Noël approchait à grands pas. Olmuz avait été repris, Strasbourg était tombé, Venlo avait été abandonné, Budapest était menacé. Rien cependant ne laissait deviner une issue incontestable. La guerre semblait encore vouloir passer un hiver. Noël. Peut-être que cette fête rendrait Merit plus accueillante.
Il n’y avait aucune trace de Haas, rien de nouveau. Il n’avait pas fait tellement d’efforts non plus. Et pourquoi donc ? Langenstras ne bougeait pas, aucun nouvel ordre ne lui était parvenu. Ce qui lui convenait parfaitement. Tant qu’il pourrait remplir son devoir à Berlin, il n’irait pas au front. Il n’était pas pressé.
Mais il fallait qu’il parle à Merit. Il ne comprenait pas que tout ce qu’ils avaient vécu ensemble ne compte plus pour elle. La guerre était perdue, dans un avenir plus ou moins proche le cauchemar serait terminé. Il faudrait prendre un nouveau départ. Noël, la fête de la paix, était une bonne occasion pour tirer les choses au clair avec elle.
— Bombes explosives, quatre ou huit tonnes, belles bêtes, proclama d’une voix claire le gamin d’environ neuf ans. Un bonsoir des tommies, l’avant-dernière nuit. Un Lancaster, à tous les coups.
Kälterer contempla la façade gris-brun de l’immeuble. On avait cloué des cartons et des planches à deux des trois fenêtres de l’appartement de Merit. Du crépi était tombé du mur en grandes plaques et plusieurs fentes montaient en ramage vers le toit. Les vantaux de la porte cochère étaient ouverts, celui de gauche pendait au gond supérieur, arraché par le souffle d’une explosion.
Le jeune garçon était près de la porte et le regardait d’un air important. Joues et nez luisant de froid, de la morve lui coulait de la narine droite. La tête et les oreilles étaient protégées par un passe-montagne noir en laine, sur le devant duquel était cousue une petite visière, comme sur les casquettes des hommes de l’Armée rouge. Son manteau gris lui battait aux mollets. Seules les pointes de ses doigts dépassaient des manches trop longues et serraient fermement un long bâton en bois qu’il traitait comme un fusil et pointait vers les pavés.
— Tu habites ici ?
Le garçon renifla.
— Ouais, mais pas depuis longtemps. Jusqu’au mois de novembre, on était à Spandau. Mais une bombe incendiaire a traversé tout l’immeuble. Il n’y avait plus rien à faire. On habite chez grand-mère maintenant, tout là-haut.
— Mais ici, à part des carreaux cassés, il ne s’est rien passé de grave ?
— Non, je fais attention, je veille.
Il voulut lui passer la main sur le passe-montagne en entrant dans l’immeuble, mais le gamin fit un bond en arrière et se réfugia derrière un battant de la porte.
— Dans un an, je rentre aux Novices, cria-t-il en présentant les armes avec son manche en bois. Mon grand frère est déjà à la Hitlerjugend.
Kälterer se fendit d’un salut réglementaire et monta l’escalier.
La sonnette ne fonctionnait pas. Il frappa à la porte et attendit. Peut-être serait-elle contente qu’il arrive ainsi, à l’improviste. Peut-être n’attendait-elle qu’un geste. Mais aucune de ses lettres n’avait jamais reçu de réponse, elle avait toujours refusé son argent. Tout cela n’était pas bon signe.
Elle ouvrit. Un court instant, il crut lire de l’étonnement sur son visage. Mais elle se reprit aussitôt et fit la grimace.
— Alors, Hauptsturmführer…
— Sturmbannführer, rétorqua-t-il, et il se dit illico qu’il aurait mieux fait de se mordre la langue.
On ne pouvait imaginer plus mauvaise entrée en matière. Elle leva les yeux au ciel mais lui ouvrit néanmoins le passage. Pourquoi cette femme l’impressionnait-elle au point qu’il commettait de semblables erreurs de débutant ?
Elle le précéda dans la cuisine, se retourna et lui désigna la fenêtre.
— Regarde-moi ça, je n’ai trouvé qu’un seul carreau, mais pas de mastic, que des pointes pour le faire tenir en place. Tu crois que ça irait en bourrant du papier mâché ?
Un seul carreau était encore intact dans un des battants de la fenêtre, celui du haut ; tous les autres étaient remplacés par du carton, ce qui plongeait la pièce dans la pénombre.
— Tout est cassé. Depuis hier, je n’arrête pas de nettoyer et de ranger.
La porte de la cuisine était brisée en trois morceaux ; elle gisait sur le sol de l’entrée à côté de fragments de crépi qu’elle avait balayés en un tas, de bouts de bois de toutes tailles, de terre même et d’éclats de vitres. Les portes du salon et de la chambre à coucher étaient intactes, mais appuyées contre la cloison car les gonds avaient été arrachés.
— Que de la saleté, des débris, des éclats. Tu peux prendre ton temps pour admirer. Les fleurs sont toutes fichues, il ne reste plus une feuille, les pots sont cassés.
Il alla à la fenêtre de la cuisine. Il reconnut à cinquante mètres les restes de l’immeuble à l’angle de la Leibnizstrasse. L’onde de choc de l’explosion avait dû partir de là, puis secouer tout l’immeuble, tout arracher, même ce qui était solidement fixé. Et la porte d’entrée de l’appartement était restée en place parce que le souffle avait perdu de sa force en s’acharnant sur les autres portes.
Merit se laissa tomber lourdement sur une chaise de cuisine.
— Il ne reste plus rien debout, tout est sens dessus dessous. Le gaz ne marche plus, il n’y a plus de courant. De toute façon, ça n’a aucune importance, toutes les ampoules sont fichues. Je ne peux pas faire la cuisine, je n’ai rien à te proposer.
Elle se tut un instant et le regarda.
— Mais qu’est-ce que tu viens faire ici ? Admirer les résultats de votre politique ? Dieu, que les Anglais doivent nous haïr !
Il posa une bouteille de liqueur sur la table.
Elle ouvrit le buffet de cuisine dont les carreaux étaient cassés aussi.
— Et le pire, c’est qu’ils ont raison.
Elle essuya deux verres avec un torchon usé et les posa devant lui.
Elle était belle malgré les yeux cernés, la peau fatiguée, l’absence de maquillage ! Il avait toujours aimé la regarder. Partout. Il avait aimé la toucher, aimé sentir la douceur de sa peau. Il aurait voulu se lever, la prendre dans ses bras, l’embrasser dans la nuque, sous les petits cheveux qui dépassaient de son foulard poussiéreux. Mais il savait que c’était déjà une chance d’être assis là, à la table de la cuisine.
Comme si elle avait senti quelque chose, elle se débarrassa de son tablier et de son foulard. Ses longs cheveux bouclés se répandirent sur la veste en laine claire, sale à présent, qu’elle portait déjà avant la guerre.
— Regarde-moi tout ce chaos, dit-elle en se rasseyant. Seuls les verres à liqueur ont été épargnés, précisément ces affreux petits verres ; ils tiennent le coup, impossible de les casser.
— Je suis de retour à Berlin, dit-il, s’efforçant de garder une voix calme.
— Je le vois bien, répliqua-t-elle.
Elle prit la bouteille et se remplit un verre à moitié. Elle se mit à le siroter sans lever les yeux sur lui.
Le moment était manifestement mal choisi pour des retrouvailles. Mais y en aurait-il jamais un plus favorable ?
— Et toi, qu’est-ce que tu fais ?
— J’essaie de m’en sortir avec quelques leçons de piano. Le dimanche, je joue de l’orgue à l’église. Avant, on m’a obligée à travailler dans une usine, mais elle a été bombardée.
— Je suis de nouveau dans la police.
— Ce qui signifie ?
Elle le regarda soudain, droit dans les yeux.
— Comme jadis, répondit-il, faire que les rues soient plus sûres.
La réponse lui sembla certes un peu naïve, mais il ne s’était pas attendu à sa réaction.
Elle se mit d’abord à glousser, puis ses hoquets de plus en plus forts culminèrent en un fou rire tonitruant. Il était assis comme pétrifié sur sa chaise de cuisine et fixait le second verre à liqueur vide. Elle finit par se calmer et essuya ses yeux pleins de larmes.
— Alors, comme ça, tu veux rendre les rues plus sûres ? Ne va surtout pas présumer de tes forces.
Elle se remit à glousser. Il ne supporterait pas qu’elle recommence à rire.
— Pour l’amour de Dieu, Merit, reprends-toi.
— Dieu ? Tu invoques le nom de Dieu ?!
Sa voix était dure tout à coup, agacée.
— Quelle sale blague, après tout ce qui s’est passé.
— Mais écoute-moi donc cinq minutes. Je ne tiens pas à me disputer avec toi. Je suis venu te dire que tu avais raison sur tout ce que tu m’as reproché. Sur toute la ligne. Mais c’est du passé. J’ai obtenu une mutation. J’ai été blessé et j’ai passé un certain temps à l’hôpital militaire. Et maintenant me voici à Berlin pour faire à nouveau un travail correct.
— Un travail correct ?
La manière dont elle répétait ses paroles sonnait comme un reproche.
— Tu crois vraiment qu’après tout ce qui s’est passé, il suffit de travailler dans une fabrique de savon pour avoir les mains propres ? Tu crois ça, vraiment ? Qu’il suffit de dire : tout ce que j’ai fait, c’était de la merde, mais c’est terminé, je vais refaire un travail correct, et tout sera pardonné, et oublié. Tu crois vraiment que ça marche comme ça ?
Tandis qu’elle parlait et que chaque mot augmentait sa rage, il remplit son verre à ras bord. Il ne savait que dire.
— On en sait de plus en plus, poursuivit-elle à voix basse. Vous étiez à peine en Pologne que tous les Juifs ont été massacrés, tous ceux que vous avez trouvés. Tu étais en Pologne, au milieu de tout ça…
— Je n’ai pas fait ça, la coupa-t-il en reposant vivement sur la table le verre qu’il s’apprêtait à porter à ses lèvres.
Elle haussa le ton.
— Mais tu as permis que ça se passe, tu y as prêté la main. Car tu es un rouage de leur machinerie. Et elle ne fonctionne que si tous tournent en même temps.
Il leva la tête, voulut rétorquer, mais elle fut plus rapide.
— Et ne viens pas encore me parler de ton devoir. Il n’existe nulle part un devoir qui t’oblige à assister des assassins. Cet État ne mérite pas la moindre indulgence.
Il vida son verre d’un trait.
— Merit, je viens de t’avouer que tu avais raison. Mais, au début, tout était différent, personne ne pouvait deviner où ça nous mènerait.
Il haussa les épaules.
— Mais tu n’es pas le seul en cause, nous sommes tous dans le coup. Nous avons trop laissé faire, et on va nous présenter la note. Et il va falloir que nous rendions tous des comptes, si toutefois nous voulons encore regarder quelqu’un en face sur cette terre.
Elle ne le regardait pas, fixait la table et il eut soudain le sentiment qu’elle le comprenait mieux que jadis, quand ils s’étaient séparés, qu’elle ne lui battait plus froid avec cette impitoyable rigueur. Elle se leva lentement et il observa le geste familier avec lequel elle rejetait ses cheveux en arrière. Elle débarrassa les éclats de verre du dessus du buffet de la cuisine avec une balayette et les fit glisser dans un tiroir vide. Ils s’étaient tous rendus coupables. Ils avaient tous été entraînés, tous avaient été inconscients, tous champions du détournement de regard. D’une manière ou d’une autre, ils étaient tous complices. Plus personne n’était capable de tracer une frontière entre culpabilité et innocence. Merit et lui, la distance qui les séparait n’était pas si grande. Ils pouvaient se retrouver, affronter ensemble ce qui les attendait, eux et l’Allemagne, quand la guerre serait perdue.
Elle lui tint sous le nez la pelle à ordures pleine de ce qui ressemblait à du sel.
— Tout est plein de ces débris de verre si fins qu’ils passent à travers les mailles des tamis. Impossible de trier. Tout l’appartement est plein de ces minuscules éclats de verre.
Elle versa le contenu de la pelle sur un tas de gravats dans l’entrée, retourna devant le buffet et passa une main sur le plateau de travail.
— Tout n’est plus que cendres et décombres, dit-il.
Il hésita, attendant sa réaction. Elle s’appuya sans un mot contre le meuble.
— Plus rien n’est comme avant, poursuivit-il. On ne peut plus rien y changer. Mais il faut continuer à vivre quand même, trouver une nouvelle voie, un arrangement.
Elle paraissait ne pas l’avoir entendu.
— Nous savons tous les deux que, d’une certaine manière, tout le pays est coupable, Hans. Nous avons été trop nombreux à défiler. Par conviction, par opportunisme, par peur ou par indifférence. Moi aussi, j’ai…
Elle hésita un moment.
— On ne pourra pas déclarer tout le peuple coupable… mais les responsables, ceux-là il faut leur demander des comptes !
— Et tu penses que j’en fais partie, n’est-ce pas ?
Il allait s’emporter, mais un regard d’elle suffit pour que sa colère se perde dans les sables.
— Je ne sais pas. Mais qu’est-ce que tu en penses, toi ?
— Je ne me sens aucunement responsable, je n’ai toujours fait qu’obéir aux ordres. Comme nous tous. D’une certaine manière, nous avons tous marché, non ?
— Mais tout le monde n’a pas obéi à ces ordres criminels.
Elle avait dit cela sur un ton de reproche, de défi presque.
— Celui qui n’obéit pas est passé par les armes. C’est comme ça !
Elle l’exaspérait et il se rendit compte qu’il haussait de nouveau le ton. Il serra le verre à liqueur vide dans sa main.
— Tu n’as jamais été confrontée à une telle situation, Merit, tu ne sais pas ce que c’est… Ne pas obéir aux ordres, facile à dire !
Il la regarda dans les yeux.
— Pourquoi es-tu aussi arrogante, Merit ? Tu connais la Bible par cœur pourtant : « Que celui qui n’est pas coupable jette la première pierre… »
Elle approuva lentement d’un signe de tête.
— J’ai quelques reproches à me faire. Moi non plus, je n’ai rien voulu voir les premières années qui ont suivi 1933, je n’ai pas voulu écouter quand Frau Hausner m’a raconté qu’elle avait peur qu’on vienne les chercher.
— Si tu voulais m’aider, j’en finirais avec tout ça.
Il parlait sérieusement.
Mais elle hocha la tête.
— Comment donc ? Tu rêves, Hans. Tu veux déserter, tu veux passer à la clandestinité, te cacher ? Crois-tu que ça effacerait tout ? Et puis je te connais, Hans. Tu te gardes toujours une porte de sortie.
— C’est comme ça que tu me parles ! Je suis ton mari, nous sommes encore mariés, tout de même ! Qu’allons-nous devenir ?
Elle quitta le buffet de cuisine, s’assit et le contempla de ses yeux noirs, pensifs, ces yeux qu’il avait toujours aimés, qu’il aimait encore tant.
— J’aurais aimé passer ces années affreuses avec toi. Tu m’as souvent manqué. Tu me manques…
Elle déglutit et murmura presque :
— Si seulement tu étais resté à la police… Mais je ne peux plus vivre avec toi maintenant. Même si je le voulais. Pour nous, il n’y a plus aucune chance, Hans.
— Mais je suis de nouveau policier. Je n’ai jamais cessé d’être policier.
— Mais arrête donc avec ça, c’est insupportable !
— Alors dis-moi ce que je dois faire.
Elle se tut un moment. Puis elle se leva et dit :
— Fais face à tes responsabilités, acceptes-en les conséquences.
Il la regarda fixement. Évidemment, pour elle, c’était la solution, faire pénitence, expier, quoi qu’il en coûte. Il avait oublié son fort attachement à la foi et aux valeurs chrétiennes. Mais il ne pouvait pas se laisser mener à l’abattoir comme un mouton.
— Qu’est-ce que cela veut dire, Merit ? Quoi que je fasse, je suis dans la merde, que ce soit avec toi, dans mon métier ou après la guerre. Tu veux que je dise à mes supérieurs : Allez vous faire foutre, je ne suivrai plus vos ordres parce que je ne veux plus, parce que j’ai des scrupules, que j’ai pris conscience de ce que je fais ? Ils me liquideront avant même que j’aie terminé ma phrase ! Ou est-ce que tu t’attends à ce que je déclare aux vainqueurs après la guerre : « Hello, je me présente, Sturmbannführer Kälterer de la SS, j’ai accompli mon devoir pour la patrie en Pologne et en France et j’ai obéi aux ordres, comme vous vous attendiez à ce que vos hommes le fassent aussi. » Mon uniforme noir leur suffira pour me fusiller. Droit des peuples ? Ils n’en ont rien à foutre. Faut-il que je me mette tout simplement dos au mur pour me laisser tirer comme un lapin ? C’est ça que tu attends de moi ?
Elle s’accouda à la table et se couvrit le visage des mains.
— Non, dit-elle à voix couverte, non, ce n’est pas ce que je veux… Mais qu’est-ce que nous allons devenir ?
Il se leva et lui posa prudemment la main sur l’épaule. Elle se laissa faire.
— Je te le jure, je n’ai jamais fusillé de femmes, d’enfants ou de Juifs. Il faut tout simplement que tu me croies. Nous sommes faits pour vivre ensemble, non ?
Elle se dégagea délicatement et leva les yeux vers lui.
— Je ne sais si je peux te croire, Hans. Est-ce que je te connais vraiment, au fond ?
— Je t’aime, Merit.
Il effleura ses cheveux d’une caresse.
— L’amour ne suffit pas. J’ai compris ça avec la guerre. Tu ne m’as jamais fait participer à ta vie. Je ne suis même pas certaine que tu aies été honnête envers moi. Qu’est-ce que je savais de tes pensées, de tes soucis ? Tu as toujours pris tes décisions sans moi. Et maintenant tu viens et tu veux que je croie que nous sommes à nouveau réunis. Tu ne penses pas que c’est trop tard ?
— Je ne voulais pas t’ennuyer avec mes soucis quotidiens, je ne voulais pas que ça trouble notre vie commune. Je voulais que tu sois heureuse. Mais maintenant, j’ai besoin de toi, Merit. Moi aussi, je suis tombé dans la gueule du loup. J’ai certainement commis des erreurs, je suis peut-être même complice de ce que tu me reproches, parce que j’aurais détourné le regard, par le seul fait de ma présence, par l’aide que j’aurais pu apporter sans le savoir. Mais d’une certaine manière, n’en avons-nous pas tous fait autant ? Je n’ai pas cessé d’être dans des situations où j’ai eu à prendre des décisions avant même de comprendre ce qui se passait réellement. Il faut tenir compte de ça avant de condamner quelqu’un sans lui donner sa chance.
De la pointe du nez, il sentit la douceur de sa peau, sa respiration haletante. Elle se taisait. Il sentit qu’elle se raidissait. Elle s’écarta lentement de lui et se leva, alla à la fenêtre et lui tourna le dos.
— Tu as peut-être raison, Hans, et qu’avec tous ces événements il est impossible de rester correct. Il s’est passé tant de choses.
Elle lui fit face.
— C’est trop pour moi, Hans, il faut que je sois seule pour réfléchir. C’était bien, que tu sois passé me voir, mais va-t’en maintenant, je t’en prie.
Elle l’aimait encore, il le sentait. Une petite étincelle brûlait encore en elle. Il ne fallait pas la laisser s’éteindre, il fallait l’entretenir soigneusement, la nourrir afin de chasser ses réticences et ses doutes. Ce qu’il avait de mieux à faire était de partir, surtout ne rien ajouter et prendre son mal en patience. Il se rendit à la porte d’entrée.
Elle le suivit.
— Laisse-moi le temps, Hans, veux-tu ?
Elle accepta qu’il l’attire à elle, la serre contre lui sans un mot.
Non, tout n’était pas perdu.
Il se retrouva dans la rue. Le temps s’était rafraîchi et le ciel gris semblait annoncer de la neige. Le gamin patrouillait le long du mur de l’immeuble, bâton sur l’épaule. Il fit un salut réglementaire à Kälterer quand il passa à sa hauteur.