Michel-Ange est réveillé par un cri, une lutte dans le noir ; il a peur, il roule à bas du lit, sans comprendre ; un appel à l'aide, des chocs confus sur le plancher ; il voit qu'on apporte de la lumière, il entend qu'on l'appelle.
Il se lève avec difficulté.
Il y a un corps de femme ensanglanté sur le sol. Mesihi est debout, l'œil hagard, sauvage et pâle à la fois.
Il brandit encore la dague noire d'Aldobrandini, qui vient de pénétrer avec tant de facilité la chair de la chanteuse.
Michelangelo reste interdit quelques secondes. Il ne peut détourner son regard du corps dénudé allongé sur le plancher : une flaque noire s'agrandit sous la poitrine ; le visage, de côté, à demi recouvert par les cheveux en désordre, est d'une pâleur de lune ; il semble agité d'un dernier mouvement, qui n'en n'est pas un, un tressaillement, tout au plus.
Sur le pas de la porte, les serviteurs avec leurs bougeoirs sont stupéfaits, surpris à la fois par la beauté de la nudité de la jeune femme et la violence de la scène.
Le sculpteur se penche vers celle dont il découvre les formes dans la lumière. Il n'ose pas la toucher.
Il se retourne vers Mesihi.
Il se précipite soudain sur lui en hurlant ; il le frappe du poing au visage, l'étourdissant à moitié ; par réflexe, Mesihi lève le poignard pour se protéger et blesse Michel-Ange au bras ; insensible à la peur le sculpteur le frappe à nouveau, lui attrape le poignet, et tourne ; il tourne, il est fort ; il est puissant et blessé et si les serviteurs de Maringhi n'étaient pas intervenus pour le maîtriser, non seulement les os se seraient brisés, mais, une fois la dague en sa possession, il aurait sans nul doute achevé le poète de mille coups furieux.