Le lendemain, lorsque Mesihi arrive pour leur promenade quotidienne, Michel-Ange est d'excellente humeur. Il ne sait comment s'excuser pour ses emportements de la veille. Il accueille délicatement le poète, le presse de compliments, l'invite jusque dans sa chambre.

— J'ai quelque chose à te montrer, dit-il. Surpris, Mesihi l'accompagne.

Une fois dans l'appartement de l'artiste, ils gardent le silence. Gêné, Mesihi ne sait où s'asseoir ; il reste debout.

Le singe semble respecter leur silence et reste lui aussi immobile et silencieux dans sa cage.

Michel-Ange est embarrassé ; il observe Mesihi, sa carrure élégante, ses traits fins, ses cheveux sombres et huilés.

Il lui tend soudain un papier.

— C'est pour vous, dit-il.

Ce vouvoiement soudain est très doux aux oreilles du poète.

— Qu'est-ce que c'est ?

— C'est un dessin. Un souvenir. Un éléphant. Cela porte bonheur, dit-on. Il vous tiendra lieu de singe, ajoute-t-il en riant.

Mesihi sourit.

— Merci, Michelagnolo. Il est magnifique.

— Et ça aussi c'est pour vous. Je vous le donne.

Michel-Ange lui offre le rouleau que lui a remis le sultan.

— Je ne peux pas accepter, c'est un cadeau de Bayazid, maestro. Cela représente beaucoup d'argent.

Michel-Ange insiste, proteste, en disant qu'il n'en a que faire, et que, très certainement, il est possible de faire inscrire le nom de Mesihi à la place du sien sur ce titre de propriété.

Mesihi continue à refuser énergiquement, en souriant.

— Je garde l'éléphant, maestro. C'est suffisant.

Michel-Ange fait mine de se rendre aux arguments de Mesihi puis, quelques secondes plus tard, alors qu'ils s'apprêtent à sortir de la chambre, il dit tout bas :

— Vous savez, ce papier vous appartient autant qu'à moi. Sans vous, je ne serais jamais arrivé à rien.

Et il lui met de force le firman dans la main. Mesihi sent son cœur gonfler à se rompre.

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