Mon bras droit passe à travers la grille, entoure la gorge du garde, revient en arrière de l’autre côté, s’agrippe à un barreau, étouffe celui qui était assis et adossé contre la clôture de la cour du Châtelet.
Tabarie lui bâillonne la bouche, pour l’empêcher de crier, et les yeux pour qu’il ne reconnaisse personne malgré la chandelle allumée au-dessus de lui dans la nuit noire.
Dogis attrape ses bras, les lie dans son dos à un barreau tandis que Dimenche s’empare du trousseau de clés accroché à sa ceinture. Il trouve vite celle qui permet de pénétrer à l’intérieur de la cour du Palais de Justice mais le garde s’agite. Ses grosses jambes moulées de chausses à rayures jaunes et noires sont bottées, guêtrées comme celles d’un pêcheur d’huîtres et sonnent du talon sur les pavés. Robin grimpe sur le bas muret où sont scellés les barreaux. Il retire le casque à plume de notre victime, lève haut son bras à angle droit, coude en l’air, et l’assomme d’un coup de poing sur le sommet du crâne. Le garde ne bouge plus.
Dimenche Le Loup et moi filons vers la cour pendant que Guy surveille les alentours. Dogis se tient la main en soufflant car il pense s’être cassé le poignet droit quand il a frappé sur la tête. La borne du Pet-au-Diable attend couchée face au mur de la prison. On la roule sur la civière. Devant, l’apprenti sculpteur soulève les deux extrémités des brancards. J’en fait autant à l’arrière. Putain, que c’est lourd. Sur la place, Tabarie vient aider Dimenche. J’appelle — en chuchotant — Dogis à ma rescousse :
— Prends le côté gauche mais dépêche-toi ! Je veux qu’on installe l’autre borne…
— L’autre borne ?