Michel-Ange est ébloui par l'opulence et la splendeur de la cour. La foule des esclaves, des ministres, de l'élite des janissaires, l'aspect noble et tranquille du sultan coiffé d'un turban blanc que couronne une aigrette d'or et de diamants le fascinent. Les architectes de Bayazid ont réalisé la maquette en trois jours à peine, et elle trône maintenant sur un riche présentoir, ce qui irrite l'artiste ; elle a six coudées de long pour une et demie de haut. Il souhaitait qu'on la montre tout simplement sur une table, mais l'étiquette veut que l'on ne puisse présenter au souverain que des objets nobles.
Bayazid ne cache pas sa joie.
Il arbore un large sourire.
Il félicite le sculpteur lui-même, directement, et va même, chose rarissime, jusqu'à le remercier en langue franque.
Les ambassadeurs de Venise ou du roi de France ne sont pas aussi bien reçus.
Bayazid donne solennellement l'ordre au mohendesbashi de débuter les travaux le plus tôt possible.
Puis l'ombre de Dieu sur terre fait approcher le Florentin et lui remet un parchemin roulé, revêtu de son toghra, son sceau calligraphié ; Michel-Ange s'incline respectueusement.
On lui signifie ensuite son congé.
L'entrevue a duré quelques minutes à peine, mais l'artiste a eu le temps de dévisager le sultan, de remarquer la constitution robuste, le nez aquilin, les grands yeux sombres, les sourcils noirs, les marques de l'âge autour des pommettes ; s'il ne détestait pas tant les portraits, Michel-Ange se mettrait à dessiner immédiatement, avant d'oublier les traits du grand seigneur.