Le café était plus grand qu’il ne l’avait imaginé. Une vaste salle s’ouvrait devant lui, s’élargissant vers le fond. Devant les fenêtres, des banquettes et devant chaque banquette, une table et des chaises. Un large passage les séparait du long comptoir assiégé par des hommes qui parlaient haut et fort. Beaucoup portaient des bleus de travail, des salopettes de mécanicien, des habits de maçon ou des velours de charpentier.
Quelques individus, assis seuls à une table, lisaient le journal ou prenaient leur petit déjeuner. Une délicieuse odeur d’oignons, de saucisse de foie et de pain grillé le disputait à celle de la fumée de cigarettes qui stagnait dans la pièce.
Il passa lentement devant le comptoir où il ne restait plus une seule place libre et chercha une table du côté du mur aveugle, une place au fond d’où il pourrait garder un œil sur la porte. Personne ne paraissait vraiment faire attention à lui.
Les nombreux clients et les chaudes vapeurs de cuisine conféraient à la pièce une chaleur supportable. Il quitta son lourd manteau, le suspendit avec son chapeau à une patère surchargée et contempla les deux femmes blondes affairées derrière le comptoir. La plus jeune s’occupait des boissons, tirait des bières pression ou remplissait des verres de schnaps. L’autre devait avoir dix ans de plus. Elle prenait les commandes, servait les repas et les boissons. Elle se déplaçait avec habileté entre les tables, le comptoir et la cuisine, dont elle ouvrait la porte battante d’un solide coup de reins. Il n’aurait su dire pourquoi, mais elle lui rappelait un peu Lotti. Pas à cause de son physique. Lotti était brune, avait plutôt le type du Sud. Mais cette serveuse en avait des airs, cette féminité voluptueuse, indéniable. Il ne pouvait s’empêcher de la regarder et elle finit par le remarquer. Elle se dirigea vers lui en s’essuyant les mains à son tablier.
— Bonjour ! Monsieur désire ?
Il jeta un bref coup d’œil à la courte carte.
— Je crois que je vais prendre un pot de camomille, un sandwich à la saucisse de foie avec des cornichons et des œufs brouillés.
— Je vous apporte ça tout de suite.
Elle lui sourit, tourna les talons et disparut derrière la porte battante de la cuisine.
Le café se remplissait. Certains s’arrêtaient de discuter, quittaient le comptoir, saluaient bruyamment à la ronde et sortaient, tout aussitôt remplacés par de nouveaux groupes qui s’y pressaient à leur tour. Comptoir et tables étaient complets. Il s’étonna de voir autant d’hommes à cette heure matinale. Sans doute à cause du changement d’équipes. Le bistrot était au carrefour des quartiers de Kreuzberg, Friedrichshain et Neukölln, et les ouvriers venaient vraisemblablement des usines environnantes pour arroser d’une bière avec schnaps le début ou la fin du travail.
Il connaissait cette atmosphère chaude et tranquille et n’arrivait pas à s’en défaire. Jadis, il s’autorisait tous les jeudis une soirée dans son bistrot habituel. Toujours après la fermeture du magasin. Des années durant. Une soupe aux pois cassés, puis un schnaps et quatre demis. Il avait maintenu ce jour de sortie, même après son mariage avec Lotti et la naissance de Fritzchen. C’était son jour, son jeudi sans famille.
Le café lui sembla une oasis en plein milieu d’un désert de ruines. Ou une île pour buveurs de bière, pour hommes seuls dont les femmes ou les familles avaient été évacuées à la campagne. Ou pour ceux qui commençaient à se rendre compte que leurs hurlements d’enthousiasme pour le Führer les avaient bel et bien mis dans de beaux draps et qui voulaient noyer cette lueur d’intelligence dans l’alcool. Il se leva et se fraya un chemin jusqu’à la table des journaux. Les quotidiens étaient déjà pris. Restaient les hebdomadaires, Der Stürmer, Der Schwarze Korps et Das Reich. Il se décida à contrecœur pour Das Reich et regagna sa place.
« Bataille défensive sur le secteur nord du front est. » Il ne s’intéressa pas particulièrement aux nouvelles de la guerre, pas plus qu’à un article où il était question d’une insurrection à Varsovie. En revanche, un éditorial de Goebbels attira son attention : « Prêts à tout et déterminés ». Dès les premières lignes, il comprit que leur auteur sentait la fin proche… C’était le dernier sursaut, puis c’en serait fini de la gloire, des forfanteries, des grandes gueules.
« À la guerre, il n’y a pas d’erreur plus grave que de se faire de vaines illusions au moment où l’on remporte des succès. Un peuple n'est pas vaincu parce qu'il a subi une série de revers militaires. Il en faut beaucoup pour vaincre une grande nation, et le plus souvent elle ne l’est vraiment que quand elle se déclare elle-même perdue. Du Führer au dernier homme, à la dernière femme, au dernier enfant même, la nation est prête à tout et déterminée à tout. Nous sommes simplement nés dans le malheur et d’effroyables douleurs. Le monde nouveau que nous rêvons n'est pas perdu. Nous n'en abandonnerons pas l’idée jusqu'à ce que le destin nous exauce. Les faibles peuvent périr, restent les forts. A nous de décider de quel côté nous sommes. Qui pourrait douter de notre choix ! »
Il se prit la tête dans les mains et jeta un œil à travers la fenêtre à moitié tendue d’un rideau de dentelle. Il a raison, le pied-bot. Certes, pas au sens où il l’entend, mais ce qu’il dit est vrai, à condition de mettre ses paroles en perspective : un homme n’est pas vaincu parce qu’il a subi une série d’échecs personnels. Il en faut beaucoup pour ôter la vie à un homme, et il n’est définitivement perdu que lorsqu’il s’est dit lui-même perdu.
— S’il vous plaît, votre commande.
Haas sursauta, il n’avait pas entendu la serveuse approcher. Elle posa le plateau devant lui, lui souhaita un bon appétit et retourna derrière son comptoir.
Au moment où il allait saisir le sandwich à la saucisse de foie, un barbu entra dans le bistrot.
Oui, c’était bien lui. Sans aucun doute. Il se le rappelait plus corpulent, mais la guerre n’épargnait personne et marquait tout le monde. Il observa le barbu qui traversa la salle, s’empara d’une chaise deux tables plus loin et fit un signe de la main à la serveuse la plus âgée.
— Bonjour, Karine. Comme d’habitude, s’il vous plaît.
Puis il sortit de la poche de son manteau un paquet de cigarettes et une boîte d’allumettes, les posa sur la table, retira son manteau, le plia soigneusement et l’installa sur le dossier de sa chaise. Durant un instant, il regarda Haas droit dans les yeux.
Celui-ci remarqua que ses gestes s’étaient ralentis et que l’étonnement se peignait sur son visage. Pas de doute, il l’avait reconnu.
Haas fit semblant de le reconnaître :
— Herr Buchwald ? Georg Buchwald ?
— Oui !
L’homme se leva et vint vers lui.
— Pour une surprise, c’en est une ! Vous, ici ? Le hasard, tout de même ! C’est bien sympathique de se revoir.
Haas se leva à son tour et lui tendit la main.
— Venez, mais venez donc à ma table.
— Volontiers.
Buchwald alla chercher son manteau et ses cigarettes, prit place en face de lui tout en continuant à secouer la tête, l’air incrédule.
— C’est bien que vous soyez sorti. Quand est-ce qu’on s’est vus la dernière fois ?
— Au Nouvel An de 42–43.
— Oui, exactement.
Buchwald fit une pause et le regarda.
— Quelle horrible soirée !
Il approuva et contempla son assiette d’œufs brouillés.
Buchwald alluma une cigarette, souffla la fumée et dit :
— C’est étonnant que je vous rencontre ici. C’est mon bistrot, vous savez. Ça fait des années que je viens presque régulièrement, le dimanche surtout. Je suis venu souvent avec Angelika. Elle aimait beaucoup cette atmosphère.
— Ah ! oui, cette chère Mlle Frick !
Haas s’étonna du calme de sa voix.
— Votre charmante fiancée. Au fait, comment va-t-elle ? Vous vous êtes mariés entre-temps ?
Buchwald secoua la tête et murmura :
— Elle est morte. Assassinée. Il y a trois jours.
Il voulut en dire davantage, mais Haas vit qu’il avait les larmes aux yeux.
— Mais c’est effroyable ! Que s’est-il passé ?
Les larmes de Buchwald ne le touchaient absolument pas. Il lui fit un petit signe de tête, saisit sa fourchette et attaqua ses œufs brouillés.
— Je n’en sais rien.
Buchwald haussa les épaules.
— Elle a été tuée dans les combles de son immeuble pendant un raid aérien. On ne sait pas par qui. La police m’a prévenu. Je n’ai même pas pu la voir une dernière fois. Les légistes gardent encore sa dépouille… Morte, comme ça, du jour au lendemain. (Il secoua la tête, l’air presque résigné.) Je n’arrive toujours pas à y croire.
— Et alors ? La police a une idée du coupable ?
Haas continuait à manger ses œufs brouillés avec appétit.
— Pensez-vous ! dit Buchwald d’un ton maussade.
Il se tut un moment, puis se pencha en avant.
— Vous savez, murmura-t-il, les policiers m’ont interrogé, moi aussi. Ils m’ont même demandé si j’avais un alibi. Mais ce soir-là, j’étais à la maison, seul ; ensuite, quand ça a commencé, je suis descendu à l’abri, naturellement. Mais maintenant plus personne ne veut m’y avoir vu.
Il balaya le plateau de la table du plat de la main.
— Le commissaire m’a pressé comme un citron, il voulait tout savoir de mes relations avec Angelika. Ils m’ont traîné au commissariat. J’ai eu vraiment peur. Ils m’ont confronté à un homme qui prétend avoir vu l’assassin. Et ensuite, je suis passé au service anthropométrique, et ils ont fait des photos, pris mes empreintes digitales, comme si j’étais un criminel. Et tout ça parce que la tante d’Angelika était allée raconter à la police que nous avions rompu nos fiançailles. Ils me soupçonnent, moi, vous vous rendez compte ! Ça me fait tout drôle.
Il baissa encore d’un ton.
— Ils sont même venus chez moi hier, et m’ont de nouveau assailli de questions. Si je leur avais parlé de nos problèmes, ils m’auraient embarqué tout de suite, pour toujours. Je finis tout doucement par comprendre ce qui vous est arrivé.
Haas leva le nez de son assiette et regarda Buchwald :
— Vous vous êtes disputés avec Mlle Frick ? J’ai du mal à le croire. Vous formiez pourtant un couple uni.
Buchwald se redressa. L’expression de deuil s’effaça instantanément de son visage, son front se plissa, il éleva la voix.
— Bah, possible que nous en ayons eu l’air ! Mais il n’y avait absolument rien d’harmonieux entre nous.
Il poursuivit à voix basse :
— Angelika a toujours été difficile à supporter. Difficile à comprendre. Elle m’a laissé sécher d’envie. Tenez : elle se fiance à moi, mais n’arrête pas de trouver à redire à tout, que je ne suis qu’un simple typographe, elle ne cesse de me parler des bons partis qu’elle pourrait avoir.
Buchwald tira nerveusement sur sa cigarette et reprit avec des mines de conspirateur :
— Je peux vous le dire, à vous et je suis tout à fait sincère, même si on ne doit pas dire de mal des morts, d’une certaine manière, je suis aussi un peu soulagé que tout ça soit fini.
Il regarda Haas dans les yeux :
— Ça sonne plus brutal que je ne le pense. Mais, d’une certaine façon, elle m’est restée étrangère. Même aujourd’hui, je ne sais toujours pas ce qu’elle voulait de moi, et ça a failli me rendre cinglé.
Buchwald jeta un bref coup d’œil à la cigarette presque entièrement consumée qu’il tenait entre ses doigts et en tira une bouffée nerveuse. Il ne parvint pas à écraser le mégot dans le cendrier. Le bout incandescent s’émietta dans une faible lueur, continua à fumer entre son pouce et son index jusqu’à ce qu’il écrase la braise avec sa boîte d’allumettes.
— Au fait, vous savez que c’est votre appartement qui a été la cause de la rupture de nos fiançailles ?
Tout en regardant Haas, il s’essuyait les doigts noircis de cendre à une serviette en papier.
— Quand vous avez été arrêté, Angelika ne s’est vraiment pas gênée : elle n’a pas arrêté de faire pression sur Karasek pour échanger son logement contre le vôtre. Elle a eu gain de cause deux ou trois semaines plus tard et votre femme a dû déménager. Je lui ai dit ce que j’en pensais. Ça a donné lieu à une telle dispute qu’elle a rompu les fiançailles et m’a flanqué dehors. Bien entendu, je n’ai rien dit de tout cela à la police, ils en auraient conclu à un drame de la jalousie. Depuis cette empoignade, je n’avais pas remis les pieds dans son immeuble et je n’avais pas revu Angelika depuis des mois.
La Frick ne lui avait pas parlé de ça. Elle ne lui avait donné que des réponses insolentes, même quand elle avait eu un œil en sang et tellement enflé sous les coups qu’elle n’y voyait plus. Mais ce qu’elle lui racontait lui avait semblé logique. Trop logique à présent, aussi convaincant qu’un discours de Goebbels.
La femme blonde vint à la table et déposa un bol de chicorée devant Buchwald. Quand elle eut tourné les talons, il poursuivit :
— Je l’ai rencontrée une fois, par hasard, et nous avons pris rendez-vous. Je pensais qu’on pourrait peut-être se rabibocher. Depuis qu’Angelika avait perdu son appartement et vivait chez sa tante, elle était un peu plus sociable. En tout cas, c’est ce que j’ai cru.
Il contempla un moment les cendres de son mégot, puis haussa les épaules :
— Mais je me suis trompé. Les vieilles querelles ont repris à notre première rencontre.
Buchwald respira profondément.
— Elle coucherait avec moi de temps en temps, mais uniquement par hygiène. C’est ce qu’elle a dit. De toute façon, il n’y avait pas d’hommes plus intéressants pour le moment, avec une meilleure situation que la mienne : ils étaient tous au front.
Il ouvrit la boîte d’allumettes, en sortit une, la posa devant lui sur la table et tira une cigarette du paquet.
— Je vais vous dire une chose : si Angelika n’avait pas été assassinée, j’aurais rompu de toute façon, et dans pas longtemps. Je me l’étais juré. Elle ne pensait qu’à elle. Et je me suis fait avoir, une fois de plus.
D’un geste exercé, il craqua l’allumette et l’approcha du bout de la cigarette.
Haas prit sa tasse chaude à deux mains.
— Mon Dieu, ça alors, jamais je n’aurais cru ça d’elle !
Il but une gorgée de camomille. Elle avait une odeur presque suave.
— Mais, dites-moi, si j’en crois votre histoire, il n’y aurait aucun rapport entre mon arrestation et cet échange d’appartements ?
Buchwald cala la cigarette entre ses doigts.
— Vous voulez dire, si Angelika vous aurait dénoncé pour avoir votre grand appartement ?
— Exactement.
Haas reposa calmement sa tasse.
— Non, je ne crois pas. À la Saint-Sylvestre, Angelika était avec moi sur le balcon. On n’a absolument rien entendu, ni rien su, de tout ce qui se passait. Et c’est bien ce que nous avons déclaré à la Gestapo. Que vous étiez complètement perturbé ce soir-là. Rien de plus.
Il regardait Haas dans les yeux.
— Mais, même si elle n’a pas entendu ce que j’aurais dit, elle aurait tout de même pu en glisser un mot à la Gestapo ?
— Je ne pense pas.
La cigarette tremblait légèrement entre ses doigts.
— Cette histoire d’appartement n’a été pour elle qu’une bonne occasion, j’en suis certain, ajouta-t-il.
Haas reprit une gorgée de camomille.
— Et, à votre avis, monsieur Buchwald, Karasek, Stankowski ou la Fiegl, est-ce qu’ils auraient dit quelque chose, eux ?
La réponse jaillit :
— Ça, c’est bien possible. Ils sont membres du parti à deux cents pour cent ceux-là. Pour eux, cela n’aurait été qu’une bonne action.
— Au fait, vous savez où ils se sont réfugiés ?
Buchwald réfléchit un instant.
— Je n’ai pas revu Frau Fiegl depuis cette fête de la Saint-Sylvestre. Je ne sais même pas si elle vit encore. Qui pourrait l’affirmer, en ces temps si troublés ! Pour autant que je sache, Karasek habite quelque part à Dahlem. Dans une maison qui lui appartient aussi. La graisse surnage, c’est comme ça. D’après ce que j’ai entendu de Stankowski que j’ai rencontré par hasard, il occuperait encore une bonne position dans l’immobilier et achèterait à tour de bras des terrains encombrés de ruines.
— Vous savez où il habite maintenant, celui-là ?
— Il a trouvé un petit appartement qui donne sur la place Adolf-Hitler et il y vit avec sa femme.
— Mais vous ne connaissez pas l’adresse exacte de Karasek ?
— Non.
Il tira sur sa cigarette et souffla la fumée d’un air pensif.
— Mais cette espèce de grande gueule de parvenu a certainement le téléphone interurbain. Et son adresse doit être dans l’annuaire.
Évidemment ! Stupide de n’y avoir pas pensé ! Karasek était le suivant sur sa liste.
— Mais qu’est-ce que vous leur voulez ? demandait justement Buchwald.
Haas repoussa sa tasse vide.
— Vous savez que ma famille a été tuée dans un bombardement ?
— Oui. Ça m’a fait tellement de peine…
La cigarette s’était remise à trembler.
— Vous avez une idée de la manière dont ça a pu se passer ? Tous les autres locataires sont restés en vie. Votre fiancée était présente le soir de ce raid ; elle vous en a peut-être parlé ?
Buchwald le regarda fixement.
— Comment ça ? Votre femme était dans la maison quand elle a été touchée de plein fouet par cette bombe ?
— Oui, naturellement. Vous ne le saviez pas ?
— Non. Angelika m’a seulement dit…
Il n’écoutait plus. Buchwald n’avait pas la moindre idée de la teigne qu’il aurait installée chez lui, bien au chaud, si la Frick était devenue sa femme. Elle le lui avait avoué, cet échange de logements : Lotti se plaignait tellement de ne plus pouvoir payer ce grand appartement devenu trop cher pour elle, qu’elle se serait réjouie de l’échanger contre le sien, plus petit et plus avantageux. Tout cela avait l’air plausible, mais il avait trouvé bizarre qu’elle abandonne si vite un appartement qu’ils avaient aménagé ensemble. La Frick lui avait donc effrontément menti. Elle lui avait aussi parlé des circonstances mystérieuses du décès de sa famille, avait marmonné quelque chose à propos d’une porte d’abri antiaérien fermée parce que Lotti serait descendue trop tard avec le petit. Le sang s’écoulait déjà de sa bouche quand elle avait encore ajouté dans un gargouillis qu’elle savait seulement que leurs corps déchiquetés avaient été retrouvés sous la cage d’escalier du rez-de-chaussée.
— Elle ne m’a pas dit que votre famille était morte comme ça, continua Buchwald, l’air troublé. Vous croyez que ça cache quelque chose ?
Il le regarda.
Tu peux en être certain, espèce de pauvre idiot.
— Je ne sais pas. Je voudrais simplement savoir exactement comment ils sont morts. Pour trouver le repos.
— Je comprends.
Buchwald jeta un œil à sa montre, puis vida son bol.
— Vous m’excuserez, il faut que j’aille rendre visite à ma mère à Friedenau, voir si elle a bien surmonté les derniers raids. On se reverra peut-être. Comme je vous l’ai dit, je suis là assez souvent. Tous les dimanches.