Michel-Ange a observé longuement la jeune femme endormie près de lui. C'est une ombre dorée ; la bougie qui vacille éclaire sa cheville, sa cuisse, sa main refermée comme pour retenir le sommeil ou quelque chose d'inaccessible ; sa peau est sombre, Michel-Ange passe doucement le doigt sur son bras, remonte jusqu'au creux de l'épaule.
Il ne sait rien d'elle ; il s'est laissé charmer par cette voix épuisée, puis il l'a regardée s'assoupir, alors que le feu de la Saint-Jean mourait en découvrant les étoiles innombrables de la nuit de juin.
Trois mots espagnols tournent dans sa tête comme une mélodie.
Reyes, batallas, elefantes.
Battaglie, re, elefanti.
Il les consignera dans son cahier, comme un enfant garde férocement son trésor de cailloux précieux.