Ah les repues, franches aussi pour mes amis ! Tous les midis, je dis à la foule : « Nous allons déjeuner gratis ! » Aujourd’hui, j’ajoute : « Qui s’est lavé ce matin ? » Beaucoup de ceux à qui je m’adresse se raclent la gorge, regardent ailleurs, font ceux qui n’ont pas bien entendu. Marion l’Idole lève la main : « Je reviens des étuves. »
— Alors, à toi l’Idole. Nous allons jouer à montre-cul.
Au Petit Pont, je suis devant une triperie et hésite tandis que d’autres clients, derrière moi, attendent que je me décide. Marion l’Idole arrive, insulte la tripière et lui montre ses fesses. Je feins de m’en scandaliser. J’attrape, à l’étal, foie de veau, cœur, poumons et intestins d’animaux divers dont je flagelle le derrière de l’impudente. Je lui enfonce par paquets la triperie dans le fondement. Elle part en courant. Je me retourne vers la marchande :
— Non mais, comment a-t-elle osé vous parler cette ribaude de Glatigny qui se fait sodomiser par des lépreux ? Où est-ce que je repose tout ça, madame ?
Les autres clients écarquillent des yeux effrayés par la contamination de ce que je tiens dans mes bras contre ma soutane. La tripière refuse donc que je remette cela dans les baquets. Je m’en vais avec sans demander mon reste.
Maître Guillaume, devant Saint-Benoît, me voit, ainsi chargé, remonter la rue Saint-Jacques. Il tombe comme un chiffon. Gilles court vers moi et revient encore plus vite vers lui : « Mais non, chanoine, il n’a pas été éventré et ce ne sont pas ses entrailles qui s’échappent de sa soutane ! C’est foie de veau, cœur de génisse, poumons d’agneau et tripes de pourceau qu’il tient dans ses bras pour les fricasser devant les bornes. Maître Guillaume, c’est un jeu… »