Constantinople, 19 mai 1506
A Buonarroto di Lodovico di Buonarrota Simoni in Firenze
Buonarroto, j'ai reçu aujourd'hui 19 mai une lettre de toi dans laquelle tu me recommandes Piero Aldobrandini et m'enjoins de faire ce qu'il me demande. Sache qu'il m'écrit jusqu'ici pour que je lui fasse fabriquer une lame de dague, et que j'y mette du mien pour qu'elle soit merveilleuse. J'ignore comment je pourrais le servir vite et bien : d'abord parce que ce n'est point ma profession, et ensuite car je n'ai pas de temps à y consacrer. Cependant je m'ingénierai pour qu'il soit satisfait, d'une manière ou d'une autre.
Pour vos affaires, et particulièrement celles de Giovan Simone, j'ai tout compris. J'aimerais qu'il s'installe dans ta boutique, car je souhaite l'aider autant que vous autres ; et si Dieu m'accorde son secours, comme toujours jusqu'à présent, j'espère avoir assez vite terminé ce que je dois réaliser ici, puis je rentrerai et j'accomplirai ce que je vous ai promis. Pour l'argent dont tu me dis que Giovan Simone veut l'investir dans un négoce, il me semble que tu devrais l'inciter à attendre mon retour, et nous réglerions tout d'un coup. Je sais que tu me comprends, et cela me suffit. Dis-lui de ma part que s'il voulait tout de même la somme dont tu me parles, il faudrait la prendre du compte Santa Maria Maggiore. D'ici je n'ai encore rien à vous envoyer, parce que je n'ai touché que peu d'argent sur mon travail, qui est encore chose douteuse, et qui pourrait provoquer ma ruine. Pour cela je vous demande d'être patients quelque temps, jusqu'à mon retour.
Quant au désir de Giovan Simone de me rejoindre, je ne le conseille pas pour le moment, car je réside ici dans une méchante chambre et je n'aurais point la possibilité de le recevoir comme il le faudrait. S'il insiste dis-lui qu'on ne peut pas venir jusqu'ici en une journée de cheval !
Rien de plus.
Priez Dieu pour moi et pour que tout aille bien.