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La balle vrilla l’air, sa pointe aiguisée fonçant vers le crâne de Grace. Pas le temps de l’éviter. Juste celui de se dire qu’elle n’était pas prête à mourir. Le métal chauffé à blanc siffla à son oreille pour terminer sa trajectoire dans un impact d’os éclaté.

Les yeux écarquillés d’effroi, Grace plaqua sa main sur sa tête et sentit le contact liquide du sang s’écouler entre ses doigts. Deux autres détonations retentirent et elle s’effondra, le dos glissant contre le mur. Lentement, elle leva son regard voilé vers la femme qui venait de tirer.

— Qui êtes-vous ?

L’inconnue lui écrasa le canon de son arme sur le front. Grace distingua des cheveux blonds coupés court encadrant un visage fin aux pommettes ciselées.

Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Avait-elle été touchée à la tête ? Qui était cette femme ?

— Vous n’avez rien. La balle n’a fait que vous frôler la tempe, déclara cette dernière d’une voix hautaine teintée d’un accent américain.

Grace comprima la paume de sa main sur sa blessure, puis tourna la tête pour prendre la mesure de la situation, elle découvrit alors l’origine du bruit d’os brisé en avisant le corps d’un milicien, le sang de son cerveau s’écoulant par un trou dans le crâne, les doigts encore serrés autour de son fusil d’assaut.

— Je pense avoir supprimé tous les gardes, reprit l’inconnue d’un ton autoritaire. Les renforts ne seront pas là avant une heure ou deux, compte tenu de l’éloignement du site. Cela nous laisse un peu de temps : qui êtes-vous, que faites-vous là ?

Grace allait lui retourner la question, mais le contact de l’arme sur sa peau lui rappela le rapport de force du moment.

— Grace Campbell, inspectrice de la police de Glasgow.

— Ah… c’est vous.

L’assaillante baissa alors son arme et recula de quelques pas.

— On se connaît ? hasarda Grace.

Elle avait l’impression que cette femme la regardait de haut, voire avec du mépris, en se disant qu’elle ne l’imaginait pas ainsi.

— Je vous connais un peu, vous pas du tout.

Grace approuva d’un mouvement de tête, la bouche formant une expression exagérément convaincue.

— Effectivement, c’est beaucoup plus clair, mais…

— Je vais fouiller les lieux. Ensuite, nous sortirons toutes les deux, chacune partira de son côté, vous laisserez tomber votre enquête, vous m’oublierez et peut-être que vous vivrez.

— Le guide qui m’a conduite jusqu’ici est à l’agonie dans un des tunnels d’accès. Il lui faut des secours au plus vite.

— Pas mon problème.

Et elle tourna les talons.

Grace la rattrapa par le bras.

— Hey ! Imaginons que j’arrive à sortir d’ici : il n’y a aucun réseau dans cette zone et ma cheville m’empêche de courir pour aller chercher de l’aide. Il va mourir. Vous m’avez sauvé la vie, sauvez aussi la sienne.

Les yeux bleus en amande de la grande femme se plissèrent et son regard se fit menaçant.

— Je vous ai sauvé la vie dans le doute. Rien ne m’y obligeait. Mais si vous commencez à me faire perdre du temps, vous allez rejoindre le type qui est à vos pieds. Ça, c’est… beaucoup plus clair ?

Puis elle s’éloigna.

Impuissante, Grace réagit avec plus de violence qu’elle ne l’avait jamais fait. Elle se baissa, ramassa son arme de service et tira deux balles à terre, juste à côté de l’inconnue.

Sans se retourner, la blonde au regard froid se figea, tandis que l’écho des coups ricochait encore contre les murs.

— Vous allez chercher de l’aide tout de suite ! ordonna Grace, qui peinait à se reconnaître dans une attitude si agressive.

— Sinon, vous me tuez, c’est ça ? Malin…

— Écoutez, si on pouvait penser à la vie de ce jeune homme au lieu de s’insulter. C’est un gamin du coin qui a tout juste vingt ans. Il était simplement là pour me guider, il n’a pas mérité ce qui lui arrive. Vous avez seulement à faire quelques kilomètres à pied ! Qu’est-ce qu’il peut y avoir de plus important que de sauver une vie innocente ? Vous pouvez me le dire ?

— Calmez-vous, Grace Campbell. Je sais bien que vous n’aimeriez pas que votre enquête se termine encore en fiasco alors que vous essayez de remonter la pente…

Grace frémit.

— Qui êtes-vous ?

L’inconnue consulta l’heure à son poignet.

— Je n’ai pas peur que vous me tiriez dessus sciemment, je crains simplement qu’en voulant m’intimider vous ratiez votre coup et me blessiez, finit-elle par dire d’un ton agacé. Je me rends au poste de communication à deux étages au-dessus. Vous y trouverez peut-être un moyen d’y appeler des secours.

Et elle disparut au coin du couloir.

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