ses côtés, Mesihi, l'enfant de Pristina, se rappelle peut-être lui aussi son émotion en arrivant pour la première fois à Constantinople, à Istanbul, depuis peu résidence du sultan et capitale de l'Empire ; toujours est-il qu'il prend le sculpteur par le bras et lui dit, en désignant les fidèles qui passent dans l'immense narthex du bâtiment :

— Suivons-les, maestro.

Et Michel-Ange, aidé par la main du poète et la fascination qu'exerce sur lui le sublime édifice, surmonte sa peur et son dégoût des choses musulmanes pour y pénétrer.

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