Michel-Ange hurle. C'est la septième fois qu'on le torture. On lui applique un fer rouge sur les jambes ; la douleur l'empêche de sentir l'odeur de la chair brûlée. On lui arrache l'extrémité d'un sein, des lambeaux de peau sur les cuisses, sur les épaules, avec une pince ; on lui brise le bras gauche à l'aide d'un marteau. Il s'évanouit.

On le ranime en lui lançant des seaux d'eau glacée. Il geint.

Il implore Dieu et ses tortionnaires.

Il souhaite mourir ; on ne le laisse pas mourir ; l'inquisiteur verse de l'acide sur ses plaies, il hurle de nouveau, son corps n'est qu'une immense crampe, un arc tendu de souffrance.

Il ne parvient plus à gémir, il est aveugle, tout est noir, mal, bourdonnement.

Le lendemain on le porte au bûcher, sur une place envahie par la foule, une foule pleine de haine, heureuse d'assister au supplice, qui crie des vivats au bourreau.

Il est pris de peur, la peur panique de la douleur et de la mort quand on approche le brandon et qu'il entend crépiter les flammes sous lui, il va brûler, il brûle, le vacarme du brasier couvre ses hurlements désespérés.

Il se réveille, en sueur, la bouche sèche, avant que l'on ne jette ses cendres dans l'Arno. Il y a longtemps qu'il n'avait pas rêvé de Savonarole. Depuis près de dix ans, la mort du prêcheur le rattrape de temps en temps, son visage dilaté par la chaleur dans un immense cri inaudible, ses yeux bouillants qui explosent, ses mains tendues où les os apparaissent sous la peau.

Michel-Ange frémit ; il scrute la nuit et inspire désespérément, comme pour avaler de la lumière.

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