Il s’était mis en planque dans les ruines d’un bâtiment et depuis l’aube il espionnait l’immeuble situé en face.
C’était la première fois depuis presque un mois qu’il avait quitté sa soupente. Il fut surpris de voir la quantité de destructions provoquées par les bombes. Sur le trajet, il avait à peine remarqué un seul immeuble encore intact, il était devenu impossible de circuler dans des rues entières, obstruées qu’elles étaient par des monceaux de décombres. Un jour après le dernier bombardement, de fines colonnes de fumée montaient encore des ruines partout où le feu trouvait toujours matière. Ailleurs, on était pris à la gorge par l’odeur amère d’incendies à peine éteints. On rencontrait dans les rues des silhouettes emmitouflées, encapuchonnées, en train de débarrasser les gravats avec des pelles, fouillant les ruines dans la poussière à la recherche de quelque objet utilisable, déblayant des entrées de caves pour s’y aménager un nouveau logis.
Karine Bulthaupt lui avait fermement recommandé de ne pas quitter la soupente avant d’avoir ses nouveaux papiers. Pendant les alertes aériennes, il ne s’était jamais rendu dans le bunker situé à quelques rues, mais était descendu dans la buanderie. Elle lui avait enfin apporté les papiers la veille. Les documents n’étaient ni complets ni totalement sûrs. On pouvait lire sur un formulaire de la Wehrmacht flanqué d’un tampon, qu’un certain Heinz-Eberhard Grundel avait été muté sur l’arrière-front pour y occuper un poste vital pour la guerre. Les papiers officiels y afférents indiquaient que le bénéficiaire était un ouvrier des chemins de fer du Reich, spécialisé dans la pose des rails. Karine estimait que ces papiers étaient suffisants pour un contrôle de routine. Pour acquérir cette nouvelle identité, il avait dû se débarrasser de la plus grande part de l’argent volé. Il lui en restait encore un peu qui devrait suffire à ses modestes besoins.
Les jambes lui rentraient dans le corps à force d’attendre dans cette planque d’où il scrutait la rue sans relâche. Deux femmes arrivèrent, attelées à une charrette lourdement chargée de bûches. Il observa celle de droite, taille et silhouette correspondaient, mais lorsqu’elle trébucha il vit qu’elle était trop jeune.
Pendant deux nuits, il avait partagé sa soupente avec une femme et son enfant. Il était impossible d’avoir la moindre conversation avec ces êtres terrorisés ; lorsqu’il cherchait à leur adresser un mot, ils se contentaient de le regarder. Karine était venue les chercher et lui avait confié plus tard qu’elle les avait remis à de bons amis qui prenaient le relais. Il avait été profondément ému par cette générosité, mais elle lui donnait aussi un sentiment de honte. Au milieu des masses bêlantes qui hurlaient le nom d’Hitler — lui compris — il y avait donc encore des gens qui en aidaient d’autres, qui ne leur donnaient pas de coups de pied au cul. S’il avait la chance de survivre à tout ça, il faudrait qu’il rende visite aux Rosenkrantz en Amérique pour s’excuser. Si toutefois ils avaient réussi à gagner l’Amérique, car d’après tout ce qu’il voyait et entendait, ils n’avaient sans doute pas réussi à quitter cet État criminel.
Tous les matins, Karine lui apportait son repas et elle lui rendait visite presque tous les soirs. Ils discutaient souvent jusque tard dans la nuit, ce qui les avait de plus en plus rapprochés, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il attendait de plus en plus fébrilement sa venue. Une semaine s’était à peine écoulée et il lui disait à quel point cela lui faisait du bien de la voir et de bavarder avec elle. Il n’avait rien d’un beau parleur, c’est avec des phrases hachées qu’il lui avait avoué qu’elle était devenue plus qu’une aide pour lui. Karine s’était rapprochée sans un mot, l’avait enlacé, attiré vers le lit, s’était déshabillée sans cérémonies et glissée sous la couverture avec des pudeurs de jeune fille.
Mais ça n’avait pas marché, pas vraiment en tout cas… Lotti s’était glissée entre eux ainsi que les nombreux coups de pied, trop de souvenirs… La douleur ne laissait aucune place au plaisir. Mais Karine s’était blottie contre lui et lui avait susurré que ce n’était pas si grave que ça, que ce n’était qu’une question de patience et de temps et que tout rentrerait dans l’ordre. Nuit après nuit, à condition qu’un raid ne vienne pas s’en mêler, ils étaient couchés ensemble dans le lit, bavardaient, se caressaient jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Ça n’avait pas marché pour autant, mais les mauvais souvenirs s’estompèrent, puis les coups de pied, puis la douleur, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Lotti pour le hanter et empêcher la délivrance.
Il se demanda si Karine accepterait encore de s’allonger à ses côtés si elle savait ce qu’il avait fait et avait encore à faire pour mener à bien sa vengeance. Durant ces nuits qu’ils passaient ensemble, il n’avait pas soufflé mot de son plan, se contentant de lui raconter qu’il recherchait ses anciens voisins dans l’espoir d’apprendre quelque chose sur les circonstances de la mort de sa famille. Il n’avait rien dit non plus de cette vieille femme qu’il incluait dans ses prières quand un raid aérien le poussait à descendre dans la buanderie et qu’il s’y accroupissait dans le coin le plus reculé, tremblant de peur et de froid. Il espérait alors ardemment que non seulement Karine et lui sortiraient indemnes de cet enfer de bombes, mais aussi la Fiegl.
Il la guettait depuis des heures. Il dut attendre jusqu’à la fin de l’après-midi qu’elle sorte enfin de l’immeuble. Elle était engoncée dans un épais manteau gris et portait une hotte en osier sur le dos. Il l’observa qui traversait directement la rue et se dirigeait vers le tas de ruines où il s’était caché. Elle marcha sans le voir en trébuchant dans les gravats, disparut derrière des pans de murs noircis et se rendit dans ce qu’il subsistait de l’arrière-cour. Il quitta sa planque, jeta encore un œil dans la rue, s’assura que personne ne le remarquait et la suivit.
Il s’accroupit derrière les restes d’une souche de cheminée éboulée, la vit déposer sa hotte et ramasser tout ce qui lui paraissait combustible. Il se jeta sur elle avant même qu’elle ait pu se retourner, l’agrippa fermement aux bras et par un escalier à moitié démoli l’entraîna sans ménagements dans un trou de cave. Ils tombèrent par-dessus des étagères renversées et des bocaux de conserves et s’affalèrent sur une caisse à pommes de terre. De la poussière se mêla à l’odeur de moisi de sacs à charbon humides.
Il fut vite sur ses jambes, saisit un morceau de soliveau qui traînait par là et se dressa devant elle. La vieille n’arrivait pas à se relever. Elle le regardait, les yeux écarquillés.
— Haas !
Il sentit la peur dans son cri sans force.
Il avança d’un pas.
— Gueule pas, Elfriede, où je te défonce le crâne.
Elle voulut reculer pour se mettre à distance, mais les planches de bois brisées de la caisse à pommes de terre lui barraient le chemin. Elle dérapa et se rattrapa à grand peine à une conduite d’eau qui sortait du plafond.
— Qu’est-ce que tu me veux ? parvint-elle à murmurer en se relevant péniblement. Je ne sais rien, rien du tout, absolument rien…
— Qu’est-ce qui te dit que je veux te demander quelque chose ? l’interpella-t-il vivement, tout en tapotant sa paume gauche avec le bout de soliveau.
— La Gestapo est passée, annonça-t-elle.
Elle épousseta son manteau, sans le quitter les yeux.
— Ils te cherchent pour les meurtres d’Angelika, de Bodo et d’Egon. Ils pensent que tu les as tués tous les trois pour te venger de ton arrestation. L’officier m’a dit que tu me soupçonnais aussi et que tu voulais me tuer. Mais, mon Dieu, je ne t’ai pas trahi… Je n’ai absolument rien fait. Je suis une vieille femme. Tu ne peux tout de même pas t’en prendre à moi.
Elle se mit à pleurer.
— Cesse de pleurnicher, espèce de vieille sorcière.
Il la rassura :
— Il ne t’arrivera rien. Contente-toi de répondre à mes questions. Mais gare à toi si tu mens !
Elle opina et se moucha.
Il la contempla quelques instants. Ils voulaient donc aussi lui coller sur le dos le meurtre de Karasek.
— C’est trop d’honneur, marmonna-t-il.
Elle se passa le mouchoir sur le nez et releva la tête.
— Quoi ?
— Ce n’est pas très important, répondit-il, et il commença à lui poser les questions habituelles. Alors, comme ça, tu m’as dénoncé à la fête du Nouvel An ?
— Non. Pas moi. J’ai…
— Ta réponse, je la connais. C’était qui, alors ?
— Je ne sais pas. Je n’en ai aucune idée.
— Tu n’as donc jamais discuté de mon arrestation avec un des voisins ?
— Si, bien sûr. Avec Bodo et Angelika, on s’est effectivement demandé qui avait bien pu te dénoncer. Pour nous aussi, c’est resté un mystère.
— Et tu voudrais que je te croie ?
Il avança d’un pas tout en jouant avec son morceau de bois.
— Ne me prends pas pour un idiot, Elfriede.
Elle se recula en enfonçant la tête dans les épaules.
— Tu peux me croire.
Sa voix était devenue ferme, à la limite de l’arrogance.
— On était de bons voisins, des amis, des camarades de parti, une vraie communauté.
— Épargne-moi ces conneries !
Il cogna le soliveau contre le mur de la cave avec une telle violence qu’un éclat de bois vint frapper la Fiegl au bras. Elle fit un pas en arrière, effrayée.
— Et tu savais que la Frick a insisté auprès d’Egon jusqu’à ce qu’il lui donne notre appartement ?
Elle approuva d’un signe de tête.
— Bien. Et tu sais donc aussi qu’avant mon arrestation déjà, Karasek et Stankowski voulaient s’emparer de mon magasin parce qu’ils cherchaient un moyen pour écouler leur marchandise de contrebande au marché noir ?
Elle hocha de nouveau la tête.
— Réponds ! Je veux entendre le son de ta voix.
— Oui.
— Et tu sais encore que c’est pour ça qu’ils ont piqué le magasin à ma femme ?
— Je m’en suis doutée.
Sa voix n’était plus qu’un gémissement.
— Très bien, et alors que tout ça se passe dans l’immeuble après mon arrestation, tu ne te poses aucune question ?
— Non.
Sa voix était à peine audible. Elle s’éclaircit la gorge et répéta :
— Non, je ne me suis pas posé de questions. Ta femme a déménagé dans un appartement plus petit parce que le loyer était plus intéressant, et elle a vendu le magasin parce qu’elle n’y arrivait plus sans toi.
— J’ai déjà entendu ce discours cent fois, Elfriede. Et je suis las d’entendre toujours les mêmes mensonges. Je te parle très sérieusement, tu comprends ! La Frick et Bodo s’en sont déjà rendu compte et, Dieu m’est témoin, je te jure que je te défonce le crâne si tu me racontes pas très exactement ce qui s’est passé.
La femme, qu’il dépassait de deux têtes, sembla se ratatiner encore. Elle maltraitait nerveusement les pans de son manteau, passant d’une jambe sur l’autre, opération au cours de laquelle elle faillit riper sur les planches pourries et glissantes de la caisse. Il l’observa en train de retrouver l’équilibre tout en s’efforçant de garder ses distances.
— Tout le monde dans cette maison, sans exception, a profité de ma déportation, d’une manière ou d’une autre. Je serais très curieux de savoir quels avantages tu en as tirés, toi, personnellement.
— Aucun, répliqua-t-elle d’un ton pleurnichard. Au contraire. À la suite de ton arrestation, ta femme n’avait plus un sou et n’habitait plus son grand appartement. Lotti et Angelika étaient mes meilleures clientes. Rien que pour ça je ne t’aurais pas donné. Je dépendais de ces ventes de meubles. Après tout, c’est avec les commissions que je touchais que j’améliorais ma pension de veuve de guerre. À part ça, je n’avais rien.
— Quels meubles ? De quoi tu parles, là ?
Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité et il vit que le sol était entièrement recouvert de tessons de bouteille et de bocaux de fruits renversés, cassés.
— Ben, les meubles, quoi l’armoire en chêne de votre salon, les vitrines, les canapés, les commodes, les tableaux, la porcelaine de Meissen, les tapis avec lesquels vous avez aménagé votre appartement. J’ai fourni tout l’immeuble avec ça, les maisons voisines aussi.
— Tu veux dire, les meubles bon marché avec lesquels Lotti a arrangé notre appartement… c’est toi qui les lui as fournis ?
— Bien sûr. Egon avait les meilleures relations dans les ventes aux enchères des biens non aryens, et c’est moi qui vendais la plupart des meubles pour lui.
Il leva le regard des fruits pourris et la fixa des yeux.
— Tu veux dire par là que la majorité des meubles de notre appartement venait de biens juifs confisqués ?
— Oui. Mais je pensais que tu étais au courant… (Elle se redressa un peu et remit son fichu en place.) Pourquoi penses-tu qu’ils étaient si bon marché ? Et c’était du premier choix !
— Je ne te crois pas, dit-il à voix basse.
Une odeur de pourriture montait du sol et paraissait s’incruster dans ses vêtements, ses cheveux, sa peau. Il se mit à hurler :
— Bande de salauds, bande de maudits salauds ! Vous m’avez entraîné dans ces affaires véreuses, et j’ai payé avec l’argent que j’ai honnêtement gagné. Vous avez fait de moi un complice, vous m’avez attiré dans votre marigot de corruption !
La Fiegl fit un pas vers lui.
— Je ne comprends pas pourquoi tu t’énerves comme ça. Ça ne t’a pas beaucoup dérangé non plus, à l’époque, que tes concurrents juifs disparaissent du quartier et que ton chiffre d’affaires augmente.
— Tout ça, c’est du passé, aucun rapport avec maintenant, dit Haas entre ses lèvres serrées, s’efforçant de se calmer.
Il avait bien vu le coup d’œil de la Fiegl en direction de l’escalier de la cave. Il s’interposa sans un mot, lui coupant toute possibilité de fuite. Il tenait toujours fermement le bout de soliveau serré dans son poing.
— C’est tout ce que tu voulais savoir ? demanda-t-elle à voix basse.
— On en est loin. Stankowski m’a raconté que tu as emporté la valise de ma femme. Où est-elle ?
— Je l’ai donnée à l’Everding. Elle m’a proposé elle-même de la garder.
— Mais après le bombardement, cette valise, tu l’avais sortie toi-même de la cave, et tu l’avais emmenée dans la rue, non ?
— Oui, rien de plus normal à ça…
— Où elle était quand tu l’as trouvée ?
— Devant la porte de l’abri.
— Devant la porte… tu veux dire à l’extérieur ?
— Oui.
Elle hésita, leva les yeux vers lui, puis vers l’escalier.
Haas s’approcha à la toucher et la regarda droit dans les yeux. La Fiegl détourna le regard.
— Explique-moi une chose, maintenant, Elfriede, pourquoi ma famille n’était-elle pas dans l’abri ?
Elle voulut prendre du champ, mais il la tenait par le col de son manteau.
— Explique-moi ça, Elfriede !
La vieille s’effondra sur elle-même et il pensa qu’elle allait s’évanouir dans ce trou. Elle tremblait et pleurait, les yeux emplis de larmes.
— C’est Egon et cet homme… Ils ne l’ont pas laissée entrer…
Elle était secouée de sanglots.
Il la lâcha.
— Calme-toi. Et raconte-moi tout ça, dans l’ordre.
— C’était la première alerte.
Elle hésita, se maîtrisa et s’exprima plus calmement.
— Les sirènes hurlaient, et je suis descendue à la cave aussi vite que possible parce que je m’y étais prise relativement tard. Presque tout le monde était déjà là : Bodo et sa femme, Angelika, Egon et cet homme…
— Quel homme ?
— Ben, une espèce de relation d’affaires d’Egon, un officier qui devait être là par hasard.
— Ensuite ?
— Je me suis assise près d’Egon et de cet homme, les sirènes de l’alerte principale venaient juste de finir de hurler. Lotti est arrivée à la porte de la cave avec Fritz et sa valise à la main. Je les revois encore devant moi, Fritzschen pleurait et Lotti m’a simplement regardée…
Elle s’interrompit et avala sa salive.
— Continue.
Il se passa la main sur les yeux. Quelque chose bourdonnait dans sa tête.
— Qu’est-ce qu’elle a fait, Lotti ?
— Elle a regardé cet homme, le copain d’Egon. Elle est restée debout à la porte, comme si elle se demandait si elle allait entrer ou non. L’homme a eu l’air surpris, lui aussi, je crois, que Lotti soit là. Il a regardé Egon et lui a demandé à voix basse qu’il s’arrange pour qu’elle le laisse tranquille, qu’elle ne se remette pas à se plaindre et à lui casser les pieds avec ses jérémiades. C’est ce que cet homme a dit, presque mot pour mot, j’ai tout entendu, j’étais assise à côté.
Le bourdonnement dans sa tête devint plus fort.
— Et après ?
— Egon a dit : « Je m’en charge. » Il s’est approché de Lotti et lui a interdit de mettre les pieds dans l’abri. Tout le monde l’a entendu dire ça. Elle a demandé pourquoi, et Egon a dit qu’après l’alerte principale, les portes de sécurité devaient être fermées et qu’il n’était pas question de les rouvrir pour qui que ce soit. Mais Lotti lui a dit que les portes étaient encore ouvertes. Et Egon a dit : « Plus maintenant. » Et il lui a claqué la porte au nez…
La Fiegl renifla.
— C’était terrible. Elle a supplié qu’on la laisse encore entrer, Fritz a pleuré et ils ont tambouriné contre la porte avec les poings, ça a duré une éternité…
Elle fut incapable d’articuler un mot de plus, elle n’arrêtait pas de sangloter.
— Et vous ?
Il voulut crier, mais ne put que murmurer sèchement :
— Et vous… qu’est-ce que vous avez fait ? Vous êtes restés assis là, sans rien dire ?
— Et qu’est-ce tu voulais qu’on fasse ?
Elle se rapprocha et dit :
— Dans l’immeuble, tu le sais bien, seul Egon avait la parole. On avait tous honte, ça je peux le dire, mais personne n’a moufté, on est restés assis là, jusqu’à ce que ce terrible tambourinement cesse. La bombe est tombée peu après. Il n’y avait plus que la déflagration, tout était devenu sombre, la poussière, la saleté. J’ai eu tellement peur…
— Et vous avez accepté qu’on envoie à la mort une femme et un gosse innocents ?
Il fixait la Fiegl. Le soliveau tremblait dans sa main droite.
— Et qui c’était, ce type ? Quels rapports avec ma femme ? Il s’agissait de quoi, Elfriede ?
— Je crois que ta femme avait une liaison avec lui…
La vague de sang rouge lui affluait une fois de plus au cerveau… Elle le submergea comme au camp, comme dans les combles, comme… Il serra le soliveau de toutes ses forces, comme s’il s’y raccrochait pour se tirer sur la berge et hurla :
— Comment s’appelle-t-il ? Je veux son nom !
Il entendit le nom de cet homme que la Fiegl prononça clairement. Puis il n’écouta plus que le bourdonnement dans sa tête.