Rea avait exploré le moindre recoin, ouvert des portes, allumé des lumières. Elle errait de pièce en pièce comme un fantôme, traquant les signes de l’existence de Raymond Drew. Une photo, une lettre, une trace de sa personne. Bien qu’elle eût déjà tout passé au peigne fin avec sa mère, elle cherchait encore.
Une heure plus tard, la maison restait aussi exempte de vie qu’elle le paraissait la première fois que Rea en avait franchi le seuil. Elle alla s’asseoir sur la même marche d’escalier. La fatigue s’insinuait dans ses jambes, ses bras, ses yeux secs. Sa mâchoire fit entendre un craquement quand elle bâilla.
Son père avait dit qu’il trouverait une solution, une manière de réparer. Il avait promis. Et elle ne le croyait pas.
Rea aimait beaucoup son père, mais elle savait que Graham Carlisle n’était pas un homme de parole. Il privilégierait son ambition, comme toujours. Les crimes de son beau-frère ? Balayés, enterrés.
Peut-être fallait-il suivre la voie de la facilité et le laisser détruire le registre. Ce serait fait, ils pourraient oublier.
Sauf que Rea n’oublierait pas. Elle avait vu le visage souriant de cette fille. Elle avait lu les noms de ses parents, leur supplique pour qu’on leur rende leur enfant saine et sauve.
Elle se plaqua les mains sur le visage, bloqua la lumière. Mais les images ne partaient pas. L’expression, confiante, heureuse, de Gwen Headley. Son image grossièrement dessinée. La petite photo de ses parents sur un canapé, chacun agrippé aux mains de l’autre.
Non, elle ne pouvait pas garder ça pour elle. Il fallait qu’elle le dise à quelqu’un. Bon sang, quelqu’un devait se battre pour la pauvre Gwen Headley, seule dans la mort.
Elle connaissait bien quelqu’un… Enfin, elle l’avait connu autrefois. Cinq ans, déjà.
Ils s’étaient séparés en mauvais termes, et plus rien depuis. Avait-elle conservé son numéro ? En avait-il changé ? Elle se dirigea vers la cuisine pour récupérer son portable sur le plan de travail.
Derrière la fenêtre, le jardin était d’un noir touffu, ondoyant dans la faible lumière de la rue qui passait de l’autre côté de la maison.
Rea prit son téléphone, ouvrit sa liste de contacts. Elle fit défiler les noms et trouva le numéro qu’elle cherchait.
Un mouvement, dehors, attira son attention. Une forme, ombre parmi les ombres. Était-elle là avant ?
Rea cligna des paupières, trois fois, pour chasser la fatigue de ses yeux secs. La forme ne bougeait pas. L’observant par la vitre.
L’observant ?
Comment une ombre pourrait-elle observer quoi que ce soit ?
« Crétine », dit Rea tout haut.
Elle revint à sa liste, sélectionna le numéro. Est-ce qu’il se souviendrait d’elle ?
Une seule manière de le savoir.