15

— 3, 4, 5, 6… 17, 18, 19, plus celle-là !…

Guy Tabarie est sidéré devant la plaque de tôle jaune et bleue avec ses chaînes que je sors, de contre mon ventre, sous ma robe d’écolier. Cet élève, qui subit aussi les cours de Polonus, n’en revient pas :

— Si le doyen savait ça ! Tu as volé l’enseigne du collège de Navarre ?

— Oui ! Et l’autre soir aussi celles des facultés de la rue du Fouarre. Regarde ça : Le Cheval Rouge, Le Puits de Chartres, Le Petit Écu et L’Aigle d’Or.

Toutes les enseignes conquises à la ville sont là, dans le coffre à linge près de mon lit. Tabarie et moi, les contemplons les unes après les autres comme on feuillette les pages d’un gros livre métallique. J’aime les peintures idiotes, les dessus de porte, les décors, les toiles de saltimbanques, les enluminures, les contes de fées, les refrains niais… et les enseignes des commerçants. Je leur trouve un charme spécial, naïf et roublard.

Les enseignes des tavernes sont pittoresques et baroques, ornées de dessins cocasses : La Truie qui file, Le Chat qui pelote, Le Lapin qui saute

Même les maisons particulières ont leur enseigne. La Porte Rouge indique la maison dont la porte est rouge.

Celles des échoppes, sans écriture, doivent être comprises par les illettrés. Elles ont des formes d’objets qui présentent aux passants le travail fait par l’artisan : La Chaise, La Cuiller, Le Plat d’Étain… Une clé pour le serrurier, un clou pour celui qui en fabrique, une queue de renard pour le fourreur…

— Et toi, Guy, tu as volé quoi ? Quel est ton butin ?

Il sort, de sous sa robe grise, une plaque martelée sur laquelle on peut lire : Le Trou Margot. Le « o » de « Trou » est un trou dans la tôle qui m’étonne :

— Où est-ce que t’as décroché ça ? Qu’est-ce qu’on peut vendre là-bas ? Des trous ?

— C’est ça.

— ?!

Загрузка...