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Le portable de Lennon sonna. Numéro masqué.

« Oui ?

— Rebonjour, Jack. »

Lennon s’assit sur le canapé couvert de plastique. Après avoir été libéré par Flanagan, il était revenu à l’appartement de Roscoe Patterson. Étrange sentiment, sachant que le propriétaire était mort. Même l’air à l’intérieur lui semblait différent, plus froid. À présent qu’il n’était plus poursuivi, Lennon pouvait de nouveau se servir de son portable. Il avait commencé par appeler Bernie McKenna. Messagerie.

Et maintenant, ça.

Il écouta un moment la respiration de l’Étincelle, puis demanda : « Qu’est-ce que vous voulez ?

— Parler, c’est tout. Je me suis trop laissé emporter par mes émotions cet après-midi. Je n’étais pas moi-même.

— Je ne pensais pas que tuer vous perturbait autant.

— Ça ne me perturbe pas du tout. » Lennon entendait le sourire dans sa voix. « Depuis le temps. Mais ça m’échauffe un peu les sangs. J’ai la tête qui tourne, comme dans les montagnes russes. Vous connaissez. Vous avez tué des gens. »

Lennon se fit violence pour répondre. « Oui. Mais je n’en ai tiré aucun plaisir. »

Un petit rire, presque enfantin. « Oh ! Jack. Voyez-vous, c’est ce que les gens comme vous ne comprennent pas. Je n’ai éprouvé aucun plaisir en tuant tous ces gens. Je n’ai jamais tué quiconque pour m’amuser.

— Pourquoi, alors ?

— Parce que c’était… nécessaire.

— Pardon ?

— Pour prendre à ces gens ce dont j’avais besoin, pour que le méchant puisse sortir, il était nécessaire de les tuer. C’était une partie de l’ensemble, mais jamais le but en soi. Vous comprenez ?

— Non. Et je ne comprendrai jamais.

— Évidemment. Mais ne vous inquiétez pas. Je serai bientôt parti. Vous n’aurez plus à y penser.

— Parti où ?

— Loin, où vous ne pourrez pas m’atteindre. Ni vous ni personne.

— Vous n’avez pas de passeport, dit Lennon. C’est trop difficile de fabriquer un faux maintenant. Vous ne pouvez pas quitter l’Irlande. Il ne vous reste que le Sud, de l’autre côté de la frontière. Combien de temps pensez-vous que vous réussirez à vous cacher là-bas ?

— Aussi longtemps qu’il le faudra.

— Et qu’arrivera-t-il quand vous voudrez tuer à nouveau ? Ou si vous commettez une erreur ? Vous n’êtes plus tout jeune. Combien de temps tiendrez-vous encore ?

— Aussi longtemps qu’il le faudra. Bref. Je dois vous laisser. Je voulais juste vous dire au revoir.

— Il se peut que vous me revoyiez. Plus tôt que vous ne le pensez.

— Oh ?

— Peut-être que l’étau se resserre.

— Et peut-être pas. Dans tous les cas, vous avez intérêt à bouger vite, sinon je serai parti. Au revoir, Jack. »

Clic.

Lennon jeta le téléphone sur la table basse. L’appareil tournoya sur lui-même, l’écran s’éteignit. Il pensa à Graham Carlisle, à Serena Flanagan, à Rea, qui n’avait pas mérité cette mort.

Il pensa à la main d’Ellen dans la sienne, à ses bras autour de son cou. Il tuerait pour la récupérer. Si c’était nécessaire.

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