Le premier janvier au soir, chez les Cortès, chacun jouait à être gai. Gesticulait, s’exclamait, tentait de dissimuler les tourments de son cœur sous une mine enjouée, des rires forcés, mais chacun aussi sentait les limites de cette gaieté artificielle.
On se serait cru à un bal masqué pour convalescents.
Joséphine parlait en s’étourdissant pour ne pas penser à la montre de Dottie posée sur la table de nuit ; elle faisait réchauffer un lapin à la moutarde et tournait lentement une cuillère en bois en racontant n’importe quoi… Elle riait faux, elle parlait faux, elle renversait une bouteille de lait, goûtait un morceau de beurre, glissait une tranche de saucisson dans le toasteur.
Zoé marchait les jambes écartées, Gaétan posait un bras sur ses épaules en un geste de propriétaire confiant. Hortense et Gary se mesuraient, se rapprochaient, se cognaient, puis se détachaient en grommelant. Shirley observait son fils et songeait qu’il était en train de la pousser tout doucement vers une capitulation forcée des sens et du cœur. Est-ce cela aimer son enfant plus que tout ? s’interrogeait-elle. Et pourquoi ai-je l’impression de renoncer à mon dernier amour ? Ma vie n’est pas finie tout de même…
Seul Du Guesclin allait de l’un à l’autre avec entrain en quête d’une caresse, d’un peu de sauce sur un morceau de pain, d’un sucre candi qui traînerait sur la table. Il se dandinait sur ses grosses pattes carrées comme un chien impatient guette la récompense, de longs filets de salive pendant aux babines.
Chacun pensait à soi en faisant semblant de s’intéresser aux autres.
Il part après-demain et je ne le revois plus avant longtemps, se tourmentait Zoé, est-ce qu’il m’aimera autant qu’avant ? Et si j’étais enceinte ?
Ça y est ! exultait Gaétan, je l’ai fait, je l’ai fait, je suis un homme, un vrai ! Je l’aime et elle m’aime, elle m’aime et je l’aime.
Cette nuit, c’est pour cette nuit, bourdonnait Hortense en passant la main dans le cou de Gary, je ferai semblant d’aller me coucher dans la chambre de Zoé et je le rejoindrai, je me glisserai contre lui, je l’embrasserai, je tournerai sept fois ma langue dans sa bouche, ce sera bon, ce sera bon…
Elle croit qu’elle va m’avoir comme ça, mais non, mais non, c’est trop facile, maugréait Gary en se resservant de pâtes fraîches et de lapin à la moutarde, je peux aussi avoir une tranche de pain ou c’est trop te demander ? disait-il à Hortense qui lui tendait un morceau de baguette avec un large sourire confiant…
Comment vais-je lui faire comprendre qu’il ne faut plus qu’on se voie ? réfléchissait Shirley, plus qu’on se voie du tout… il ne faut pas que je lui dise la vraie raison, il la balaierait d’un revers de main en affirmant que ce n’est pas dramatique, que Gary est grand, qu’il doit comprendre que sa mère a droit à une vie privée… Ce n’est pas un service que tu lui rends, tu lui fais croire qu’il est tout-puissant, il doit apprendre à composer avec la réalité. Il faut que vous vous sépariez tous les deux, vous avez trop vécu en osmose. Elle connaissait son discours d’avance, elle pouvait l’écrire et elle n’avait pas d’argument à lui opposer, sinon qu’elle ne voulait pas faire de mal à son petit garçon. Mais il a vingt ans ! Ce n’est plus ton petit garçon. Ce sera toujours mon petit garçon… Bullshit ! il répondrait, exaspéré, enfoncé dans sa canadienne rouge, bullshit ! Ils se disputeraient, ils se quitteraient fâchés. Et je n’aurai pas le courage de rester fâchée, j’essaierai encore d’expliquer et je tomberai dans ses bras… Autant fuir, ne rien dire ou prétendre que j’ai retrouvé un ancien soupirant à Paris.
Et si Shirley avait tort, pensait Joséphine, si Dottie vivait vraiment chez Philippe ? Si, chaque soir, elle posait sa montre sur sa table de nuit avant qu’il ne la prenne dans ses bras… Il n’a jamais arrêté de voir Dottie. Elle est jeune, drôle, légère, douce ; il ne supporte plus de vivre seul. On dit que les hommes n’aiment pas la solitude alors que les femmes l’endurent. Et puis, il aime dormir avec elle, il est habitué, ils ont chacun leur côté de lit…
Chacun poursuivait son monologue intérieur tout en sauçant le lapin à la moutarde, en découpant un morceau de chèvre ou de brie, en prenant une part de tarte au citron faite par Zoé, en débarrassant la table, en chargeant le lave-vaisselle, en s’étirant, en bâillant, en se déclarant fatigué, épuisé, et en se retirant dans sa chambre sans s’attarder.
Hortense se démaquilla, brossa cent fois ses cheveux la tête renversée, fit crépiter ses longues mèches auburn, posa une goutte de parfum derrière chaque oreille, enfila son tee-shirt de nuit, enjamba le matelas où était allongé Gaétan. Il lisait un Super-Picsou et rigolait en racontant comment l’oncle Picsou entubait Donald et le faisait travailler pour pas un rond. Il est vraiment sympa, ce vieux Donald, quand même ! Il se laisse exploiter sans rien dire… Et Picsou, on dirait un patron du CAC 40… Il n’en a jamais assez, il veut encore plus de sous, encore plus de sous.
Zoé, les draps relevés jusqu’au menton, se demandait comment suggérer à Hortense de les laisser seuls pour leur dernière nuit ensemble. Lui faire comprendre que ce serait bien qu’elle dorme ailleurs. Dans le salon, par exemple… Ou qu’elle aille travailler sur ses vitrines dans la cuisine. Elle adore travailler la nuit, dans la cuisine. Je pourrais lui demander carrément ou la prendre par les sentiments. Ou lui parler de solidarité féminine. Non, avec Hortense, la solidarité, ça ne marche pas. Elle réfléchissait, elle réfléchissait, elle faisait pivoter ses chevilles sous les draps pour trouver une phrase qui lui ouvre le cœur d’Hortense quand celle-ci sauta dans le lit et proposa :
— On éteint, on attend que maman et Shirley soient endormies et je file retrouver Gary… Pas un mot aux douairières ! Elles en feraient des gorges chaudes et j’y tiens pas du tout !
— OK, murmura Zoé, soulagée. Je ne dis rien…
— Merci, petite sœur ! Mais toi, tu te tiens bien ! Je ne veux pas être responsable d’un gnome dans neuf mois !
— Pas de problème, répondit Zoé en devenant toute rouge.
— Je te fais confiance, bimbamboum ?
— Bimbamboum…, répéta Zoé.
Elles attendirent que la lumière s’éteigne dans la chambre de Joséphine et Shirley. Attendirent que s’élève le ronflement léger de Joséphine, puis celui plus puissant de Shirley, hum, hum, remarqua Hortense, les douairières ont trop picolé, elles font un bruit de soufflerie d’usine ! Zoé gloussa nerveusement. Elle avait les pieds froids et les mains brûlantes. Hortense se releva, prit son portable et quitta la chambre sur la pointe des pieds.
— Dors bien, Zoétounette, et dans la plus grande chasteté !
— Promis ! souffla Zoé en croisant les doigts sous les draps pour se faire pardonner son mensonge.
Gaétan bondit s’allonger contre elle.
— Toute une nuit dans un vrai grand lit ! exulta-t-il en la prenant contre lui. La classe totale !
Il posa une main douce sur les seins de Zoé qui gémit…
La ville tout entière allait retenir son souffle, cette nuit encore…
Gary lisait une vieille BD de Quick et Flupke, torse nu, dans son lit. Les écouteurs de son iPod, vissés aux oreilles. Il la vit entrer dans la chambre et leva un sourcil étonné.
— Tu cherches quelque chose ? demanda-t-il sans lever les yeux de sa BD.
— Oui. Toi.
— Tu as un truc à me demander ?
— Pas vraiment…
Elle entra dans le lit du côté opposé à celui où il se tenait et rabattit la couverture sur elle.
— Maintenant, si tu veux, on dort…
— Je dors tout seul.
— Bon alors… on dort pas.
— Retourne dans ta chambre, Hortense.
— Je suis dans ma chambre…
— Ne joue pas sur les mots, tu sais très bien ce que je veux dire…
— J’ai envie de t’embrasser…
— Moi pas !
— Menteur ! J’ai envie de reprendre ce délicieux baiser du côté de Hyde Park. Tu te souviens ? La nuit où tu m’as plantée dans la rue…
— Hortense, tu devrais savoir que le désir ne se décrète pas… On n’entre pas en commando dans la chambre d’un garçon en lui ordonnant d’embrasser.
— Tu voulais que je frappe avant d’entrer ?
Il haussa les épaules et reprit sa lecture.
— Je sais que tu en meurs d’envie, comme j’en meurs d’envie…, ajouta Hortense sans se décourager.
— Ah ! Parce que tu en meurs d’envie… redis-le-moi. Je ne me lasse pas d’entendre ça… Mademoiselle Hortense a envie de vous, prière de l’embrocher sur-le-champ !
— Tu es vulgaire, mon cher.
— Et toi, trop autoritaire !
— Je meurs d’envie de t’embrasser, de me couler contre toi, de t’embrasser partout, partout… de te goûter, de te lécher…
— Ton portable à la main ? Ça ne va pas être très pratique ! déclara-t-il, goguenard, essayant d’effacer par un rire sarcastique le début de désir qu’il sentait monter en lui.
Hortense avisa le portable qu’elle tenait à la main et le glissa sous l’oreiller.
— Je refuse de dormir avec un portable, répéta Gary, reprenant ses esprits.
— Mais Gary… si Miss Farland appelle ! protesta Hortense en agrippant son téléphone.
— Je refuse de dormir avec un portable… Un point, c’est tout !
Il se remit à lire Quick et Flupke, décréta que c’était une BD formidable et pourquoi elle était tombée aux oubliettes, celle-là ? Encore mieux que Tintin ! Deux héros pour le prix d’un ! Et quelle belle entente, quelle efficacité charmante ! Un rien désuet, peut-être, mais les filles, en ce temps-là, ne retroussaient pas leurs jupes devant les garçons. Elles savaient se tenir… Autres temps, autres mœurs, soupira-t-il, nostalgique. Je n’aime pas les femmes soldats. J’aime les femmes féminines et douces qui laissent l’homme diriger l’attelage d’une main ferme, qui posent leur tête sur son épaule et se rendent en silence.
— Tu sais ce que c’est que la tendresse, Hortense ?
Hortense se tortilla dans le lit. C’était le genre de mot qu’elle ne saisissait pas. Elle avait été sur le point de l’emporter. Facilement, en plus ! Et voilà qu’il la renvoyait à la case départ. La case « bonne vieille copine ».
Elle glissa un pied lisse et doux entre les jambes de Gary, un pied d’ambassadeur qui demandait pardon de tant d’audace, et marmonna : je m’en fiche, j’abdique, j’ai trop envie de t’embrasser… j’en meurs d’envie, Gary, si tu veux je serai prude, effacée, soumise, douce comme une vierge effarouchée…
Il sourit à l’image et lui demanda de développer. Il voulait voir jusqu’où elle consentirait à s’abaisser.
Elle se tut, réfléchit, se dit que les mots ne suffiraient pas et s’en remit à sa vieille science amoureuse, celle qui rendait les hommes fous.
Elle disparut sous les draps.
Alors le ton changea.
Il ne refusait plus de dormir avec elle, il y mettait une condition.
Elle refit surface et écouta.
— Tu laisses tomber ton portable…, dit Gary.
— Tu ne peux pas me demander ça. C’est du chantage. C’est trop important pour moi, tu le sais très bien…
— Je te connais trop bien, tu veux dire.
L’objet de la polémique se déplaça. Passa de la nuit d’amour hypothétique à la présence du téléphone dans le lit.
— Gary, supplia Hortense en enfonçant un genou entre les cuisses de Gary.
— Je ne dors pas à trois ! Et surtout pas avec Miss Farland !
— Mais…, protesta Hortense. Mais si, quand elle appelle, je l’entends pas…
— Elle rappellera.
— C’est hors de question !
— Alors tu sors de cette chambre et tu me laisses avec Quick et Flupke…
Il avait l’air sérieux. Hortense réfléchit rapidement.
— Je le pose là, sur la chaise…
Gary jeta un œil sur la chaise où il avait jeté en boule son jean, son tee-shirt et son pull. Trop près, la chaise, se dit-il. Je le verrai briller dans la nuit et je ne penserai qu’à Miss Farland.
— Et tu l’éteins, ajouta-t-il.
— Non.
— Alors tu sors.
— Je le pose sur mon bureau, un peu plus loin… Comme ça, tu ne le verras pas.
Elle arracha la BD des mains de Gary, la jeta à terre, se colla contre son torse nu, tu dors toujours tout nu ? effleura ses épaules, sa bouche, son cou de petits baisers, posa sa tête sur son ventre…
— Là bas ! le portable…, dit Gary en montrant du doigt le bureau.
Hortense ragea, se leva, alla poser le téléphone sur le bureau. Vérifia qu’il y avait assez de batterie, vérifia qu’il sonnerait bien, augmenta le volume. Le plaça délicatement près du bord, qu’il soit le plus près possible du lit et revint se coucher.
S’allongea contre Gary, ferma les yeux, chuchota oh ! Gary ! S’il te plaît… Faisons la paix. J’ai tellement envie de toi…
Sa bouche glissa sur son corps…
Et il ne répondit plus de rien.
Ce fut une nuit d’amour comme une symphonie.
Ce n’étaient plus seulement un homme et une femme en train de s’aimer, mais tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps, de toute la terre qui décidaient d’épuiser la volupté. Comme si ces deux-là avaient attendu trop longtemps, imaginé trop souvent et s’offraient, enfin, un ballet de tous les sens.
Le baiser de l’un appelait le baiser de l’autre. Enflait la bouche de Gary pour remplir la bouche d’Hortense qui l’aspirait, le goûtait, inventait un autre baiser, puis un autre et un autre et Gary, étonné, démuni, ragaillardi, répondait en allumant un autre feu sous un autre baiser. Une ronde de farfadets qui les emportaient, les affamaient. Hortense, éblouie, oubliait ses ruses, ses pièges pour attraper l’homme au collet, et se laissait engloutir par le plaisir. Ils chuchotaient, il souriaient, ils s’arrimaient, corps emmêlés, ils empoignaient les cheveux de l’autre pour aspirer un peu d’air, sombraient à nouveau, se reprenaient, se déprenaient, soupiraient, revenaient aux lèvres désirées, les goûtaient à nouveau, riaient, émerveillés, enfonçaient les dents dans la chair tendre, mordaient, grondaient, mordaient encore, puis se rejetaient en arrière pour se défier et entamer la prochaine sarabande. Ils ne s’embrassaient pas seulement, ils s’attisaient, se tisonnaient, se lançaient des flammèches et des flammes, se répondaient en canon, se décalaient, se rejoignaient, se déclinaient, se dérobaient, se rejoignaient encore. Silences et soupirs, brasiers et baisers, flammes et frissons. Chaque baiser était distinct comme une note détachée, chaque baiser ouvrait une porte sur une nouvelle volupté.
Hortense se tordait, perdait la tête, perdait pied, ne maîtrisait plus rien, répétait c’est ça alors, c’est ça ? encore, encore, oh Gary ! si tu savais… et il disait attends, attends, c’est si bon d’attendre et il n’en pouvait plus lui-même d’attendre… Alors il lui pinçait le sein, tendrement d’abord comme s’il l’aimait d’un amour respectueux et tremblant, presque pieux, puis plus violemment, comme s’il allait la prendre d’un seul coup de reins, d’un seul coup d’épée et elle se tendait contre lui, protestait qu’il lui faisait mal, il s’arrêtait, demandait sérieux, presque froid, j’arrête, j’arrête ? et elle criait oh non ! oh non ! c’est que je ne savais pas, je ne savais pas, et il repartait faire ses gammes ailleurs sur le long corps coulé comme un serpent contre lui et sur lequel il faisait courir ses doigts, sur lequel il jouait toutes les notes, tous les accords, toutes les variations et la musique montait en lui, il chantait en promenant sa bouche, ses mains sur elle jusqu’à ce qu’elle rende les armes et supplie qu’il la prenne maintenant, maintenant, tout de suite…
Il se déprenait, tombait sur le côté, l’observait et disait simplement non, Hortense ma belle, c’est trop facile, trop facile… Il faut faire durer le plaisir sinon il s’évanouit et on est si triste. Elle lui donnait un coup de reins, elle essayait de l’attraper au lasso de ses hanches, non, non, disait Gary en reprenant les gammes, do ré mi fa sol la si do, en promenant ses lèvres à lui sur ses lèvres à elle, en les mouillant, en les séparant avec sa langue, en les mordillant, en y glissant des mots et des ordres, et elle ne savait plus rien…
Sa tête battait sur le côté. Elle avait envie de crier, mais il la bâillonnait et ordonnait : tu te tais. Et le ton de sa voix, ce ton dur, presque impersonnel, la faisait se tordre encore et elle ne savait plus rien des vieilles recettes qu’elle connaissait, celles qui rendaient les hommes fous, leur dévissaient la tête, leur coupaient l’envie de résister, les jetaient, prisonniers, dans ses filets.
Elle redevenait novice. Pure et tremblante. Elle devenait otage. Pieds et poings liés. Une petite voix dans sa tête serinait attention, danger, attention, danger, tu vas te perdre dans ces bras-là, elle la faisait taire en enfonçant ses ongles dans le cou de Gary, elle préférait mourir plutôt que de ne pas connaître ce frisson qui menait tout droit au ciel ou à l’enfer, qu’importe ! Mais c’est là que je veux être, dans ses bras, dans ses bras…
Et il se refusait encore…
Il devenait imperator et délicat. Il installait son royaume, il repoussait les frontières, il envoyait ses garnisons investir le moindre centimètre de peau, il dirigeait en maître, puis revenait à sa bouche qu’il effleurait, dévorait, décorait de nouveaux baisers… C’est ça alors, c’est donc ça ? Elle n’arrêtait pas de se dire entre deux vagues de plaisir.
À bout de bras. À bras-le-corps. À en perdre la tête.
Se frôler pour s’enchaîner. Fermer les yeux sous l’ardeur qui brûle. Se dévorer comme des forcenés, des fanatiques, des enragés et se laisser flotter, ivres de félicité, dans un brouillard de plaisir en s’effleurant le bout des doigts qui cherchent à se raccrocher à la rive…
C’est donc ça… C’est donc ça…
Et la nuit ne faisait que commencer.
À quatre heures du matin, Joséphine eut soif et se leva.
Dans le couloir, provenant de la chambre d’Hortense, elle entendit des bruits de lit qui grince, des bruits de lutte douce, des gémissements, des soupirs.
Elle s’immobilisa dans sa longue chemise de nuit blanche en coton. Frissonna.
Hortense et Gary…
Elle alla pousser la porte de la chambre de Zoé, tout doucement, tout doucement…
Zoé et Gaétan dormaient, nus, enlacés.
Le bras nu de Gaétan sur l’épaule nue de Zoé…
Le sourire repu, heureux de Zoé.
Un sourire de femme…
— Cette fois, c’est sûr, je suis complètement dépassée, dit Joséphine à Shirley en revenant se coucher.
Shirley se frotta les yeux et la regarda.
— Qu’est-ce que tu fais ? T’es debout en pleine nuit ?
— Je peux te dire que ton fils et ma fille s’envoient en l’air et que ça n’a pas l’air triste !
— Enfin…, soupira Shirley en pétrissant son oreiller afin qu’il reprenne sa forme rebondie. Depuis le temps que ça leur pendait au nez !
— Et que Zoé et Gaétan dorment du sommeil de deux justes et qu’à mon avis ils ont forniqué…
— Ah ? Zoé aussi ?
— C’est tout l’effet que ça te fait ?
— Écoute, Jo, c’est la vie… Elle l’aime, il l’aime. Réjouis-toi !
— Elle a quinze ans ! C’est beaucoup trop tôt !
— Oui, mais elle a Gaétan dans la tête depuis longtemps. Ça devait arriver…
— Ils auraient pu attendre… Qu’est-ce que je vais lui dire, moi ? Est-ce qu’il faut que je dise quelque chose ou que je fasse semblant d’ignorer ?
— Laisse venir. Si elle a envie de t’en parler, elle t’en parlera…
— Pourvu qu’elle ne tombe pas enceinte !
— Pourvu que ça se soit bien passé ! Il m’a l’air un peu jeune pour être un parfait amant…
— Je me rappelle plus quand elle a eu ses souris-mimi…
— C’est quoi, ce truc ? demanda Shirley qui avait enfin trouvé le bon creux dans l’oreiller et y lovait sa joue.
— C’est Zoé qui a inventé ce mot. Au lieu de dire « rat-gnagna », elle dit « souris-mimi », c’est mignon, non ?
— Très mimi… de l’art de transformer un truc pas ragoûtant en babiole de décoration !
Joséphine réfléchit encore, croisa les bras sur sa poitrine et laissa tomber, funèbre :
— On a l’air malignes toutes les deux dans notre lit !
— Deux bonnes sœurs fripées ! Va falloir t’y faire, ma belle, on est en train de passer les clés du désir à notre progéniture, on vieillit, on vieillit !
Joséphine méditait. Vieille, vieille, vieille. Elle avait fait un exposé sur les origines du mot « vieux ». À l’université de Lyon 2-Lumière. Premier emploi de « vieil » dans la Vie de saint Alexis, puis dans la Chanson de Roland en 1080. Du latin vetus, puis vetulus, de l’ancien français viez, qui correspondait aux notions d’« ancien » dans le sens de « qui se bonifie avec l’âge, vétéran, expérimenté », mais aussi à celui d’« usé ». Sens qui émergea au douzième siècle. « Altéré, hors d’usage, bon à jeter. » À partir de quel âge devient-on bonne à jeter ? Y a-t-il une date officielle comme sur les yaourts ? Qui décide ? Le regard des autres qui vous ratatine en pomme ridée ou le désir qui se retire et sonne le clairon de la retraite ? « Verte vieillesse », assurait Rabelais, bon vivant. « Vieillard », disait Corneille en évoquant Don Diègue, incapable de défendre son honneur. Au douzième siècle, on était un vieillard à quarante ans. Vieillir. Drôle de mot.
— Tu crois qu’il dort avec Dottie, ce soir ?
Dottie n’est pas vieille. Dottie n’est pas vétuste. Dottie est un yaourt non périmé.
— Arrête, Jo ! Je te dis qu’elle dort chez elle et qu’il se morfond chez lui… Il pense à toi et tâte son grand lit vide. Comme lui. Livide !
Shirley donna une bourrade à Joséphine et pouffa de rire. Puis râla : elle avait perdu son creux dans l’oreiller.
Joséphine ne sourit pas.
— Je ne crois pas qu’il soit triste… Je ne crois pas qu’il dorme dans un grand lit vide. Il dort avec elle et il m’a oubliée…
Philippe se réveilla et dégagea son bras, engourdi sous le poids du corps de Dottie.
Première nuit de l’année.
Une lumière bleuâtre filtrait à travers les rideaux de la chambre, éclairant la pièce d’un halo froid. La veille, Dottie avait renversé son sac sur la commode. Elle cherchait son briquet. Elle fumait quand elle avait du vague à l’âme. Elle fumait de plus en plus. Dottie revint se blottir contre lui. Il sentit l’odeur de cigarette dans ses cheveux, une odeur froide et âcre qui lui fit détourner la tête.
Elle ouvrit un œil et demanda :
— Tu dors pas ? ça va pas ?
Il lui caressa les cheveux afin qu’elle se rendorme.
— Non, non, tout va bien… J’ai juste soif.
— Tu veux que j’aille te chercher un verre d’eau ?
— Non ! protesta-t-il, agacé, je suis assez grand pour aller le chercher moi-même. Rendors-toi…
— Je disais ça comme ça…
— Rendors-toi…
Et il garda les yeux grand ouverts.
Joséphine. Que faisait Joséphine en ce moment ?
À quatre heures cinquante du matin…
À midi et demi, la sonnerie du téléphone d’Hortense retentit. Une chanson de Massive Attack, Tear Drop…
Elle repoussa ses longs cheveux emmêlés, fit une grimace, se demanda qui ça pouvait être si tôt, ils venaient à peine de s’endormir. Son visage se plissa de plaisir en apercevant Gary dont le long bras lui barrait le ventre, replongea la tête sous l’oreiller, elle ne voulait pas entendre… Dormir, dormir, se rendormir… Se souvenir du plaisir inouï de la veille, promener ses doigts sur la peau de son amant. Mon amant, mon amant magnifique. Se recroquevilla brusquement, elle se rappelait quand il l’avait enfin, enfin… Ainsi, c’est ça qui fait tourner le monde… Et j’ai vécu vingt ans sans savoir, mmmm ! ça va changer, ça va changer ! L’homme qui l’avait emportée au fond des ténèbres était cet homme endormi qu’elle croyait connaître depuis si longtemps.
Me voilà émue comme une jeune dinde.
Le téléphone insistait, elle regarda l’heure au cadran de son réveil Mickey, celui que lui avait offert son père quand elle avait huit ans… Midi et demi !
Se redressa d’un seul coup dans le lit. Midi et demi à Paris, onze heure et demie à Londres ! Miss Farland !
Se jeta sur le téléphone.
Murmura tout bas, « allô ? allô ? » en enfilant son tee-shirt, en faisant attention à ne pas réveiller Gary.
Sortit de la chambre sur la pointe des pieds.
— Hortense Cortès ? aboya la voix dans le téléphone.
— Yes…, chuchota Hortense.
— Paula Farland on the phone. You’re in ! You are the one ! You won !
Hortense se laissa tomber sur les talons dans le couloir. Gagné ! Elle avait gagné !
— Are you sure ? demanda-t-elle en avalant sa salive, la gorge nouée.
— I want to see you at my office today, five o’clock sharp !
Cinq heures tapantes dans son bureau de Londres ?
Il était midi et demi à Paris. Elle avait à peine le temps de faire son sac, sauter dans l’Eurostar, grimper au huitième étage de l’immeuble de Bond Street, faire un pied de nez à la secrétaire, ouvrir la porte et roulement de tambour Here, I am !
— OK, Miss Farland, five o’clock in your office !
— Call me Paula !
Elle courut à la cuisine.
Shirley et Joséphine épluchaient des carottes, des poireaux, du céleri, des navets, des pommes de terre pour faire un potage de légumes. Shirley expliquait à Joséphine que les pommes de terre longues et grosses étaient délicieuses à déguster avec du beurre salé, alors que les courtes et rondes servaient plutôt à faire des frites ou de la purée.
— Bonjour, ma chérie, dit Jo, en inspectant sa fille des pieds à la tête. Tu as bien dormi ?
— Maman ! Maman ! J’ai mes vitrines ! Je les ai ! Miss Farland vient de m’appeler, je pars ! J’ai rendez-vous à cinq heures dans son bureau à Londres ! Super, génial, trop cool, méga-trendy, over droopy youpi youpos, I’m the big boss !
— Tu pars pour Londres ? répétèrent, ébahies, Shirley et Joséphine. Mais…
Elles avaient failli dire mais Gary ? et s’étaient retenues à temps.
— … ce n’est pas un peu précipité comme départ ? dit Joséphine.
— Maman ! J’AI MES VITRINES ! Tu vois, j’avais raison ! J’avais raison ! Je peux emporter le reste de lapin à la moutarde pour ce soir ? Je n’aurai pas le temps de faire les courses et je ne sais pas si les garçons auront laissé un frigo plein…
Et elle retourna dans sa chambre faire son sac en silence.
— Ouvre grand les oreilles ! On va avoir droit à une scène ! prévint Shirley.
— Elle peut pas tenir en place une seconde ! Mais de qui tient-elle ça ? se lamenta Joséphine. Et lui, il va être malheureux comme les pierres…
— Il était averti. Il savait très bien qu’il n’allait pas la transformer en bonne petite ménagère…
— J’ai rêvé ou ton portable a sonné ? demanda Gary appuyé sur un coude, dans le lit.
Hortense le regarda et se dit qu’il est beau ! mais qu’il est beau ! Elle eut envie de recommencer la nuit.
— Ah ? T’es réveillé ? elle répondit d’une petite voix voilée.
— Ou alors je dors les yeux grand ouverts ! ironisa Gary.
Hortense avait ouvert sa penderie et entassait ses affaires dans son sac.
— Tu fais quoi ? demanda-t-il en ramenant les oreillers contre lui.
— Mon sac. Je pars pour Londres…
— Dans la minute ?
— J’ai rendez-vous à cinq heures tapantes avec Miss Farland. Oh pardon ! Paula. Elle m’a dit de l’appeler Paula désormais…
— Tu as gagné le concours ?
— Oui.
— Félicitations, dit-il d’un ton lugubre en se recouchant et en lui tournant le dos.
Hortense le regarda, découragée. Oh non ! gémit-elle silencieusement, oh non ! ne fais pas la tête, ne me fais pas ça. C’est suffisamment dur de partir…
Elle vint s’asseoir sur le lit et s’adressa au dos tourné.
— Essaie de comprendre. C’est mon rêve, mon rêve qui devient réalité…
— Je suis très content pour toi… j’en ai peut-être pas l’air, mais je suis hilare ! marmonna-t-il le nez dans l’oreiller.
— Gary… s’il te plaît… Je veux faire quelque chose de grand de ma vie, je veux avancer, réussir, arriver tout en haut, cela signifie tout pour moi…
— Tout ? releva-t-il, ironique.
— Gary… Cette nuit a été… formidable. Plus que formidable. Je n’aurais jamais cru que… J’ai cru devenir folle, folle de plaisir, de bonheur…
— Merci beaucoup, ma chère, l’interrompit Gary. Je suis très ému d’avoir été à la hauteur.
— Je n’avais jamais connu ça, Gary, jamais…
— Mais tu files à Londres et tu étais en train de faire ton sac en espérant que je ne me réveille pas…
Elle parlait toujours à un dos tourné. Un dos tourné de méchante humeur.
— C’est une occasion incroyable, Gary. Et si je n’y vais pas…
— Si tu ne te présentes pas au garde-à-vous devant Miss Farland ?
— Si je n’y vais pas, il se peut qu’une autre ou qu’un autre me pique ma place !
— Alors vas-y, Hortense, cours, vole, saute dans l’Eurostar, prosterne-toi aux pieds de Miss Farland… Je ne te retiens pas. Je comprends très bien. C’est logique… Ou plutôt je devrais dire, c’est dans ta logique.
— Mais je te quitte pas pour un autre !
— Pour deux vitrines à la con chez Harrods ! Le magasin le plus vulgaire de Londres ! C’est de ma faute aussi. D’habitude, je suis plus clairvoyant avec les filles…
Hortense le regarda, les bras et les jambes coupés. Il ne pouvait pas dire ça ! La mettre sur le même plan que les autres filles. Il passait des nuits comme ça avec toutes les filles ? Impossible. Cette nuit avait été unique. Ce ne pouvait pas être autrement pour lui. Impossible, impossible.
— Mais ça ne veut pas dire que j’efface ce qu’on a vécu, cette nuit, nous deux, insista-t-elle en appuyant sur le « nous deux ».
— C’est qui, « nous deux » ? demanda-t-il en se retournant vers elle.
— On a tout le temps, Gary, tout le temps.
Il la regarda avec un grand sourire.
— Mais je ne te retiens pas, Hortense. Vas-y. Je vais te regarder faire ton sac sans gémir ni grincer des dents, si tu oublies quelque chose, je te le signalerai. Tu vois, je suis prêt à t’aider…
— Gary, arrête ! trépigna Hortense. C’est ma vie que je suis en train de prendre en main. Là. En ce moment. Ma passion qui va se réaliser… Et je le ferais contre tous, s’il le fallait…
— C’est exactement ce que je vois… une passion qui se réalise. C’est beau, je n’avais jamais vu ça de si près. J’applaudis !
Il joignit ses mains et applaudit mollement comme s’il se moquait.
— C’est pas contre toi, Gary… Mais il faut que je parte ! Viens avec moi.
— Pour porter tes sacs et décorer tes vitrines ? Non merci ! J’ai mieux à faire.
Et puis Hortense réfléchit. Elle n’allait pas se mettre à genoux devant lui. Il ne comprenait pas ? Tant pis ! Elle partirait. Seule. Elle était habituée à être seule. Elle n’en était pas morte. Elle avait vingt ans et toute la vie devant elle.
— Eh bien ! Reste ici. Boude tranquille ! Je prendrai Harrods, je prendrai Londres, je prendrai Paris, je prendrai New York, Milan, Tokyo… Et je le ferai sans toi puisque tu fais la tronche.
Il applaudit encore, de plus en plus ironique.
— Tu es formidable, Hortense, formidable ! Je m’incline devant la grande artiste…
Alors elle eut le sentiment qu’il l’humiliait, qu’il se moquait de son envie de réussir, qu’il la rangeait dans le même sac que les opportunistes, les arrivistes, les petites connes prêtes à tout, I want to be a star, I want to be a star, celles qui rêvent d’un quart d’heure de gloire en se collant contre un pipole éméché en fin de soirée. Il la rabaissait au rang des besogneuses et se haussait, lui, au côté des vrais artistes. Ceux qui honorent l’Homme, collent des majuscules partout et avancent en toute probité dans la vie. Il l’écrasait de son mépris. Tout son être se révolta, elle ne le supporta pas.
— Oh mais… c’est facile pour toi de dire ça, monsieur le coq en pâte ! Monsieur le petit-fils de la reine ! Monsieur j’ai pas besoin de gagner ma vie, j’ai qu’à faire des gammes nonchalantes qui montent et qui descendent sur un clavier en me prenant pour Glenn Gould ! Trop facile !
— Hortense ! Je t’interdis de dire ça, c’est bas… très bas, répondit Gary qui avait pâli.
— Je le dis comme je le pense ! La vie est trop facile pour toi, Gary ! Tu tends une main molle et l’argent tombe. C’est pour ça que tu joues les offensés. T’as jamais eu à te battre ! Jamais ! Moi, je me défends depuis que je suis toute petite !
— Pauvre petite fille !
— Exactement : pauvre petite fille ! Et j’en suis fière !
— Alors continue à mordre les gens ! Tu excelles à ce truc-là !
— Pauvre type !
— Je ne relèverai pas…
— Je te déteste !
— Et moi, même pas ! Il y en a plein de filles comme toi. Elles courent les rues… Tu sais comment on les appelle ?
— Je te hais !
— Vous passez vite de l’adoration à la haine, ma chère ! répondit-il avec un petit sourire qui déformait le coin de sa bouche. Les sentiments n’ont pas le temps de prendre racine en vous ! Ce sont des fleurs artificielles qu’un souffle emporte… Un simple appel de Miss Farland et pffft ! il n’y a plus de fleurs, rien que du goudron, du vilain goudron.
Les yeux verts, obliques, d’Hortense s’assombrirent d’une lueur noire. Elle lui balança au visage le contenu du sac qu’elle venait de fermer.
Il éclata de rire. Elle se jeta sur lui. Le frappa, tenta de le mordre. Il la repoussa en riant ; elle retomba de tout son poids sur le sol. Alors, humiliée de se voir là, les quatre fers en l’air, elle cria en le montrant du doigt :
— Gary Ward, n’essaie jamais, jamais de me revoir !
— Oh mais… ça ne risque pas, Hortense, tu as réussi à me dégoûter de toi pour un bon moment !
Il enfila son jean, son tee-shirt et quitta la chambre sans un regard pour Hortense à terre.
Elle entendit la porte claquer.
Se jeta sur le lit, se mit à sangloter. Bien fait pour elle. Elle avait été folle de penser qu’on pouvait ne faire qu’un avec un garçon, union, fusion, boule d’amour et d’émotions et devenir quelqu’un en même temps ! Bullshit ! Elle avait cru qu’elle l’aimait, elle avait cru qu’il l’aimait, elle avait cru qu’il l’aiderait à faire de grandes et belles choses, c’était grotesque. Elle éclata de rire. Je suis tombée dans le piège où tombent toutes les filles et c’est bien fait pour moi ! Pauvre conne ! Je serais devenue quoi ? Une fille amoureuse ! On sait ce que ça donne ! Des cruches qui sanglotent sur un lit. Je ne suis pas une cruche qui sanglote sur un lit. Je suis Hortense Cortès et je vais lui montrer que je peux réussir jusqu’au ciel, jusqu’à crever le ciel, crever les nuages et alors, et alors… je ne le regarderai pas, je l’ignorerai, je le laisserai, nain désolé sur le bord de la route, et je passerai mon chemin. Elle imagina un nain désolé sur le bord de la route, lui colla la figure de Gary et passa lentement, lentement devant lui sans même abaisser le regard. Bye bye, nain désolé, reste sur ta petite route de morne plaine, ta petite route toute tracée…
Je me casse à Londres et je ne te revois plus jamais, plus jamais !
Elle se releva, respira un bon coup et ramassa ses affaires.
Il y avait un Eurostar toutes les quarante minutes.
Elle serait à cinq heures tapantes dans le bureau de Miss Farland à Londres.
Il ne fallait pas qu’elle oublie le stylo acheté à Pigalle avec une femme qui s’habillait et se déshabillait quand on le renversait.
Un peu osé, peut-être.
Mais Paula aimerait…