Toutes ces fourrures donc, tous ces panni de laine, ces rouleaux de satin de Bergame et de velours florentin, ces barils et ces caisses ont débarqué après Michel-Ange le 13 mai 1506.

Une heure plus tôt, en doublant la pointe du palais, l'artiste a aperçu la basilique Sainte-Sophie, géant aux larges épaules, Atlas portant sa coupole jusqu'aux sommets du monde connu ; pendant les manœuvres d'accostage, il a observé l'activité du port ; il a vu décharger l'huile de Mytilène, les savons de Tripoli, le riz d'Egypte, les figues sèches de Smyrne, le sel et le plomb, l'argent, les briques et le bois de construction ; il a parcouru des yeux les pentes de la ville, entrevu l'ancien sérail, les minarets d'une grande mosquée qui dépassent du haut de la colline ; il a surtout regardé la rive opposée, les remparts de la forteresse de Galata, de l'autre côté de la Corne d'Or, cet estuaire qui ressemble si peu à l'embouchure du Tibre. C'est donc là, un rien plus loin, vers l'amont, qu'il est censé construire un pont. La distance à franchir est gigantesque. Combien d'arches faudra-t-il ? Quelle peut être la profondeur de ce bras de mer ?

Michel-Ange et son bagage s'installent dans une petite chambre au premier étage des magasins du marchand florentin Maringhi. On a pensé qu'il préférerait prendre pension chez des compatriotes.

Son drogman grec habite un réduit dans une dépendance voisine. La pièce où Michelangelo Buonarroti ouvre son bagage donne sur une coursive aux belles arcades de pierre ; une double rangée de fenêtres, très hautes, presque collées au plafond, distribue une lumière qui semble venir de nulle part, diffractée par les jalousies de bois. Un lit et une table de châtaignier, un coffre ouvragé en noyer, deux lampes à huile et un lourd bougeoir circulaire de fer au plafond, voilà tout.

Une petite porte cache une salle d'eau carrelée de faïence multicolore dont Michel-Ange n'a que faire, car il ne se lave jamais

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