Hold était tellement pressé qu’il ne tenta même pas de prendre les ascenseurs. Il se précipita vers les escaliers qu’il monta quatre à quatre. Il déboucha dans le service réanimation en courant et passa comme une flèche devant le comptoir administratif.
— Monsieur ! S’il vous plaît ! l’interpella une infirmière.
Hold ne l’entendit même pas. Il arriva à la chambre de Greenholm. Le garde lui libéra l’entrée en le saluant.
Au bord du lit, le docteur McKenzie, chef du service, et Kinross étaient penchés sur le vieil homme. Assise sur le fauteuil, Edna priait à voix basse. Essoufflé, David se précipita au chevet de son patron. Kinross le rassura aussitôt :
— Il va bien. Il va lui falloir du temps pour récupérer, mais à première vue, il n’y a rien d’alarmant.
— Que vous a-t-il dit ?
— Il a d’abord demandé des nouvelles de sa femme…
— Vous êtes certain qu’il va bien ? s’inquiéta Hold.
— Ce genre d’oubli est tout à fait normal au réveil, expliqua le chef de service.
Hold observa le vieil homme. Il était assoupi et tenait la main de Kinross. Son visage semblait avoir vieilli.
— Il a demandé après vous, fit Scott.
Hold eut un léger mouvement d’agacement.
— Il s’est rendormi ? demanda-t-il.
— Nous lui avons donné quelque chose, précisa Kinross. Il faut le ménager.
Le chef de service se redressa :
— Puisque tout est sous contrôle ici, je vous laisse. Scott, n’hésite pas si tu as besoin de moi.
— Merci, Rob.
En sortant, le médecin désigna Edna et fit :
— Je crois que la petite dame aurait aussi besoin d’un décontractant.
— On s’en occupe, répondit Scott.
À peine l’homme était-il sorti que Hold demanda à Kinross :
— Vous avez pu lui poser des questions ?
— Très peu. Je lui ai demandé son nom, son âge…
— Scott, ce n’est pas cela dont je vous parle.
— Ce n’était pas le moment, David. Il fallait d’abord s’assurer qu’il retrouvait ses esprits correctement.
— Quand va-t-il se réveiller à nouveau ?
Kinross consulta sa montre :
— D’ici deux ou trois heures peut-être, répondit-il en détachant délicatement les doigts de Greenholm toujours accrochés à son poignet.
— Vous vous rendez compte ? grogna Hold. Nous devons absolument pouvoir l’interroger. Il faut en avoir le cœur net.
En entendant David hausser le ton, Edna cessa de réciter ses prières et l’observa. Scott se pencha vers lui et répliqua, crispé :
— Je me rends parfaitement compte de la situation, monsieur Hold. J’ai déjà deux morts dans mon service et je suis moi-même menacé par je ne sais qui…
— Désolé, se ressaisit Hold, nous sommes tous sous pression.
— Aucun problème.
— Et pour Edna, on peut faire quelque chose ?
— Elle relâche la pression accumulée, le mieux est encore de la laisser gérer cela naturellement.
Kinross ajouta :
— Nous avons les résultats des analyses des sandwichs. Vous aviez raison, il y avait de quoi faire crever un cheval. Pauvre Michael. Je vous jure que je vais faire en sorte de coincer ces salopards.
— Si je peux me permettre, docteur, on va d’abord essayer de faire en sorte qu’eux ne vous coincent pas.
— Comment ont-ils réussi à empoisonner mon repas ?
— Vous l’aviez commandé à votre secrétariat ?
— Oui, on fait ça souvent. Quelqu’un descend à la cafétéria pour chercher la commande.
— Vous connaissez bien tous ceux qui auraient pu y aller ?
— Bien sûr. Celui que je connaissais le moins, c’était Michael…
— Soit ils n’ont plus besoin de vous, soit ils se sont rendu compte qu’on les avait doublés.
— Ils auraient fait drôlement vite pour passer mon travail au crible. Quoi qu’il en soit, je vais devoir me méfier de ce que j’ai dans mon assiette.
Scott était épuisé. Il se frotta les yeux et reprit :
— J’ai réfléchi, je vais suivre votre conseil. Je reste à l’hôpital.
— Très bien. Moi aussi, si vous êtes d’accord.
— On va vous trouver où dormir.
— Merci. Avant que M. Greenholm ne se réveille, je vais chez vous chercher nos affaires et nourrir le chat.
— Soyez prudent. Puisque le poison n’a pas marché, ils vont sûrement m’attendre ailleurs, et mon appartement est le lieu idéal…