A maestro Giuliano da Sangallo, architetto del papa in Roma
Giuliano, j'ai compris par une de vos lettres que le pape a eu en mauvaise part mon absence et que Sa Sainteté est prête à déposer les fonds et faire tout ce dont nous étions convenus, qu'il souhaite mon retour et désire que je ne doute de rien.
En ce qui concerne mon départ de Rome, la vérité est que j'ai entendu le pape dire, le Samedi saint, à table, parlant avec un joaillier et le maître de cérémonie, qu'il ne voulait plus dépenser un sou en pierres, grosses ou petites : ce qui m'étonna fort. Avant de le quitter, je lui demandai ce dont j'avais besoin pour poursuivre mon ouvrage. Sa Sainteté me répondit que je revienne le lundi : j'y retournai le lundi et le mardi et le mercredi et le jeudi, en vain. Enfin, le vendredi matin, je fus éconduit, c'est-à-dire plutôt chassé, et celui qui me jeta dehors disait qu'il me reconnaissait, mais qu'il en avait reçu l'ordre.
Alors, puisque j'avais ouï le samedi les paroles susdites, en voyant l'effet, je conçus un grand désespoir. Mais ceci ne fut pas la seule cause de mon départ, il y a aussi une autre affaire, que je ne veux pas écrire ici ; il suffit d'expliquer que, si j'étais resté à Rome, on aurait érigé mon tombeau avant celui du pape. C'est la raison de ce mouvement subit.
Vous m'écrivez à présent de la part du pape, et vous lui lirez sans doute ces mots : que Sa Sainteté sache que je suis plus que jamais disposé à achever l'œuvre. Voilà près de cinq ans que nous sommes d'accord sur la sépulture, elle sera à Saint-Pierre et aussi belle que je l'ai promis : je suis certain que, si elle se fait, il n'y aura rien de pareil dans le monde.
Je vous prie donc, mon très cher Giuliano, de me faire parvenir la réponse.
Rien de plus.