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Les deux costumes, divers vêtements, l’uniforme, les papiers, des provisions pour plusieurs jours, trois grenades à manche, un pistolet-mitrailleur, des chargeurs pour son parabellum, deux magasins de trente-deux coups. On trouvait encore assez de PM, mais ils étaient capricieux et partaient quelquefois tout seuls, ne supportant ni la saleté ni le froid. Vérité de biffin. Mal préparée cette guerre, pas étonnant qu’elle finisse mal.

Il cala le tout dans la valise.

Concentration des troupes, regagner un trou d’homme et ne passer à l’attaque qu’ensuite. Il ne se laisserait pas coller au mur par une patrouille de Jeunesses hitlériennes, ni par ses propres camarades, ni par des Feldgendarmes. L’organisation était son point fort. Les préparatifs étaient terminés, le temps de la décision était venu, il entrait dans la phase d’exécution de son plan. L’offensive pouvait être lancée.

Il n’avait pas cessé de tout repasser dans sa tête. Tout ne se déroulerait certes pas comme prévu, mais la probabilité était grande. Il pouvait se fier à sa connaissance des hommes. Et pour le cas où ça ne marcherait pas, il avait réfléchi à des alternatives. Il y avait beaucoup de possibilités pour se tirer de la merde. Après le plan A, le plan B. Soyez flexibles dans vos plans, c’est le meilleur moyen pour devenir un bon flic.

Il était très tendu. Comme toujours avant que ça commence. Réfléchir, faire des plans, tout cela avait une fin. Il pouvait s’en aller à présent, tout quitter. Des temps nouveaux commençaient, il pouvait les affronter avec assurance, avec plus ou moins d’inquiétude. De toute façon, on ne peut pas changer le monde. Il est comme il est. Et les hommes ne changent pas non plus du jour au lendemain. L’essentiel est de savoir s’adapter et de survivre. Malgré tout ce que Merit et les autres pouvaient raconter.

« Les portes de l’avenir sont ouvertes à celui qui sait répondre oui. » Même les simples vers de Baldur Schirach, le führer de la jeunesse du Reich, lui apparurent tout à coup sous un tout autre éclairage.

Il brûla les papiers dont il n’avait plus besoin dans le poêle qu’il n’utilisait plus depuis des semaines et jeta en dernier son ordre de mission dans les flammes. La feuille prit feu instantanément, se recroquevilla sur elle-même, se transforma en quelque chose de noir, léger comme un souffle, qui retomba en quelques secondes en petits fragments.

Il boucla sa valise, se retourna une dernière fois. Il prendrait le métro, en civil. Il y avait peu de risques d’être arrêté. Et Langenstras avait oublié de lui redemander son sauf-conduit. Il ne pouvait rien lui arriver.

Pour ouvrir la porte d’entrée il s’était procuré un passe-partout chez un serrurier à qui il avait exhibé une carte d’identité qu’il avait remplie lui-même. Celle de l’appartement ne lui poserait aucun problème, son expérience acquise jadis à la police de sûreté lui suffirait amplement. Il attendrait la nuit dans un de ces cafés de banlieue, puis il mettrait son plan à exécution.

Il vérifia une fois encore le parabellum, l’enfouit dans sa poche de manteau et empoigna la valise. Puis il ferma la porte à clé derrière lui.

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