Michelangelo possède un carnet, un simple cahier qu'il a réalisé lui-même : des feuilles pliées en deux, retenues par une ficelle, et une couverture de carte épaisse. Ce n'est pas un carnet de croquis, il n'y dessine pas ; il n'y note pas non plus les vers qui lui viennent parfois, ou les brouillons de ses lettres, encore moins ses impressions sur les jours ou le temps qu'il fait.

Dans ce cahier taché, il consigne des trésors. Des accumulations interminables d'objets divers, des comptes, des dépenses, des fournitures ; des trousseaux, des menus, des mots, tout simplement.

Son carnet, c'est sa malle.

Le nom des choses leur donne la vie.

11 mai, voile latine, tourmentin, balancine, drisse, déferlage.

12 mai, garcette, cabestan, varangue, coupée, carlingue.

13 mai 1506, étoupe, amadou, briquet, mèche, cire, huile.

14 mai, dix petites feuilles de papier lourd et cinq grandes, trois belles plumes, un encrier, une bouteille d'encre noire, une fiole de rouge, mine de plomb, porte-mine, trois sanguines.

Deux ducats à Maringhi, ladre, voleur, étrangleur Heureusement la mie de pain et le charbon sont gratuits.

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