Mesihi a raccompagné Arslan à la porte du caravansérail. Ivres, les Florentins sont allés se coucher ; seuls les serviteurs de Maringhi tournent encore dans la cour et font disparaître les dernières traces du banquet.

Mesihi regarde le feu s'éteindre petit à petit, la tristesse le recouvrir de ses cendres.

Il pressent qu'il va perdre Michel-Ange à jamais.

L'obséquieux Arslan est un étrange espion, à la fois agent de Venise et homme du sultan ; il navigue entre l'un et l'autre, proposant ses services troubles des deux côtés de la mer.

Ici aussi il y a des conspirations et des jeux de palais ; des jaloux, des intrigants prêts à tout pour discréditer Ali Pacha aux yeux de Bayazid, pour empêcher la construction de ce pont impie, œuvre d'un infidèle, pour entraîner la disgrâce du ministre par un scandale.

Michel-Ange ne soupçonne rien de tout cela.

Mesihi sait qu'Arslan est un rouage de ces manigances ; il ne peut rien contre lui, d'autant moins que, en échange du prix d'un fief en Bosnie, Arslan vient de lui révéler la teneur du complot. Mesihi a offert tout ce qu'il possède pour cette information.

Maintenant il se sent seul et accablé ; il sait ce qu'il a à faire.

Il va devoir éloigner celui qu'il aime pour le protéger.

L'arracher à la mortelle Andalouse.

Organiser sa fuite, cacher son départ et lui dire adieu.

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